Monde – Publié le 29 novembre à 10:51 – Mis à jour le 29 novembre 2014 à 12:32

Nigeria : au moins 120 morts dans un attentat à la grande mosquée de Kano

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Nigeria : au moins 120 morts dans un attentat à la grande mosquée de Kano

Au moins 120 personnes ont été tuées et 270 blessées vendredi dans un attentat à la grande mosquée de Kano, dirigée par l'un des plus hauts dignitaires musulmans du Nigeria, qui avait appelé à prendre les armes contre Boko Haram.

Selon un dernier bilan, au moins 120 personnes ont été tuées et 270 blessées vendredi lors d'un double attentat-suicide, suivi de tirs d'hommes armés à la grande mosquée de Kano. Cette attaque d'une extrême violence, a été commise dans la principale ville du nord du pays et visé la mosquée en pleine prière du vendredi.

Il y a d'abord eu deux attentats commis par des kamikazes devant la grande mosquée, a déclaré à l'AFP le porte-parole de la police nigériane, Emmanuel Ojukwu. Puis "des hommes armés ont ouvert le feu sur ceux qui tentaient de fuir".

Sur une quinzaine d'hommes armés, quatre ont été tués par la foule en colère et les autres ont réussi à s'enfuir, a précisé la police. Les équipes de secours tentaient vendredi soir de se rendre dans tous les hôpitaux de la zone, a indiqué un responsable s'exprimant sous couvert d'anonymat.

Le président du Nigeria promet de tout faire pour traquer les responsables

Le président nigérian Goodluck Jonathan a condamné samedi ce terrible attentat, promettant de "remuer ciel et terre" contre les coupables.

Dans un communiqué diffusé dans la nuit par la présidence, Goodluck Jonathan a qualifié le double attentat suicide suivi de tirs contre les fidèles d'acte "haineux" et "méprisable".

Il a demandé aux forces de sécurité de "lancer une enquête complète et de remuer ciel et terre jusqu'à ce que tous les auteurs d'actes de terrorisme qui sapent le droit de chaque citoyen à la vie et à la dignité soient retrouvés et traduits en justice". "Le président réaffirme que le terrorisme sous toutes ses formes constitue un acte abject et une menace injustifiable contre notre société", dit le communiqué.

Il appelle les Nigérians "à ne pas désespérer en ce moment de grande épreuve dans l'histoire de notre nation mais de rester uni pour affronter l'ennemi commun".

Ban Ki-Moon condamne cette "horrible attaque"

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a condamné "l'horrible attaque" de Kano, appelant les autorités à traduire ses auteurs en justice et réaffirmant le soutien total des Nations Unies aux efforts du Nigeria dans sa lutte contre le terrorisme.

L'émir avait appelé à lutter contre Boko Haram

La mosquée est accolée au palais de l'émir de Kano, Mohammed Sanusi II (photo), le deuxième responsable musulman le plus important du Nigeria. On ignorait où se trouvait l'émir au moment des explosions.

C'est dans la grande mosquée de Kano que l'émir avait appelé la semaine dernière la population du nord du pays à prendre les armes contre les islamistes de Boko Haram.
Il avait fustigé l'incapacité de l'armée à défendre les civils face aux insurgés, qui commettent presque chaque jour des attaques dans leur fief du Nord-Est, mais aussi au-delà, et recourent notamment à des femmes kamikazes.

Il est exceptionnel que des dignitaires religieux prennent publiquement position sur les questions politiques et militaires, mais de nombreux Nigérians s'attendaient à ce que Sanusi Lamido Sanusi --son nom à la ville-- défie les conventions et s'implique dans le débat.

Personnalité très influente

L'émir de Kano est une personnalité très influente au Nigeria, qui compte plus de 80 millions de musulmans (dont la majorité vit dans le Nord), sur une population totale de 170 millions d'habitants. 

Officiellement, il est seulement devancé par le sultan de Sokoto, considéré comme le chef des musulmans nigérians, qui a lui aussi lancé lundi des critiques cinglantes contre l'armée.

Avant d'être nommé émir en juin, M. Sanusi a occupé le poste de gouverneur de la Banque centrale nigériane. Il avait été démis de ses fonctions en février par le président Goodluck Jonathan peu après avoir dénoncé le détournement de 20 milliards de dollars de fonds publics par la compagnie pétrolière nationale.

Kano, théatre d'attaques de Boko Haram

Kano, la plus grande ville du nord du Nigeria avec 10 millions d'habitants, a souvent été le théâtre d'attaques de Boko Haram, dont la plus spectaculaire avait fait au moins 185 morts en janvier 2012. Le 14 novembre, un attentat-suicide avait fait au moins six morts, dont trois policiers, à Kano.

L'ancien émir de Kano, Ado Abdullahi Bayero, avait survécu à des tentatives d'assassinat du groupe islamiste, tout comme le sultan de Sokoto et le shehu de Borno, un autre chef musulman important.

Boko Haram accuse les dignitaires musulmans nigérians de trahir la religion en se soumettant à l'autorité de Lagos.

Attaque déjouée à Maiduguri

Le nouvel attentat de Kano intervient au moment où des milices locales ont réussi à déjouer une nouvelle attaque à Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno (nord-est) et ancien fief de l'insurrection

Des explosifs, découverts dans le quartier de Gamboru Market peu avant les prières du vendredi, ont pu être désamorcés par la police, selon Babakura Adam, un membre de la milice. Un explosif a quand même explosé dans le même secteur sans faire de victime.

"Bien sûr il s'agit du travail de Boko Haram, parce que ces derniers jours, des femmes kamikazes ont été arrêtées dans la ville", a affirmé M. Adam. 

Maiduguri a été touchée mardi par un double attentat-suicide qui a fait au moins 45 morts, le premier en cinq mois dans cette ville.

Sécurité renforcée au Niger

Au Niger voisin, la sécurité a été renforcée à Diffa, la plus grande ville de l'est du pays, après la psychose qui s'est emparée en raison de rumeurs d'attaques de Boko Haram, ont indiqué des habitants. Les autorités locales ont aussi interdit la circulation à moto et en voiture.

Les violences de Boko Haram et leur répression par les forces de sécurité ont fait 13.000 morts et 1,5 million de déplacés depuis 2009.

Article rédigé par la rédaction de CNews avec AFP