Aviation : le temps des biocarburants est venu

Face à la hausse des prix du pétrole, agronomes, chimistes, ingénieurs du monde entier accélèrent leur quête d'un bio-carburant rentable pour l'aviation qui puisse remplacer le kérosène, un enjeu tellement important que les principaux constructeurs aéronautiques unissent leurs forces.[FABRICE COFFRINI / AFP]

Face à la hausse des prix du pétrole, agronomes, chimistes, ingénieurs du monde entier accélèrent leur quête d'un bio-carburant rentable pour l'aviation qui puisse remplacer le kérosène, un enjeu tellement important que les principaux constructeurs aéronautiques unissent leurs forces.

Les trois premiers d'entre eux, l'européen Airbus, l'américain Boeing et le brésilien Embraer, concurrents acharnés, se sont alliés jeudi pour promouvoir la recherche.

"Il y a un temps pour la compétition et un temps pour la cooopération", a déclaré Jim Albaugh, président de Boeing. Deux des principales menaces qui pèsent sur notre industrie sont le prix du pétrole et l'impact du transport aérien commercial sur notre environnement".

En dix ans le trafic aérien a augmenté de 45%, la consommation de 3% seulement, souligne Tom Enders, le patron d'Airbus. Mais elle augmente tout de même et avec elle les émissions de gaz carbonique nuisibles à l'environnement.

Les avionneurs allègent les appareils en utilisant des matériaux composites, les motoristes inventent des réacteurs plus frugaux, mais pour vraiment réduire les émissions de gaz à effet de serre, ils ont besoin des biocarburants.

Les carburants fossiles dégagent dans l'atmophère un C02 enfoui dans le sol depuis des millénaires. Les biocarburants en revanche ne font que rendre à l'atmosphère le CO2 que les plantes ou les algues dont ils sont extraits y ont capté.

Les chercheurs ont presque surmonté les obstacles technologiques, restent les défis économiques.

Les biokérosènes existent déjà. Les compagnies aériennes ont effectué des centaines de vols avec des mélanges de carburant biologique et de kérosène. Des essais de carburant totalement biologique approchent, d'après Airbus.

Mais dix fois plus chers que le kérosène, ils sont encore loin d'être compétitifs, et pour passer à l'échelle industrielle, il faut avoir la matière première organique. "L'enjeu numéro un des biocarburants c'est vraiment la production de biomasse dans des conditions durables", dit Philippe Novelli, du centre français de la recherche aérospatiale, l'Onera.

L'Organisation internationale de l'aviation civile (OACI), basée à Montréal, a recensé au moins 300 projets dans le monde pour produire de la biomasse durable, sans empiéter sur les cultures vivrières ou les forêts, comme l'ont fait les premiers biocarburants, extraits de canne-à-sucre ou de tournesol.

Du Brésil à l'Australie, de la Roumanie au Qatar, et d'Espagne au Mexique, les chercheurs ont entrepris de produire de la biomasse à partir de plantes qui poussent sur des sols ingrats, comme la jatropha ou la caméline, d'eucalyptus, ou d'algues, la source qui semble la plus prometteuse.

Encore faut-il que les nouveaux carburants soient reconnus comme durables.

Si, dans les différentes régions du globe, ce ne sont pas les mêmes critères de durabilité qui sont reconnus, cela crée un facteur de risque pour les investisseurs, explique M. Novelli. "L'accord Airbus-Boeing-Embraer ne peut être que positif pour faciliter une harmonisation internationale des standards de durabilité", estime-t-il.

Enfin, pour attirer les investisseurs, il faut garantir la demande.

Aux Etats-Unis, l'US Air Force, qui consomme autant qu'une grande compagnie aérienne, a fait savoir aux industriels l'été dernier qu'elle aussi était prête à voler au biokérosène, faisant des tests sur pratiquement tous ses modèles d'avions.

En Europe, la Commission européenne et l'industrie se sont fixé pour objectif de produire deux millions de tonnes de biokérosène d'ici 2020, soit 3% à 3,5% de la consommation totale par an. La commission doit encore adopter des mesures incitatives pour la production.

C'est que l'aéronautique est engagée dans une course avec les transports terrestres et maritimes, et à terme avec l'industrie chimique, eux aussi avides de carburants alternatifs qui suppléeront au pétrole.

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