Turquie : début du procès des généraux putschistes

Le procès de l'auteur du putsch militaire de 1980 en Turquie, Kenan Evren, et d'un autre membre de sa junte, Tahsin Sahinkaya, s'est ouvert à Ankara, une procédure sans précédent en Turquie où l'armée a pris le pouvoir à trois reprises, depuis 1960.[AFP/Archives]

Le procès de l'auteur du putsch militaire de 1980 en Turquie, Kenan Evren, et d'un autre membre de sa junte, Tahsin Sahinkaya, s'est ouvert à Ankara, une procédure sans précédent en Turquie où l'armée a pris le pouvoir à trois reprises, depuis 1960.

Les deux hommes, très âgés et malades, ne comparaissent pas à la première audience de leur procès où ils sont accusés de "crimes contre l'Etat" pour ce coup de force, qui s'était soldé par une cinquantaine d'exécutions et des centaines de milliers d'arrestations.

Pour la première fois dans l'Histoire de la Turquie, des putschistes sont appelés à rendre des comptes devant la justice, un procès qui constitue pour nombre d'observateurs le dernier épisode de la guerre que se livrent depuis des années le gouvernement islamo-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et l'armée, à l'avantage du premier.

Ce sont deux vieillards qui sont appelés au banc des accusés, plus de 30 ans après les faits: Kenan Evren, ancien chef d'état-major des armées, et qui a aussi été président de la République de 1982 à 1989, est aujourd'hui âgé de 94 ans. L'ex-général Tahsin Sahinkaya a lui 86 ans.

Leur santé est très fragile et les deux accusés sont sous surveillance médicale. Des dispositions ont été prises pour que les deux prévenus puissent déposer par vidéo-conférence de leurs lits d'hôpital à l'ouverture de ce procès, où ils risquent la prison à vie pour "crimes contre l'Etat".

Plusieurs dizaines de victimes de la junte militaire sont partie civile et ont prévu de manifester devant le palais de justice de la capitale turque.

Affirmant être fidèles à leur mission de maintenir intacts les principes kémalistes instaurés par le fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, les militaires ont par trois fois, en 1960, 1971 et 1980, renversé des gouvernements élus. Se considérant comme les gardiens des principes de la laïcité, ils ont aussi chassé du pouvoir un gouvernement islamiste, en 1997.

Le coup d'Etat du 12 septembre 1980 fut le plus sanglant: des centaines de milliers de personnes arrêtées, environ 250.000 inculpées, cinquante détenus exécutés, des dizaines d'autres morts en prison sous la torture. Des dizaines de milliers de Turcs se sont exilés.

Les généraux ont justifié leur intervention en faisant valoir que la Turquie était au bord de la guerre civile, avec des affrontements quotidiens entre groupes extrémistes, de gauche comme de droite, avec la police ou entre eux.

Les généraux ont imposé une nouvelle Constitution, dont les dispositions autoritaires ont marqué la Turquie et qui est encore en vigueur en dépit de nombreux amendements.

Pendant longtemps, Evren et ses confrères ont été protégés contre toute poursuite judiciaire, mais après une modification de la Constitution en septembre 2010, voulue par le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) au pouvoir, cette immunité a été supprimée.

"Je préfère me suicider plutôt que d'être jugé", avait lancé M. Evren avant son inculpation l'an dernier.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, M. Erdogan a fait adopter des réformes réduisant les prérogatives et l'influence politique de l'armée, la deuxième en nombre de l'Otan.

De multiples accusations de complots antigouvernementaux ont provoqué l'ouverture depuis 2008 de procès où sont jugés plus de 300 suspects, dont de nombreux militaires de haut rang, notamment un ancien chef d'état-major des armées.

Ces poursuites ont considérablement terni l'image de l'armée turque, puissante institution autrefois intouchable, et qui avait jadis un poids politique impensable dans d'autres démocraties.

Mais ces enquêtes ont déchiré la société et une partie du monde politique s'interroge régulièrement sur la réalité des accusations portées contre les militaires, soupçonnant le parti au pouvoir d'en profiter pour faire taire toute critique du régime.

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