#NuitDebout – Publié le 04 avril à 17:15 – Mis à jour le 04 avril 2016 à 23:46

​Rémy Buisine, "périscopeur" de #NuitDebout : " Le live rend accessible et compréhensible ce rassemblement"

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​[Reportage] ► Nuit Debout, un mouvement...

​Rémy Buisine, "périscopeur" de #NuitDebout : " Le live rend accessible et compréhensible ce rassemblement"

La retransmission du rassemblement "Nuit Debout" en direct sur l’application Periscope par un internaute a cumulé 385.000 visites dimanche soir. L’auteur du direct, Rémy Buisine, community manager de 25 ans pour des radios locales parisiennes, explique en quoi l’utilisation des réseaux sociaux rend accessible cette mobilisation.

Rémy Buisine fait partie de ces anonymes qui se font un nom l’espace d’un soir sur les réseaux sociaux. Ce community manager de 25 ans, qui travaille pour des radios locales parisiennes "Ado, Voltage et Latina", a commencé à retransmettre depuis jeudi 31 mars les rassemblements de la #NuitDebout, une mobilisation de plusieurs centaines de personnes qui occupent la place de la République en réaction à la loi Travail.

Armé de son téléphone, et de l’application Periscope, permettant de retransmettre en live des événements, Rémy Buisine a explosé les compteurs. Au total, 385.000 personnes se sont connectées à son live dans la soirée de dimanche 3 avril, dont un pic à 81.000 connexions qui a fait vaciller les serveurs de Periscope pendant quelques minutes.

L'image est parfois de mauvaise qualité, le son grésillant, le tout en pleine nuit, mais les followers étaient bien là. À tel point que le jeune homme, à court de batterie, a dû compter sur la générosité d’autres anonymes pour continuer son direct.

Rémy Buisine explique à CNews ce que l’utilisation de cette application apporte au mouvement "Nuit Debout" :

► Le succès de votre Periscope a été incroyable hier, comment l’expliquez-vous ?

J’ai l’impression que c’est avant tout lié à l’engouement énorme autour de ce mouvement Nuit Debout, mais surtout une grande curiosité. Il y a souvent des manifestations de jours en France, les Français sont rodés à ça. Mais une manifestation de nuit, avec des gens debout, qui discutent dans des assemblées collectives, c’est quelque chose d’assez nouveau. J’ai 25 ans, et ces rassemblements, je ne les avais jamais vus. Des jeunes qui cassent leur quotidien pour vivre dans un endroit jour et nuit. Je fais ces lives Periscope pour montrer un fait d’actualité, afin de le rendre accessible et compréhensible pour tous ceux qui vivent l’événement derrière leur écran.

► Dans votre Periscope, filmé de nuit, on ne voit pas grand-chose, et pourtant…

C’est en quelque sorte une immersion. Je montre les coulisses, comment ils s’organisent leur journée. Ce mouvement est complexe. Avec Periscope, on se donne le temps de montrer ce qu’il est, de parler avec ceux qui s’y rendent. Cela permet aussi les interactions, puisque les gens connectés au Periscope peuvent poser des questions en temps réel aux gens que j’interviewe. Ce qui est très fort, c’est que c’est de l’instantané. C’est comme si je prêtais mes yeux aux internautes. De mon côté, j’y apporte des commentaires, non pas comme militant, mais en étant au cœur d’un événement, un peu à la manière d’un correspondant d’une chaîne info… mais derrière l’écran.

► Justement, beaucoup de personnes vous ont interpellé hier en vous disant qu’ils appréciaient ce que vous faisiez, car vous "montriez la vérité", à la différence des médias traditionnels.

Je ne suis pas du tout d’accord avec ça. Je ne partage pas ce climat de défiance, de complotiste, laissant penser que les médias ne montrent que ce qu’ils souhaitent montrer. C’est clair que j’ai eu énormément de commentaire de la sorte. J’ai des gens qui venaient me voir en disant "tu es de quel média ?". Dès que j’expliquais que je n’étais pas là pour un média, les gens étaient de suite plus sympathiques. Chaque outil est complémentaire : une chaîne info va avoir le professionnalisme de ses journalistes, ses invités, un gros travail de fond. Sur Periscope, on est sur du live, on n’a pas la contrainte de timing.

► Vous aviez utilisé Periscope le 13 novembre lors des attentats, mais c’est bien votre retransmission d’hier qui a atteint des records… Comment expliquez-vous que Periscope se soit imposé comme l’application symbole de ce mouvement ?

Quelque chose a changé depuis le 13 novembre. Cette application a pris de l'ampleur en France, en partie avec l’affaire Serge Aurier. Dimanche, c’était un Periscope sur une situation "positive" : les gens sont curieux et ont envie de comprendre. Il y a eu les hashtags #NuitDebout puis "#30mars et #33mars… tout ça, c’est un peu abstrait. C’est aussi une nouvelle forme de protestation, essayer de comprendre le mouvement en regardant sa retransmission en live. J’ai été impressionné, de voir que des gens avaient d’abord regardé hier le Periscope, et avaient ensuite décidé de venir rejoindre le mouvement. J’ai croisé une personne qui m’a dit "j’étais dans mon lit, j’ai vu ton Periscope, et j’ai fait une vingtaine de kilomètres pour venir rejoindre le mouvement !".

► Avez-vous d’autres envies pour la couverture en direct d’événements ?

Je fais une utilisation assez classique de cette application. Je le vois comme une autre forme de média, une façon par exemple et je vois beaucoup de personnes qui utilisant Periscope pour retransmettre des événements touristiques. On a beaucoup parlé de Periscope autour d’événements polémiques, de Serge Aurier aux récents employés de SFR qui ont cassé leur téléphone. Mais derrière, il y a beaucoup d’utilisation très informatives, de l’évasion, de l’information, de la culture qui méritent d’être mis en avant.

"Impossible de dire s’il s’agit du Periscope le plus suivi en France pour l’instant"

Interrogé par CNews , Christopher Aboub, responsable de la communication pour Twitter France, explique :

Pour l’instant, il n’est pas possible de savoir si ce Periscope de Rémy Buisine est l’un des plus suivis en France, nous attendons le retour des Etats-Unis pour en savoir plus. Le record européen restera quoi qu’il arrive la retransmission du #DrummondPuddleWatch qui avait atteint 532.000 visites [le hashtag désignait les « aventures d’une flaque d’eau » en direct d’un parc de Newcastle en Angleterre, une mise en scène pilotée par une agence de pub].

Ce qui est clair, c’est que l’usage de Periscope est en augmentation en France : l'application est dans le top 3 de l'App store depuis le 13 janvier. ; l'intégration au flux Twitter, le bouche à oreille, et l'usage par des VIPs a clairement boosté son usage.

Article rédigé par Alexandre Capron (@alexcapron) - On ne voit pas grand chose la plupart du temps dans le Périscope de Rémy Buisine. Pourtant, 385.000 personnes s'y sont connectés en cinq heures dimanche soir. (Crédits photo : E.S.)