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Brésil : marchés et milieux d'affaires misent sur la chute de Rousseff

La présidente du Brésil Dilma Rousseff, à Brasilia le 17 mars 2016 [EVARISTO SA / AFP] La présidente du Brésil Dilma Rousseff, à Brasilia le 17 mars 2016 [EVARISTO SA / AFP]

"Destitution, maintenant", l'immense banderole recouvrant le siège de la puissante Fédération des industries de Sao Paulo (Fiesp), annonce la couleur : au Brésil, milieux d'affaires et marchés voient d'un bon œil une chute de la présidente de gauche Dilma Rousseff, accusée de maquillage des comptes.

Jeudi, la Bourse de Sao Paulo a grimpé de 6,6%, sa plus forte hausse quotidienne en sept ans avant de fléchir le lendemain. "Le marché célèbre la fin de ce gouvernement", commentait alors à l'AFP l'analyste André Leite, de TAG Investimentos, une fête paradoxale compte tenu de son aversion supposée de l'instabilité.

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Le même jour, l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva avait vu sa nomination comme ministre, controversée en raison d'accusations de corruption, suspendue par un juge de Brasilia (elle a depuis été suspendue également par un juge du Tribunal suprême fédéral).

Une nouvelle interprétée comme fragilisant un peu plus le gouvernement de Dilma Rousseff, déjà menacée au Parlement par une procédure de destitution. Dans la première économie d'Amérique latine, plongée dans une récession historique pendant que s'envolent l'inflation, les déficits publics et la dette, les occasions pour les milieux financiers de se réjouir n'ont pas été nombreuses ces dernières années.

Désormais, "les investisseurs ont l'air de miser sur le fait que le Parti des travailleurs (PT, gauche, ndlr) et Dilma vont perdre le pouvoir, laissant la place à des temps plus heureux", explique David Rees, économiste pour Capital Economics et spécialiste de l'Amérique latine, qui souligne aussi la hausse du cours du minerai de fer comme motif d'euphorie boursière.

La politique économique de Dilma Rousseff a souvent été critiquée par les analystes, qui dénoncent un manque de contrôle budgétaire et de mesures fortes face à la crise. "Chaque fois que Dilma paraît proche de tomber, la Bourse monte et le risque pays (l'indice mesurant la possibilité que le Brésil soit mauvais payeur, ndlr) chute", observe Margarida Gutierrez, professeur de macroéconomie à l'université fédérale de Rio de Janeiro.

Les milieux économiques brésiliens semblent sur la même longueur d'onde. Jeudi, la puissante FIESP, qui regroupe près de 130.000 entreprises, a pris publiquement position en faveur de la procédure de destitution de la présidente, étudiée actuellement par une commission de députés.

Manifestation de Brésiliens pour dénoncer la corruption, devant le palais présidentiel à Brasilia, le 16 mars 2016 [Andressa Anholete / AFP/Archives]
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Manifestation de Brésiliens pour dénoncer la corruption, devant le palais présidentiel à Brasilia, le 16 mars 2016

"La société veut un changement, elle veut la destitution de la présidente", a plaidé devant la presse Paulo Skaf, président de la fédération, rêvant à voix haute d'un Brésil où l'on pourra "renouer avec l'investissement, la création d'emploi, l'entrepreneuriat, le renforcement des entreprises, de tous les secteurs brésiliens, des services".

Mais il est peut-être un peu tôt pour rêver, prévient David Rees : "je ne suis pas convaincu qu'il faille s'attendre à de meilleures politiques" si la présidente est écartée. "Même s'il y a un changement de gouvernement, il n'est pas évident que quiconque ait la possibilité de faire passer de dures réformes, donc les problèmes structurels de l'économie (brésilienne) pourraient persister encore quelque temps", estime-t-il.

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D'autant que la procédure pour destituer la chef d'Etat est longue et complexe, nécessitant le vote d'au moins deux tiers des députés puis des sénateurs sur une période pouvant dépasser six mois. Mais, dans un climat d'animosité croissante vis-à-vis du pouvoir en place, le calendrier pourrait s'accélérer, prédit Joao Augusto de Castro Neves, directeur Amérique latine au cabinet de consultants Eurasia Group : "la probabilité d'un changement de gouvernement augmente vraiment", à 75% selon ses calculs, et "cela pourrait arriver dès début mai".

En cas de destitution de Dilma Rousseff, c'est son vice-président Michel Temer, chef du parti centriste PMDB, qui assumerait le pouvoir jusqu'aux élections générales de 2018. "C'est certain que l'administration Temer bénéficierait d'une lune de miel, mais la question est: combien de temps va-t-elle durer ?", se demande Joao Augusto de Castro Neves.

"Même si Temer devrait amener des changements positifs dans l'économie, il n'aura pas le capital politique pour mettre en oeuvre des réformes ambitieuses", souligne-t-il. Dernier danger, enfin : l'analyste met en garde sur le risque que Michel Temer se retrouve à son tour fragilisé s'il est impliqué, de près ou de loin, dans les deux scandales en cours, autour du géant pétrolier d'Etat Petrobras et du financement de la campagne présidentielle de 2014.

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