Crise de la monnaie : échauffourées avec la police à Téhéran

Un billet de 20.000 rials iraniens [Atta Kenare / AFP/Archives] Un billet de 20.000 rials iraniens [Atta Kenare / AFP/Archives]

Des protestations et des échauffourées ont éclaté mercredi à Téhéran après une intervention de la police anti-émeute contre des revendeurs illégaux de devises, alors que la monnaie iranienne a enregistré une baisse historique due aux sanctions, selon des témoins.

Des centaines de policiers anti-émeute se sont déployés dans le quartier de Ferdossi pour y interpeller des revendeurs illégaux de devises. Ils ont ordonné la fermeture de tous les magasins du quartier.

Le rial semblait se stabiliser mercredi à la mi-journée autour d'un taux de 34.000 rials contre 36.000 mardi après-midi et 22.000 il y a huit jours. Mais il n'y avait pratiquement pas d'opérations.

Plusieurs personnes ont été arrêtées alors que des bennes à ordures étaient incendiées, dégageant une fumée noire dans le quartier.

Des homme ont jeté des pierres en direction des forces de l'ordre et contre une voiture de la police avant de prendre la fuite, selon les témoins.

"Nous avons baissé les rideaux à cause de la descente de la police venue arrêter les revendeurs illégaux", a déclaré à l'AFP un agent de change officiel.

La plupart des magasins étaient aussi fermés dans le grand bazar de Téhéran en raison des incertitudes sur la monnaie. "Nous avons fermé parce que nous ne savons pas ce qui va se passer" avec le dollar, a indiqué un marchand.

Un responsable des forces de l'ordre, le colonel Khalil Helali, a déclaré que la police allait "agir" contre les marchands qui ont fermé leurs magasins pour "perturber" la situation.

Le chef de la police avait annoncé auparavant la mise en place d'un comité pour empêcher la dégringolade de la monnaie et lutter contre "ceux qui perturbent le marché".

"Un groupe, comprenant des membres économiques du gouvernement et des commandants de la police, a été créé pour lutter contre ceux qui perturbent le marché de devises", a déclaré le commandant de la police nationale, le général Esmaïl Ahmadi Moghadam, cité par l'agence Fars.

"Selon l'évaluation de la Banque centrale, les gens gardent chez eux une grande quantité de devises et d'or, ce qui a un effet négatif sur l'économie", a-t-il ajouté.

"Malheureusement, une partie des gens pensent que leur capital va s'effondrer (à cause de la chute de la monnaie, ndlr) et se ruent vers les marchés des devises et de l'or, ce qui augmente la demande et les prix", a-t-il poursuivi.

L'Iran est soumis à des sanctions de l'ONU à cause de son programme nucléaire controversé, renforcées par des sanctions pétrolières et bancaires américaines et européennes. L'objectif est de priver l'Iran de ses revenus pétroliers dans le but de le pousser à cesser ses activités nucléaires sensibles.

Mardi, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré que la chute de la monnaie n'était pas due à la situation économique car le pays possédait suffisamment de devises.

"Il n'y a aucune raison économique pour ces fluctuations. L'ennemi a lancé une pierre sur notre chemin, il faut (...) la lui renvoyer", a déclaré le président iranien. "Nous avons des réserves (de change, ndlr) en quantité nécessaire pour le pays", a-t-il assuré.

"C'est une guerre psychologique (...) Tout le monde doit aider le gouvernement. Les sanctions visent le peuple. Ils (les Occidentaux, ndlr) mentent quand ils disent qu'elles sont une pression pour le gouvernement", a-t-il dit.

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