Arno : "il y a plus de rock dans un salon de coiffure que chez les rockeurs"

Le chanteur belge Arno en concert à la Cartonnerie à Reims, le 3 décembre 2010 [Francois Nascimbeni / AFP/Archives] Le chanteur belge Arno en concert à la Cartonnerie à Reims, le 3 décembre 2010 [Francois Nascimbeni / AFP/Archives]

Jugeant qu'il y a désormais "plus de rock dans un salon de coiffure que chez les rockeurs", Arno fait souffler un vent de révolte sur son 19e album studio "Future Vintage", publié lundi et concocté à Bristol avec le collaborateur de PJ Harvey, John Parish.

"En novembre dernier, j'ai fait le dernier concert de la tournée de +Brussld+ (son dernier album paru en 2010) et je suis tombé dans un trou. Ca me fait ça à chaque fois: je fais des albums pour faire de la scène car je suis accro à l'adrénaline", raconte le chanteur à l'AFP.

"Quand ça se finit, je dois faire quelque chose. Je ne fais pas de sport car c'est très mauvais pour la santé comme disait Churchill, alors j'ai commencé à faire des chansons", explique-t-il, les yeux délavés sous ses cheveux gris en bataille.

Normalement, Arno ne devait retourner en studio qu'en 2013. Mais son nouvel album était fini en mai dernier.

Le musicien, qui a fait ses débuts sur la scène belge dans les années 70 avec TC Matic, dit avoir écrit "Future Vintage" avec l'objectif de "tuer Arno".

"Mais quand j'écoute l'album maintenant, c'est encore Arno", constate-t-il. "C'est toujours ma voix, et puis je porte le poids de mon passé. Je n'ai pas 18 ans, je n'ai plus l'odeur de yaourt et de lait battu".

Le surréalisme -- Arno a fait appel à une chorale africaine installée en Belgique et spécialisée dans les chants russes --, le mélange entre chronique sociale et chansons d'amour crues, portent indéniablement la patte d'Arno.

Mais le musicien s'est cette fois associé avec le producteur John Parish, fan comme lui de Captain Beefheart, pour donner de nouvelles couleurs à sa musique.

A Bristol, le collaborateur de PJ Harvey a habillé la voix éraillée d'Arno en empruntant au blues, au dub, au trip-hop, à l'électro, au punk, pour un résultat à la fois mélodique et anguleux.

Sombre constat

"Je voulais que l'album soit plus rock que les précédents. J'étais en manque de quelque chose", explique Arno.

"Le rock est devenu une musique très conservatrice. Il y a plus de +rock music+ dans un salon de coiffure que chez les rockeurs. Et ça me met en colère à l'intérieur", dit-il.

Un vent de contestation souffle sur "Future Vintage", où Arno dénonce l'absurdité de la société de consommation, appelle à se méfier des discours officiels dans des diatribes punk et décalées.

"C'est l'esprit, mais je ne veux pas appeler à la révolte, autrement je serais comme Staline, Hitler, Mao. Moi, je suis seulement un chanteur de charme raté, donc je constate seulement", souligne-t-il.

Et le constat est souvent sombre, notamment sur l'Europe, un sujet qui tient particulièrement à coeur à l'auteur de "Putain, putain!".

"J'ai peur parce que la gauche d'aujourd'hui est devenue la droite, et la droite est devenue l'extrême-droite. En Europe, le tendance d'extrême-droite est incroyable. Regarde ce qui se passe en France, en Belgique, en Hollande, en Italie, en Espagne, en Grèce", déplore-t-il.

"Mon père a vécu une guerre, mon grand-père deux, je suis la première génération qui n'a pas vécu une guerre en Europe. En 68, j'avais 19 ans et c'était la première fois dans l'histoire que les jeunes avaient leur propre culture. Pour nous, tout était possible", se souvient Arno.

"Maintenant j'ai des enfants et je vois que des jeunes font des études pour un métier qui n'existera plus dans trois ans. On vit le même changement que dans les années 60, mais avec un Etat des années 30", estime-t-il.

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