Liban – Publié le 25 février à 19:23 – Mis à jour le 25 février 2016 à 19:49

Une rivière de déchets à Beyrouth

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Une rivière de déchets à Beyrouth

Après quelques mois d’accalmie, la "crise des déchets" reprend de plus belle à Beyrouth. La capitale libanaise est confrontée à un "fleuve" de détritus.

L'image est impressionnante. Une rivière de déchets "coule" à Beyrouth. La capitale libanaise fait face depuis cet été à une crise des ordures sans précédent. En cause : la fermeture d'une décharge où étaient stockées les détritus de la ville et de Mont-Liban.

Pendant des mois, les poubelles se sont accumulées dans les rues de la capitale, provoquant le ras-le-bol de la population. Une solution de fortune a été trouvée cet automne: le transfert des déchets sur un site temporaire, La Quarantaine, près du port. Mais ce site montre aujourd'hui ses limites. Les ordures débordent et s'étalent dorénavant le long de la route de Jdeideh au nord-est de Beyrouth. L'accalmie n'aura duré que quelques mois.

Le gouverneur (dit "mohafez") de Beyrouth, Ziad Chbib, a tenté de rassurer la population:

Nous sommes convenus d'une manière de stocker les ballots de déchets de manière à ce que le site puisse en accueillir jusqu'au maximum de sa capacité.

Un manque de réactivité des autorités

Aucun détail n'a cependant été donné quant à cette nouvelle méthode de stockage. Et pourtant, l'organisme de gestion du site de la Quarantaine (Sukomi) a alerté à de plusieurs reprises les autorités que la décharge serait saturée à partir du 24 février. Pacale Nassar, chargée de communication de la société de collecte, a confirmé à nos confrères du journal L'Orient-Le Jour avoir sonné l'alarme depuis le début du mois. Elle se montre fataliste:

Nous n'avons toujours pas reçu de réponse sur un nouveau terrain de stockage de la part du CDR (Conseil du développement et de la reconstruction). C'est de cet organisme que nous attendons les directives sur la conduite future. Nous continuerons à collecter les ordures de Beyrouth en les stockant dans nos centres à La Quarantaine et à Amroussiyé mais ces centres ont une capacité de stockage limitée.

Un fleuve de déchets semble couler sur la route de Jdeideh au nord-est de Beyrouth (Crédit photo : Joseph Eid / AFP)

En réalité peu de solutions semblent envisagées. Un plan, à court terme, prévoyait d'exporter les déchets de la capitale vers la Russie mais il n'a pas abouti. Le ministre de l'Environnement a indiqué ce mardi que le Liban "devait traiter ses déchets sur son territoire." Mohammad Machnouk a pourtant bien conscience de l'ampleur du problème:

Sur le long terme, nous avons besoin d'une décharge où seront enfouies les ordures après traitement. (...) Dans l'immédiat, il faut mettre un terme à cet empilement terrifiant de déchets et à la multiplication des décharges sauvages.

Au niveau local, les autorités ne se disent pas compétentes. Le gouverneur de Beyrouth a ainsi indiqué "attendre avec impatience que l'État trouve une solution".

Il faut que ces déchets soient transportés dans une décharge. En fin de compte, que ce soit sur ce terrain ou sur un autre à Beyrouth, il ne s'agit que d'aires de stockage temporaires et non pas d'une décharge permanente.

Au delà d'une nouvelle méthode de stockage, Ziad Chbib compte cependant imposer le tri dans la capitale en commençant par les les bâtiments relevant de la municipalité. Mais il avertit déjà: "C'est la capitale, une ville densément peuplée. Généraliser le tri à domicile prendra beaucoup de temps."

La question des déchets reste donc très sensible. En août, elle avait conduit à des accrochages entre la population, exaspérée, et des policiers. Le Premier ministre Tammam Salam lui-même avait reconnu à l'époque que le problème était politique:

Le problème est bien plus compliqué. Le problème est celui du dépotoir politique de ce pays.

Le pays est touché par une grande instabilité gouvernementale, le Liban n'a pas de Président depuis mai 2014.

Article rédigé par Claire Cambier - Crédits photos : Joseph Eid / AFP