Les protestations contre le film anti-islam continuent

Au Caire, le 13 septembre. Au Caire, le 13 septembre. [KHALED DESOUKI / AFP]

Les protestations contre un film américain dénigrant l'islam ont pris une violente jeudi avec quatre morts au Yémen, où l'ambassade des Etats-Unis a été attaquée, et la poursuite des heurts devant celle du Caire, tandis que l'inquiétude montait face à d'éventuelles manifestations vendredi en Asie.

Des rassemblements contre ce film produit aux Etats-Unis ont aussi eu lieu notamment en Irak, en Iran et à Gaza, alors que plusieurs pays musulmans d'Asie ont renforcé la sécurité autour des missions diplomatiques américaines pour contrer des manifestations vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire. Les violences en images.

Les protestations se poursuivaient, notamment au Caire, au surlendemain d'un rassemblement devant le consulat des Etats-Unis à Benghazi en Libye, durant lequel des hommes armés ont attaqué le bâtiment, tuant l'ambassadeur Chris Stevens et trois autres Américains, dont un ancien Navy Seal, soldat d'élite de la Marine, et un ex-militaire de l'US Air Force. Au moins trois autres Américains ont été blessés.

La Maison Blanche a indiqué jeudi qu'elle surveillait de près la situation de ses missions diplomatiques à travers le monde, craignant de nouvelles manifestations hostiles dans les pays du monde arabe vendredi.

Dans un entretien à l'AFP, le nouveau Premier ministre libyen Moustapha Abou Chagour a annoncé "une importante avancée" dans l'enquête sur l'attaque de Benghazi et des arrestations, sans donner de détails sur le nombre ou l'éventuelle appartenance des personnes arrêtées.

Les réactions parfois violentes déclenchées par le long métrage "Innocence of Muslims", dont des extraits sont diffusés sur internet, rappellent la colère qu'avait provoquée la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2006 par un journal danois.

Réalisé par un cinéaste qui s'est présenté comme Américano-israélien mais qui selon les médias américains serait de religion copte, le film à faible budget se veut une description de la vie du prophète et évoque les thèmes de l'homosexualité et la pédophilie. Il présente les musulmans comme immoraux et violents. L'auteur du film aurait demandé la protection de la police californienne après avoir été identifié par les médias.

Au Yémen, des jeunes en colère ont pénétré dans la matinée dans l'enceinte de l'ambassade des Etats-Unis à Sanaa avant d'être repoussés par la police, selon un correspondant de l'AFP.

Des heurts se sont poursuivis jusque dans la soirée aux alentours de la chancellerie, faisant au total quatre morts et 34 blessés, a indiqué un responsable des services de sécurité.

La Maison Blanche a déclaré que Washington faisait le maximum pour protéger les diplomates américains au Yémen, précisant que tous les membres du personnel de l'ambassade étaient sains et saufs.

L'Union européenne a appelé Sanaa à "protéger" les diplomates européens.

Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi a présenté ses "excuses au président américain Barack Obama", promettant de châtier les coupables.

Le président Obama a remercié, dans un entretien téléphonique, son homologue yéménite d'avoir "rapidement condamné" l'attaque du complexe diplomatique américain à Sanaa, a indiqué la Maison Blanche.

Il a aussi exprimé son "inquiétude pour la sécurité des employés et des installations diplomatiques américaines au Yémen". Malek Chebel : "On peut vraiment craindre un embrasement généralisé"

Et le président Obama a demandé de renforcer la protection des ambassades des Etats-Unis à travers le monde, tandis que le candidat républicain à la Maison blanche, Mitt Romney, affirmait que le monde ainsi que les pays du Proche-Orient avaient "besoin d'un leadership américain".

Une "vidéo écoeurante"

Au Caire, des heurts sporadiques se sont poursuivis toute la journée aux abords de l'ambassade des Etats-Unis entre manifestants jetant des pierres et police anti-émeute tirant des gaz lacrymogène. D'après le ministère de la Santé, plus de 200 personnes ont été blessées.

Le président égyptien, l'islamiste Mohamed Morsi, a condamné les "atteintes" au prophète Mahomet tout en rejetant la violence, alors que le mouvement des Frères musulmans dont il est issu a appelé à des manifestations pacifiques vendredi.

"J'appelle tout le monde à (...) à ne pas agresser les ambassades", a lancé M. Morsi.

Quelque 500 manifestants se sont aussi rassemblés près de l'ambassade américaine à Koweït, arborant le drapeau noir d'Al-Qaïda.

Le royaume ultraconservateur d'Arabie saoudite a condamné le film produit "par un groupe irresponsable", mais aussi "les réactions violentes dans plusieurs pays visant des intérêts américains".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a condamné jeudi ce "film haineux" dénigrant l'islam, estimant que ses auteurs semblaient avoir "délibérément" cherché à "provoquer une effusion de sang".

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a assuré que le gouvernement américain n'avait "absolument rien à voir" avec cette "vidéo écoeurante et condamnable", exhortant parallèlement les dirigeants politiques et religieux à condamner les violences survenues depuis sa diffusion sur internet.

Les Etats-Unis ont aussi déconseillé jeudi à leurs ressortissants de se rendre en Algérie en raison d'un risque accru d'attentats.

En Iran, quelque 500 personnes ont manifesté aux cris de "Mort à l'Amérique" et "Mort à Israël" près de l'ambassade de Suisse à Téhéran, qui représente les intérêts américains en Iran.

Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a demandé à Washington de "punir" les auteurs du film et leurs soutiens financiers.

Sécurité renforcée en Asie

En Irak voisin, des milliers de sympathisants du leader chiite Moqtada Sadr ont défilé notamment à Bagdad, dans la ville sainte de Najaf, et à Kirkouk.

Dans un communiqué, le très influent Moqtada Sadr a demandé au gouvernement d'interdire l'accès au territoire irakien à tout citoyen américain.

Quelque 200 personnes ont également défilé dans les villes libanaises de Tripoli (nord) et Sidon (sud), certaines brûlant le drapeau américain.

Les forces de l'ordre israéliennes ont annoncé jeudi soir le renforcement de leur dispositif de sécurité dans la Vieille ville et à Jérusalem-Est au cours de la prière du vendredi en raison des "tensions régionales".

Et dans l'enclave de Gaza, des centaines de Palestiniens ont manifesté pour la deuxième journée consécutive contre les Etats-Unis, le Hamas réclamant des "excuses" de Washington et appelant à de nouvelles protestations vendredi.

Par crainte d'émeutes à Kaboul, le président afghan Hamid Karzaï a reporté une visite en Norvège, alors que les autorités pakistanaises ont dit s'attendre à des manifestations vendredi.

L'Indonésie, pays musulman le plus peuplé de la planète, a demandé à YouTube de bloquer la diffusion du film polémique. Le gouvernement afghan a bloqué quant à lui la totalité du site de partage de vidéos, tandis que le Pakistan empêchait l'accès au seul film.

L'Inde a placé en alerte ses effectifs déployés autour des bâtiments américains.

Des rassemblements de protestation contre le film "Innocence of Muslims" avaient déjà eu lieu mercredi à travers le monde arabe.

 

Et toujours sur DirectMatin.fr

Qui est l'auteur du film ?

Malek Chebel : "On peut vraiment craindre un embrasement généralisé"

Les violences en images

Obama presse l'Egypte de sécuriser l'ambassade américaine

Attaque de Benghazi : Washington évoque une opération ciblé

Vous aimerez aussi

Polémique "L'Innocence des musulmans" retiré de YouTube
Le logo de YouTube [Lionel Bonaventure / AFP/Archives]
Internet Egypte : YouTube bloqué pendant un mois ?
Croquis d'audience réalisé par Mona Shafer Edwards, de l'auteur du film anti-islam, Mark Basseley Youssef, le 27 septembre 2012 devant un tribunal à Los Angeles [Mona Shafer Edwards / AFP/Archives]
ciné L'auteur du film anti-islam condamné à un an de prison

Ailleurs sur le web

Derniers articles