Afrique du Sud: état d'alerte à Polokwane avant la comparution de Malema en justice

Julius Malema lors d'une réunion de l'ANC, le 10 février 2012 à Prétoria [Stephane de Sakutin / AFP/Archives] Julius Malema lors d'une réunion de l'ANC, le 10 février 2012 à Prétoria [Stephane de Sakutin / AFP/Archives]

L'Afrique du Sud retenait son souffle mardi à la veille de la comparution en justice du jeune tribun Julius Malema, ennemi numéro un du président Jacob Zuma, dans sa ville de Polokwane (nord) qui a été placée en état d'alerte, les autorités attendant des milliers de manifestants.

Plusieurs centaines de personnes favorables à l'opposant se sont rassemblées pour une veillée de soutien à l'opposant dans un local proche.

"En accord avec le Parquet, M. Malema comparaîtra devant le tribunal régional de Polokwane mercredi", a annoncé son avocate Nicqui Galaktiou. L'audience est prévue à 08h30 (06h30 GMT).

L'ex-chef de file des jeunes de l'ANC, exclu du parti au pouvoir en avril pour indiscipline, est accusé de blanchiment d'argent, corruption et fraude, selon les chefs d'accusation lus mardi par le tribunal, qui a également entendu quatre hommes d'affaires.

"Il y a des dizaines de millions de rands (des millions d'euros) d'argent public en jeu", a commenté McIntosh Polela, le porte-parole des Hawks, unité de la police chargé des grosses affaires, ajoutant que le cas des quatre accusés du jour a été reporté au 28 novembre après paiement d'une caution.

L'acte d'accusation fait état d'une pyramide compliquée de sociétés associant Malema --via son fonds familial Ratanang-- à Lesiba Gwangwa, patron de On Point Engineering.

Cette entreprise de conseil a notamment a gagné un appel d'offres suspect de 52 millions de rands (4,9 millions d'euros) de la direction des routes du Limpopo, province dirigée par les amis politiques de Malema... avant même d'exister.

Une copie de l'acte d'accusation consultée par l'AFP --avec la mention "brouillon"-- indique entre autres descriptions de rétrocommissions qu'une partie de l'argent est allé à l'achat d'une ferme pour 4 millions de rands et d'une grosse berline allemande mise à sa disposition.

La presse sud-africaine avait évoqué des sommes bien supérieures, jusqu'à 100 millions de rands.

La justice et le fisc s'intéressent depuis plus d'un an aux revenus de Malema, 31 ans, qui mène grand train même s'il dit défendre les plus pauvres.

L'intéressé --à qui le fisc réclame en outre 16 millions de rands (1,5 million d'euros)-- ne cesse de clamer son innocence, et crie au complot.

Son passage devant le tribunal vient juste au moment où les autorités ont repris la main dans la sanglante crise sociale qui secoue les mines du pays depuis début août, en instaurant une sorte d'état d'urgence dans la région de Rustenburg (nord).

Or Malema avait appelé les mineurs à la révolution, jurant de rendre le secteur "ingouvernable".

Il est devenu un opposant acharné du président Jacob Zuma, son ancien mentor, dont il veut empêcher la reconduction à la tête de l'ANC lors de son prochain congrès, à Mangaung (Bloemfontein, centre) fin décembre.

La Ligue de jeunesse de l'ANC, que présidait "Juju" et qui lui est restée fidèle, dit ne pas organiser directement de manifestation à Polokwane, mais "des camarades vont venir de tout le pays pour apporter leur soutien à Julius Malema", selon son dirigeant Thabo Kupa.

Les "Amis de la Ligue de jeunesse", sa nouvelle organisation, ont affrété des bus.

La police a renforcé son dispositif à Polokwane, prévenant qu'"aucun désordre ne sera toléré et (que) ceux qui ne respectent pas la loi seront immédiatement arrêtés".

"Nous nous sommes déjà déployés, nous avons fermé certaines rues autour du tribunal", a précisé mardi soir le brigadier Hangwani Mulaudzi à l'AFP. "Nous nous attendons à ce que beaucoup, beaucoup de gens viennent."

Mardi soir, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour une veillée de soutien à l'opposant. Ses supporteurs ont chanté des chansons en sa faveur et dénoncé les accusations portées contre lui.

"Pour nous, ce qui arrive n'est pas une affaire de criminalité mais une manoeuvre politique", a déclaré un jeune militant qui portait un t-shirt décoré avec le visage de Malema et un fusil, au-dessus d'un slogan "Le combattant courageux".

"Nous savons qu'ils veulent le stopper à cause de la conférence de décembre - parce que nous voulons changer de direction", a-t-il ajouté, en faisant référence aux élections de fin d'année pour les postes de direction de l'ANC.

La défense du jeune tribun a indiqué qu'elle allait ouvrir un site internet spécial.

Malema en a parallèlement ouvert un à son nom pour apporter ses "réponses aux mensonges publiés par les médias et les journalistes qui veulent vendre des journaux ou marquer des points avec leurs petits amis politiciens avec qui ils couchent".

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