Madrid dévoile ses réformes

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, le 25 septembre 2012 à l'Assemblée générale de l'ONU à New York [Michael Nagle / Getty Images/AFP/Archives] Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, le 25 septembre 2012 à l'Assemblée générale de l'ONU à New York [Michael Nagle / Getty Images/AFP/Archives]

Le gouvernement espagnol présente jeudi son budget 2013 et un nouveau plan de réformes, un ensemble perçu par les analystes comme l'avant-dernière étape avant de demander le sauvetage financier du pays.

La dernière marche sera franchie vendredi avec la présentation de l'audit indépendant des banques, pour chiffrer l'aide que leur versera la zone euro, qui a promis jusqu'à 100 milliards d'euros. Madrid affirme que 60 milliards seront suffisants.

Une fois ce dossier bouclé, la quatrième économie de la zone euro aura toutes les données en main pour solliciter, comme le pressentent le marché et certains de ses partenaires, un sauvetage plus large auprès des fonds de secours européens, déclenchant ainsi l'action de la Banque centrale européenne (BCE).

Le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy attendait de connaître le programme de la BCE: celui-ci, qui passe par des achats illimités d'obligations pour soutenir les pays fragiles de la région, a été dévoilé le 6 septembre.

Il voulait sans doute aussi avancer sur son budget 2013, dont les grandes lignes sont connues depuis juillet: le projet qui sera adopté en Conseil des ministres visera à récupérer 39 milliards d'euros.

L'équipe gouvernante poursuit ainsi sa politique de rigueur, qui doit rapporter aux arcanes publiques plus de 150 milliards entre 2012 (62 milliards), 2013 et 2014 (50 milliards).

Au menu de 2013: l'effet de la hausse de la TVA et d'autres impôts, pour ramener 15 milliards, tandis que près de 7 milliards sont attendus des coupes dans les régions, qui gèrent les budgets de la santé et de l'éducation.

Le reste des économies proviendra de la réduction des allocations chômage et d'aides sociales, ainsi que du gel des embauches dans la fonction publique.

Il faudra sans doute aller plus loin: "pour réussir à être crédible face aux marchés, ce qui est l'objectif ultime du gouvernement, il semble difficile de ne pas toucher aux pensions de retraite, qui représentent 25% de la dépense totale", estime Juan Ignacio Conde Ruiz, sous-directeur de la Fondation d'études d'économie appliquée (Fedea).

La promesse électorale de revaloriser les retraites selon l'inflation coûterait "3 à 3,5 milliards d'euros" selon M. Conde Ruiz, de quoi rendre impossible la réduction du déficit de 8,9 à 6,3% du PIB en 2012.

"Il n'aura pas les moyens de le faire", tranche Jesus Castillo, spécialiste de l'Europe du Sud chez Natixis, "donc il ne faudrait pas être surpris d'avoir un gel des pensions", voire une baisse pour ramener le déficit à 4,5% en 2013.

Pessimistes, les analystes de la banque Inversis s'attendent à "une révision à la hausse des chiffres de déficit pour 2012 et 2013", parallèlement à une récession plus forte que prévue.

Jeudi sera aussi présenté un nouveau train de réformes, négocié avec Bruxelles, pour stimuler notamment l'activité des entreprises et les exportations, ce "qui pourrait constituer l'étape préalable à la demande de sauvetage", selon la maison de courtage Renta4.

Si le pays ne convainc toujours pas, la sanction peut tomber très vite. Moody's, qui pourrait être la première agence de notation à placer l'Espagne en catégorie spéculative, a jusqu'à dimanche pour se décider.

L'hésitation de Madrid est "très risquée" et peut s'avérer au final coûteuse, a rappelé lundi Joaquin Almunia, commissaire européen en charge de la Concurrence, lors d'un entretien avec l'AFP.

D'où l'annonce de budget et de réformes prévue jeudi: "l'idée est d'anticiper les conditions qu'aurait cette aide, donc de les introduire dès maintenant dans le budget", ce qui est "politiquement moins nocif", souligne Juan Ignacio Conde Ruiz.

"Le sauvetage doit être déjà négocié et le budget doit incorporer une partie de cette négociation", renchérit Javier Diaz-Gimenez, professeur à l'IESE Business School: "l'idée, en présentant le budget avant (la demande d'aide, ndlr) est de donner l'impression que les décisions ont déjà été prises" et que de nouvelles conditions ne sont donc pas nécessaires.

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