Turquie – Publié le 17 février à 11:05 – Mis à jour le 17 février 2015 à 14:29

#sendeanlat : la mobilisation des Turques se joue aussi sur les réseaux sociaux

#sendeanlat : la mobilisation des Turques se joue aussi sur les réseaux sociaux «
Play

Japon : un puissant séisme provoque un m...

»
Play

Birmanie : au moins 30.000 civils se réf...

#sendeanlat : la mobilisation des Turques se joue aussi sur les réseaux sociaux

Sur Twitter, les femmes turques se mobilisent autour du hashtag #sendeanlat face à l'augmentation des violences faites aux femmes dans leur pays.

Le meurtre barbare de Ozgecan Aslan, une étudiante turque de 20 ans qui tentait d'empêcher son viol, déchaîne la colère des femmes en Turquie. Si la mobilisation investit les rues, notamment samedi dernier, elle s'est également étendue aux réseaux sociaux. Sur Twitter, les femmes partagent leur colère quant aux violences faites aux femmes dans leur pays. Utilisant le hashtag #sendeanlat (littéralement #ToiAussiRaconte), les femmes tweetent leurs expériences de violence, d'intimidation ou de harcèlement, ainsi que les moyens qu'elles trouvent pour ne pas se retrouver dans ces situations.

Certaines racontent, par exemple, qu'elles glissent une fausse alliance à leur doigt ou qu'elles évitent d'être la dernière passagère du bus. Une top-modèle turque rapporte comment elle a reçu des SMS outrageux, après avoir donné son numéro à des policiers pour pouvoir témoigner de l'agression d'une femme dont elle avait été témoin.  

Je sors plus tôt du bus pour ne pas être la dernière passagère, quand je suis dans une rue déserte, je me retourne sans-cesse, je fais semblant d’être au téléphone. Peur.

@canssnurse #sendeanlat daha 5 yaşındayken 18 yasındaki komşunun oğlu tarafından tacize uğrayıp günlerce evden cıkamamak..

— Cansu Özer (@canssnurse) 15 Février 2015

A l'âge de cinq ans, j'ai été harcelée par le fils de mes voisins, âgé de 18 ans. Je ne suis plus sortie pendant des jours entiers. 

Depuis un mois,  le hashtag a été utilisé plus de 650.000 fois. En Turquie, il fait partie des top trends. Ce 17 février, il est -avec le hashtag #ÖzgecanAslan- le plus utilisé dans le monde.

Car les Turques ne sont pas les seules à partager leurs expériences : c'est tout une communauté de femmes -et d'hommes- solidaires qui se réunit autour de #sendeanlat.

Les hommes te touchent de manière inappropriée, te suivent jusqu'à chez toi, te prennent la main pour te convaincre d'accepter un "rendez-vous".
La Turquie est un pays très conservateur et la violence envers les femmes y est tragiquement encore fréquente. C'est pourquoi #sendeanlat est si important.

Les manifestations dans les villes turques ont réuni des milliers de femmes et beaucoup d'entres elles ont assisté à l'enterrement de celle devenue martyre de la cause. 

La mobilisation prend un tournant politique. Recep Erdogan, président turc, a partagé sa tristesse sur Twitter, pleurant la "plaie béante" que les violences faites aux femmes représentaient dans son pays. Il a ajouté que les auteurs du crime devaient recevoir "le plus lourd châtiment". Le dirigeant a même envoyé ses deux filles auprès de la mère de la défunte. 

"Notre fille Ozgecan a été brutalement assassinée. Je veillerai personnellement à ce que les auteurs de ce crime reçoivent le plus lourd châtiment qu'ils méritent"


Des hommages du président qui ne l'ont pas empêché de déraper quelques heures plus tard. En effet, Erdogan a critiqué les membres de certaines associations qui dansaient durant les manifestations, estimant que cela n'avait rien à voir avec la culture turque.


Au lieu de critiquer les manifestantes qui dansent pour Ozgacan Aslan, Erdogan devrait se pencher sur son sexisme patriarcal. 

Mais Erdogan n'en est pas à sa première sortie sur la place et le droit des femmes dans la société. Peu après son élection à la tête de l'Etat, il déclarait que les femmes ne pouvaient être les égales des hommes, considérant que cela allait "contre les lois de la nature". Il a également évoqué l'idée de limiter le droit à l'avortement ou tout simplement à la césarienne.

 Une étude du média turc et militant Bianet montre qu'en 2014, en Turquie, 281 femmes ont été tuées par des hommes. Une sur cinq l'a été car elle voulait divorcer ou se séparer de son compagnon.

Zoé Lauwereys (@zlauwereys)