Les autorités s'attaquent au Libor pour redorer l'image de la City

Martin Wheatley, l'un des directeurs de l'Autorité des marchés financiers (FSA), le 28 septembre 2012 à Londres [Carl Court / AFP] Martin Wheatley, l'un des directeurs de l'Autorité des marchés financiers (FSA), le 28 septembre 2012 à Londres [Carl Court / AFP]

L'annonce d'une réforme du taux interbancaire Libor, au centre d'un scandale de manipulations qui a décapité Barclays et touche d'autres grandes banques, montre la détermination des autorités britanniques à redorer sous la pression l'image de la City et de ses banquiers.

"Aujourd'hui, nous appuyons sur le bouton "redémarrer"", a lancé vendredi Martin Wheatley, l'un des directeurs de l'Autorité des marchés financiers (FSA) chargé par le gouvernement de dessiner la réforme du Libor, dans un discours très attendu prononcé au coeur de la City.

Dénonçant un "système cassé", M. Wheatley a appelé à un "complet remaniement" de ce taux central sur la planète finance, car il conditionne plus de 300.000 milliards de dollars de produits financiers et a une incidence sur les prêts aux ménages et aux entreprises.

La fixation du Libor devra être du ressort d'une nouvelle institution indépendante et non plus de l'Association des banquiers britanniques (BBA) qui a "clairement échoué", selon lui.

Le taux, qui échappe pour l'heure à la réglementation, devra être par ailleurs régulé par la FSA qui pourra aller jusqu'à faire emprisonner les financiers coupables des manipulations les plus graves.

"La population a perdu confiance dans les banques" et "nous devons la restaurer. La population veut que les gens qui ont commis ces délits en paient le prix", a insisté M. Wheatley sur la radio BBC 4.

Le scandale du Libor a éclaté fin juin, lorsque Barclays a révélé qu'elle allait payer environ 360 millions d'euros pour mettre fin à des enquêtes des régulateurs britannique et américain sur la manipulation du Libor et de l'Euribor, son équivalent européen.

Cette affaire, qui a notamment entraîné la démission du président et du directeur général de Barclays, a rattrapé d'autres grandes banques alors que des enquêtes ont été ouvertes dans plusieurs pays, dont les Etats-Unis.

Stephen Hester, le patron de Royal Bank of Scotland, autre poids lourd de la finance britannique, a dit cette semaine s'attendre à payer des amendes représentant "beaucoup d'argent".

Sur un plan plus technique, le calcul du Libor devra inclure des données objectives sur les prêts réalisés entre les établissements, afin de réduire les possibilités de manipulation, alors qu'actuellement le panel de banques chargé de le fixer le fait sur la base des taux auxquels elles estiment pouvoir se prêter de l'argent.

La réforme en dix points de M. Wheatley doit être entérinée par le gouvernement du Premier ministre David Cameron qui avait qualifié l'affaire du Libor de "scandale révoltant". "L'auto-régulation du Libor à échoué" et est "un autre exemple du système réglementaire cassé que le gouvernement s'est engagé à réparer", a réagi le secrétaire d'Etat au Trésor, Greg Clark.

Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Sir Mervyn King, a appelé de son côté à ce que cette réforme soit mise en oeuvre "le plus vite possible".

Alors que les conservateurs ont été plus enclins par le passé à défendre les intérêts de la City qu'à dénoncer ses excès, ils doivent aujourd'hui la réformer pour en redorer l'image, alors que la finance pèse lourd dans l'économie du pays.

Sous la pression d'une population et même d'actionnaires de plus en plus critiques contre les banquiers aux bonus mirobolants, dans un contexte de récession et d'austérité.

Le secteur financier n'a en effet jamais eu aussi mauvaise réputation au Royaume-Uni car outre le Libor, plusieurs autres affaires de ventes frauduleuses de produits financiers aux particuliers ou aux PME ont éclaté ces derniers mois.

Selon des données publiées jeudi par la FSA, les plaintes contre les entreprises du secteur financier ont bondi de 59% au premier semestre.

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