Tunisie – Publié le 22 janvier à 14:52 – Mis à jour le 22 janvier 2016 à 15:10

Minée par le chômage, la jeunesse tunisienne se révolte à nouveau

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Minée par le chômage, la jeunesse tunisienne se révolte à nouveau

Partie de Kasserine, dans le centre de la Tunisie, la contestation contre le chômage et l'exclusion sociale s'est étendue à de nouvelles villes. La tension est montée d’un cran après la mort d’un jeune diplômé chômeur et d’un policier. Les autorités tunisiennes ont décrété un couvre-feu nocturne dans tout le pays.

Au cœur des revendications, le chômage et la précarité

Les slogans sont les mêmes qu’il y a 5 ans. "Travail, liberté, dignité nationale", des mots scandés par les protestataires, sur la symbolique avenue Habib-Bourguiba à Tunis, un slogan phare de la "Révolution du Jasmin". Et aussi, "Le travail est un droit, bande de voleurs". 

Tout commence à Kasserine, le 19 janvier.  Un vent de colère souffle dans cette ville du centre du pays après la mort de Ridha Yahyaoui, un chômeur de 28 ans électrocuté après être monté sur un poteau pour protester contre son retrait d'une liste d'embauches dans l’administration.

Othman Yahyaoui porte le portrait de son fils Ridha Yahyaoui, qui s'est suicidé à Kasserine, le 21 janvier, après s'être vu refuser un emploi. STRINGER 

C’est maintenant tout le pays qui est en ébullition. Les craintes d’une explosion sociale se font de plus en plus fortes en Tunisie. 

Les autorités ont décrété un couvre-feu nocturne sur tout le territoire.

Une information indiquée par le Ministère de l’Intérieur, dans un communiqué :

Au vu des atteintes contre les propriétés publiques et privées et de ce que la poursuite de ces actes représente comme danger pour la sécurité de la patrie et des citoyens, il a été décidé de proclamer à partir d'aujourd'hui (vendredi) un couvre-feu sur tout le sol tunisien de 20H00 à 05H00.

Comme un air de déjà-vu

Les événements ne sont pas sans rappeler les révoltes de 2011. Il y a 5 ans,  la Tunisie s’embrasait lors de la "Révolution du jasmin", qui a donné le coup d’envoi du printemps arabe. Cette contestation était partie des émeutes ayant suivi la mort, le 4 janvier 2011, de Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant qui s’était immolé par le feu à Sidi Bouzid.

Cinq ans plus tard, Kasserine. Dans le centre défavorisé, protestataires et policiers s’affrontaient dès le 19 janvier. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau contre plusieurs centaines de manifestants, souvent jeunes, alors que ces derniers bloquaient des routes et jetaient des pierres.

Les affrontements se sont poursuivis les jours suivants, dans cette ville située à 280 km au sud-ouest de Tunis.

De Kasserine, la contestation s’est ensuite étendue à Thala, Sidi Bouzid, Meknassi, Kairouan et d’autres régions intérieures atteignant même la capitale. Le bilan est lourd : des centaines de blessés, asphyxiés pour la plupart et un policier décédé, mercredi, à Feriana, durant la dispersion d’une manifestation.

Jeudi soir, à Sidi Bouzid, d'où était partie la révolution de 2011, plusieurs routes ont été coupées par des pneus en flammes. Des manifestations ont aussi eu lieu à Jendouba, Gafsa ou encore Kébili, selon des médias locaux. A Souk Lahad, un poste de la Garde nationale a été incendié, d'après un responsable du ministère de l'Intérieur. En soirée, des incidents ont également été rapportés par des médias dans plusieurs localités et quartiers du Grand Tunis.

"C'est comme si nous étions encore à la fin 2010-début 2011. De Bouazizi à Yahyaoui, les motifs et la manière se répètent", a estimé le quotidien arabophone Al Chourouk.

"Nous en avons assez des promesses"

Le chômage est passé de 12 à 15,3 % dans le pays entre 2010 et la fin de 2015, alors qu’un tiers des demandeurs d’emploi possèdent des diplômes universitaires. A Kasserine, chef-lieu d’une des régions les plus défavorisées de Tunisie. Les chômeurs représentent environ 30 % de la population active.

"Nous en avons assez des promesses et de la marginalisation. Nous avons fait la révolution et nous ne nous tairons plus", a dit à l'AFP une manifestante, Marwa Zorgui, reflétant le ras-le-bol dans la région.

Face à la gronde, le Premier ministre Habib Essid a dû écourter une tournée en Europe. Il rentrera vendredi soir en Tunisie après une rencontre à Paris avec le président français François Hollande. Habib Essid réunira samedi une cellule de crise et un conseil des ministres exceptionnel, avant une conférence de presse.En son absence, des responsables tunisiens ont appelé au calme. 

@LeilaKhouiel - Photo AFP / MOHAMED KHALIL