Les Français de Londres, un électorat courtisé

"Are you French?" En bas de l'immeuble de la Société Générale à Londres, quelques partisans de François Bayrou distribuent des tracts pour la présidentielle française à l'heure de la sortie des bureaux. Leur cible: les nombreux expatriés qui travaillent dans cette banque.[AFP]

"Are you French?" En bas de l'immeuble de la Société Générale à Londres, quelques partisans de François Bayrou distribuent des tracts pour la présidentielle française à l'heure de la sortie des bureaux. Leur cible: les nombreux expatriés qui travaillent dans cette banque.

Trouver une oreille attentive n'est pas aisé en cette fin d'après-midi mais parfois le dialogue s'installe. "Vous suivez la campagne? Vous allez voter ici?", interrogent les militants centristes avant de vanter les mérites de leur candidat.

Avec une population française estimée à 300.000 personnes, Londres est un enjeu électoral de taille. Nicolas Sarkozy s'était déplacé en 2007; cette année c'est François Hollande qui a traversé la Manche pour s'exprimer dans la "sixième ville" française.

Peu enclins à se rendre aux urnes lors de la dernière présidentielle -l'absention avait atteint près de 70%-, les Français de Londres semblent cette fois plus impliqués: les inscriptions sur les listes électorales consulaires ont augmenté de 34% par rapport à 2007.

Une hausse sans doute liée au fait qu'ils pourront pour la première fois, comme l'ensemble des Français de l'étranger, élire dans la foulée leur propre député, aux législatives de juin. Pour encourager la participation, le nombre de bureaux de vote a été doublé par rapport à 2007.

Mais si la campagne présidentielle est ici généralement bien suivie, notamment via les médias français en ligne, elle est aussi vue d'un oeil critique. Chez les sympathisants de droite comme de gauche, les attaques entre candidats, les polémiques sur l'immigration et la viande halal par exemple ne font pas recette.

"Il y a plein de débats qui ne servent qu'à gratter les voix des extrêmes", déplore Gilda Hassan, une mère de famille française de 37 ans attablée avec cinq amies à une terrasse de café à côté du lycée Charles de Gaulle, au coeur du quartier huppé de South Kensington, surnommé la "Frog Valley". Fustigeant "l'assistanat" et la "stigmatisation des riches" qui règnent en France, toutes vont voter pour Nicolas Sarkozy, les unes par conviction, les autres jugeant qu'il "n'y a personne en face de lui".

Dans la ville qui abrite la City, véritable aimant pour de nombreux traders français, le discours offensif du candidat socialiste à la présidentielle contre le monde de la finance a souvent du mal à passer.

"Il aurait pu employer des mots moins forts, mais c'est un discours politique", relativise Ramzi Amairi, un Français de 26 ans d'origine tunisienne. Il travaille dans une banque d'investissement et compte voter pour le candidat socialiste, qu'il est allé écouter lors de son passage à Londres fin février.

"François Hollande défend un autre type de finance que la finance uniquement spéculatrice, il n'est pas contre les gens qui travaillent pour le secteur financier", souligne Axelle Lemaire. Cette candidate socialiste aux élections législatives explique aussi devoir se battre à Londres contre la "perception faussée" selon laquelle le PS pénalise les entrepreneurs.

Familles, étudiants, jeunes venus trouver une première expérience professionnelle et parfaire leur maîtrise de l'anglais, salariés d'entreprises privées, chercheurs... : les profils des expatriés français au Royaume-Uni sont divers. Reflet de cette variété, leur vote au deuxième tour de la présidentielle en 2007 avait été identique à celui de la France. Nicolas Sarkozy y avait obtenu 53% des voix.

Loïc Dumas, 32 ans, qui anime une communauté d'entrepreneurs français à Londres, ne ressent pas autour de lui "un énorme engouement pour la présidentielle" et trouve la campagne peu intéressante. Les annonces des candidats sur la taxation des exilés fiscaux? "Je n'en connais aucun, ça concerne plus la Suisse et le Luxembourg", juge-t-il.

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