#NuitDebout – Publié le 04 avril à 17:48 – Mis à jour le 14 avril 2016 à 16:58

​[Reportage] ► Nuit Debout, un mouvement proche des Indignés en recherche d'identité

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​[Reportage] ► Nuit Debout, un mouvement proche des Indignés en recherche d'identité

Né dans le sillage de la manifestation contre la loi travail le 31 mars, le mouvement qui a pris ses quartiers place de la République prend de l’ampleur à Paris. Avec des revendications qui dépassent le cadre d’une réforme du droit du travail.

Ce lundi 4 avril, plusieurs ombres s’activent sur la place de la République avant la levée du jour. Baptiste et d’autres occupants nettoient, à renforts de pancartes transformées en balais pour l’occasion, l’espace où le mouvement Nuit Debout a pris ses quartiers.

Plusieurs tentes ont été démontées après 1 heure du matin, heure limite de l’autorisation préfectorale pour occuper la place. Seules restent l’abri de fortune nommé "l’accueil", sous laquelle dorment plusieurs personnes, et à une dizaine de mètres une "réserve" de palettes servant à l’organisation du camp.

#NuitDebout > Seule reste sur place une "réserve" de palettes servant à la confection d'abris de fortune (@cnews) pic.twitter.com/AEcf5IKgwk

— Jean-Luc Mounier (@mounierjl) 4 avril 2016

Sarah, 26 ans, en reprise d’études en sciences de l’éducation, a passé sa première nuit place de la République "pour voir ce que ça donne le mouvement à Paris". La jeune femme voit dans Nuit Debout "l’émergence d’une conscience collective":

J’ai l’impression que c’est un mouvement citoyen qu’on n’a encore jamais vu (en France), où les gens se ressaisissent du sujet.

Entre 1.000 et 2.000 personnes ont d’ailleurs occupé la place dimanche soir durant une assemblée générale, selon le JDD. Une mobilisation qui intrigue même des figures politiques comme Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, qui avoue être venu incognito dimanche après-midi place de la République.

"On va arrêter de quémander de la liberté, on va la produire"

Ils sont une vingtaine à tenir le camp ce lundi matin. Alors que plusieurs personnes terminent leur nuit sous la bâche principale, William et Cédric (son prénom a été changé) débattent debout des prémices du mouvement. Pour William, comme pour nombre d’occupants, il est question de "convergence des luttes", un moyen de dépasser selon lui les limites de la manifestation :

#NuitDebout > Le terme "convergence des luttes" revient dans toutes les bouches. "À un moment, juste manifester ça fait chier", dit William

— Jean-Luc Mounier (@mounierjl) 4 avril 2016

Et d’expliquer :

Manifester, c’est admettre notre impuissance. À un moment on va arrêter de quémander de la liberté, on va la produire. On va occuper l’espace, récupérer un espace public

Un mouvement dans la continuité des Indignés espagnols ?

Toutes les personnes rencontrées ce lundi 4 avril par CNews ont pour dénominateur commun une nette opposition au projet de loi travail. Mais le mouvement #NuitDebout ne se limite pas à la seule contestation de cette réforme.

Comme l’explique Fahima, femme de ménage le jour et présente la nuit depuis quatre jours sur la place de la République, "la particularité de ce mouvement c’est que c’est parti d’un film (le documentaire "Merci patron !" de François Ruffin, ndlr)". Déjà mobilisée en 2011 durant le mouvement des Indignés, Fahima considère que le mouvement Nuit Debout en est "la continuité". L’objectif d’aujourd’hui est selon elle d’"éviter l’implosion du mouvement" :

En Espagne en 2011 ça a réussi car ils ont réussi à éviter l’implosion du mouvement de l’intérieur, en s’organisant par quartiers. Dans le même temps ça a été un échec en France.

Nécessité de s’organiser, de structurer le mouvement, voilà un objectif avoué des occupants de la place de la République. Outre une mobilisation croissante sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #NuitDebout ainsi que sur la plateforme Périscope, les occupants aménagent l’espace qu’ils occupent sur une moitié de la place de la République :

La “commission démocratie” est placée au centre des tentes, une manière de dire que la question de la “démocratie directe”, plébiscitée par les occupants, est au centre des débats

La suite du mouvement ? "On n’a pas la boule de cristal"

Le choix de la place de la République comme lieu d’occupation n’est pas non plus anecdotique. Point de ralliement lors de différents rassemblements dernièrement, notamment en hommage aux victimes des attentats en 2015, cet espace au croisement des 3e, 10e et 11e arrondissements parisiens symbolise à lui seul l'idée de "convergence" tant défendue par le mouvement Nuit Debout.

La République comme système politique se retrouve aussi au centre des débats qui se tiennent sur la place, comme l'explique Fahima :

Suite aux attentats, il y a quand même eu l’appel à l’union nationale au nom de la République, mais sauf que cette République-là elle exclut et elle maltraite les gens. (…) Je fais partie de ceux qui attendent, de ceux qui rêvent de République. Mais je la sens pas, je la vis pas, et elle m’offre pas de place.

Sentiment d’exclusion que rejoignent plusieurs jeunes occupants, étudiants en chimie, dans l'éducation ou en ingénierie du son. "Finalement on se bat un peu tous pour la même chose, contre le même système", estime Baptiste.

Après quatre nuits sur cette place, bien malin qui pourra annoncer le devenir de la Nuit Debout. "On n’a pas la boule de cristal" pour le dire, rappelle Fahima. Nombreux sont ceux qui ont confiance au "pouvoir de la parole" entre les gens.

William veut croire en une démocratie directe "capable de changer la vie de millions de personnes", quand Cédric semble plutôt résigné à ce sujet. Sarah se dit quant à elle "sceptique" sur la durée de Nuit Debout. Même si, estime-t-elle, "c’est un mouvement assez inédit dans lequel on peut placer des espoirs". Sur la place, le jour vient de se lever, et les services de la ville nettoient l’espace où le mouvement Nuit Debout a pris ses quartiers.

Article rédigé par Jean-Luc Mounier (@mounierjl) - Crédit photo : CNews