La Colombie tourne la page des barons de la drogue

Le narcotrafiquant Daniel Barrera escorté par la police après son arrestation à San Cristobal, au Venezuela, le 19 septembre 2012 [ / Ministère vénézuelien de la Justice/AFP] Le narcotrafiquant Daniel Barrera escorté par la police après son arrestation à San Cristobal, au Venezuela, le 19 septembre 2012 [ / Ministère vénézuelien de la Justice/AFP]

Avec l'arrestation de son plus gros trafiquant, la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, a tourné la page des grands barons ou +capos+ de la drogue, se préparant désormais à affronter des organisations disséminées, selon des experts interrogés par l'AFP.

Le président colombien Juan Manuel Santos a annoncé mardi, lors d'une allocution à la nation, l'arrestation du narcotrafiquant Daniel Barrera, surnommé "le Fou", au Venezuela, évoquant la "capture la plus importante de ces derniers temps".

"Barrera +le Fou+ était le dernier +capo+ de sa catégorie, de ceux qui disposaient d'un grand contrôle sur une part importante du pays", a expliqué Christian Voelkel, expert en Colombie auprès de l'ONG International Crisis Group, spécialisée dans la résolution des conflits.

La neutralisation de Barrera, qui promet d'attiser les rivalités pour l'acheminement de la cocaïne via le Venezuela voisin, était l'un des objectifs prioritaires des autorités colombiennes.

"Il est difficile qu'un +capo+ de l'envergure de Barrera soit de nouveau présent", s'est félicité le ministre colombien de la Défense Juan Carlos Pinzon après son arrestation.

Dans sa lutte contre le narcotrafic, avec l'aide matérielle des Etats-Unis, la Colombie a, au cours des deux dernières décennies, démantelé les puissants cartels de Medellin de Pablo Escobar et ceux de Cali, que dirigeaient les frères Orejuela.

Barrera "le Fou" était considéré comme l'un des derniers grands barons encore en liberté et probablement le plus recherché en Amérique du Sud, même si son influence était loin d'égaler celle qu'ont acquises ensuite les cartels mexicains, symbolisés par Joaquin Guzman.

"Trafic fragmenté"

Selon l'expert Ariel Avila, analyste de l'institut d'études colombien Nuevo Arco Iris, les trafiquants mexicains vont tenter de profiter de la disparition de Barrera pour prendre le contrôle de la route de la drogue colombienne via le Venezuela.

"Ces prochains mois nous allons assister à une bataille pour cette route. Il y a plusieurs groupes susceptibles de s'en disputer le contrôle", a prédit M. Avila, qui redoute des tensions entre clans mexicains et bandes colombiennes issues des ex milices paramilitaires, sans compter les héritiers de Barrera.

Le dernier grand baron colombien restera comme un pionnier pour l'utilisation de cet axe pour acheminer, via des escales en Amérique centrale et en Afrique, la drogue aux Etats-Unis et en Europe, où son organisation aurait expédié au total plus de 900 tonnes de cocaïne.

L'autre grande force de Barrera résidait dans sa faculté à corrompre les autorités de Colombie ou du Venezuela, de même que son habileté à tisser des accord avec les groupes armés comme la guérilla communiste des Farc.

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), avec lesquelles le gouvernement doit engager à partir d'octobre des négociations de paix, fournissait au baron de la drogue de grande quantité de feuilles de coca, cultivés dans ses zones d'influence, selon M. Voelkel.

Désormais hos d'état de nuire, Barrera laisse ainsi un espace à conquérir, ajoute cet expert, mais il est peu probable qu'il y ait "un seul successeur". "Le problème va continuer et il ne sera pas forcément plus facile de combattre un trafic fragmenté", souligne-t-il.

La lutte anti-drogue a permis de réduire de moitié en huit ans la production de cocaïne en Colombie qui reste toutefois la plus importante au monde, au coude-à-coude avec celle du Pérou, avec quelque 345 tonnes l'an dernier, selon le dernier rapport des Nations unies.

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