Relations Cuba / Etats-Unis – Publié le 22 juillet à 11:36 – Mis à jour le 23 juillet 2015 à 10:59

Les États-Unis n'entendent pas restituer Guantánamo à Cuba "pour le moment"

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Les États-Unis n'entendent pas restituer Guantánamo à Cuba "pour le moment"

Alors que se profile un réchauffement des relations entre Washington et le régime de Raúl Castro, La Havane rappelle qu'elle aimerait retrouver sa souveraineté dans la baie de Guantánamo. Occupée par les États-Unis en vertu d'un traité signé il y a un plus d'un siècle, et célèbre pour sa prison, la base navale a sans doute encore quelques années devant elle.

Les relations entre Washington et La Havane n'ont probablement jamais été aussi bonnes qu'en cet été 2015. Il faut dire que les deux États séparés par le détroit de Floride reviennent de loin. Les deux voisins étaient fâchés depuis plus d'un demi-siècle de Guerre froide et n'ont ré-ouvert leurs ambassades respectives que le 20 juillet. L'acte est symbolique mais ne règle pas deux questions essentielles, à savoir : celle d'une levée de l'embargo commercial et, plus délicat encore pour Washington, celle de l'avenir de l'enclave américaine de Guantánamo.

La base américaine de Guantanamo, le 9 août 2013 (AFP)

Lors d'un sommet au mois de janvier, Raúl Castro faisait du retour de la souveraineté de son pays sur la baie l'une des conditions importantes d'un rapprochement :

Le ré-établissement de relations diplomatiques est le point de départ d'un processus de normalisation de nos relations bilatérales. Mais ceci ne sera pas possible tant que des points de blocage existent, tant que les États-Unis ne nous rendront pas le territoire occupé de manière illégale par la base navale de Guantánamo.

Une vision qu'a rappelé ce lundi 20 juillet Bruno Rodríguez, le ministre cubain des Relations extérieures lors d'une conférence de presse commune tenue à Washington avec John Kerry, allant même jusqu'à parler de  "point crucial". Le secrétaire d'État américain n'a pas manqué d'afficher ses bonnes intentions en langue espagnole :

Nous sommes déterminés à vivre en bons voisins sur la base d'un respect mutuel.

Mais concernant le territoire de Guantánamo, le chef de la diplomatie américaine n'a pas fait de promesses :

Pour le moment, il n'y a pas d'intention de notre part d'altérer le traité.

Une location à 34 cents par hectare

L'Amendement Platt signé en 1903 (National Archives)

Le traité dont fait référence John Kerry est un traité signé en décembre 1903 : l'Amendement Platt. Les États-Unis, qui occupaient les lieux depuis la fin de la guerre hispano-américaine en 1898, ont obtenu un bail perpétuel sur une surface (120 km²) équivalente à la taille de la ville de Paris, dans la baie de Guantánamo, dans le sud-est de l'île. Par la suite, un second traité est venu maintenir en 1934 le statut de la baie de Guantánamo, déclarant que le bail ne pourrait être rompu qu'à l'initiative conjointe des deux Etats.

L'intérêt de cette base avancée était, à l'époque, pour la Marine américaine de disposer d'un relais de réapprovisionnement en charbon. La Havane recevait pour cette occupation  2.000 dollars or par mois, somme réajustée en 1934 à 4.085 dollars. Soit 34 cents par hectare.

L'arrivée du régime castriste en 1959 a changé la donne. La Havane a commencé à contester la présence américaine, la jugeant illégale au regard du droit international. À l'exception d'une fois - à cause d'une erreur de traitement - le loyer n'a plus jamais été encaissé, une manière de ne plus reconnaître le bail de 1903.

"Nous ne sommes pas intéressés par ce débat"

Le juriste d'origine cubaine Alfred de Zayas (rapporteur spécial des Nations Unies pour la promotion d'un ordre international démocratique et équitable)  considère par exemple que le contrat n'a pas été signé entre deux États égaux et qu'il a "été imposé par la force". En d'autres termes, il s'agirait d'un traité aux accents colonialistes.

L'autre argument avancé par les opposants à la présence américaine sur l'île : les conditions initiales de l'occupation ne sont plus remplies. À tel point que la situation est qualifiée d' "anomalie historique" pour Michael Parmly, l'ancien chef de la section des intérêts américains à La Havane. Ce diplomate, aujourd'hui à la retraite, écrivait il y a deux ans que "les raisons d'être de la présence américaine sur la base navale de Guantánamo n'étaient plus d'actualité". Une voix discordante à Washington, où peu nombreuses sont les voix à réclamer un retrait de la base à Cuba. "Tôt ou tard, le territoire de Guantánamo sera restitué", prophétise-t-il.

Pour lui, Guantánamo n'est plus un simple poste de ravitaillement de l'US Navy, à une époque où plus aucun bâtiment ne réclame du charbon. La baie sert de centre d'immigration et d'accueil pour les réfugiés des Caraïbes, un phénomène très marqué dans les années 90.

La base compte également des activités commerciales, nées de la présence de la base navale. Des  grands noms du fast-food y sont implantés, on y rencontre aussi des pubs, des terrains de sport et des grandes surfaces.

Guantánamo, ou GTMO comme l'appellent ses habitants, rappelle parfois les banlieues américaines (Photo : Lee Abbamont)

Et surtout, depuis janvier 2002, la base est célèbre pour sa prison haute sécurité qui accueille des prisonniers ramenés du Moyen-Orient par les États-Unis dans leur lutte contre le terrorisme. Elle a compté jusqu'à près de 700 prisonniers en juillet 2003. Aujourd'hui, il reste plus d'une centaine de détenus à transférer dans leurs États d'origine.

Le porte-parole de la Maison blanche a confirmé le 22 juillet la volonté d'aller vers une fermeture du camp :

L'administration met en fait la dernière main à la préparation d'un plan visant à [fermer] de manière responsable et sûre la prison de Guantánamo et à le présenter au Congrès.

Si Barack Obama espère tenir cette promesse de campagne, la position de Washington est restée inflexible depuis le début de l'année sur la question de la base navale. En janvier, la Maison blanche déclarait encore : "la base navale n'est pas quelque chose que nous souhaitons fermer". Des propos confirmés en février par la diplomate Roberta Jacobson, secrétaire adjointe pour l'Amérique latine au département d'État :

Le problème de Guantánamo n'est pas sur la table des discussions [...] Nous ne sommes pas intéressés par ce débat.
Photo d'illustration : Université d'Austin, Texas

Article rédigé par Guillaume Jacquot (@Algdelest)