Roché: le président devra "réformer la police"

Politologue, directeur de recherche au CNRS spécialisé dans les questions de sécurité, Sebastian Roché espère du prochain président la "décentralisation" de la police, qui doit être territorialisée pour devenir "un service public" moins tourné vers le pouvoir.[AFP]

Politologue, directeur de recherche au CNRS spécialisé dans les questions de sécurité, Sebastian Roché espère du prochain président la "décentralisation" de la police, qui doit être territorialisée pour devenir "un service public" moins tourné vers le pouvoir.

Qu'attendez-vous du président après son élection ?

En matière de sécurité, j'attendrai une véritable réforme de l'ensemble du système de police français, bien différente des réformes qui ont été conduites jusqu'à présent principalement sous contraintes budgétaires, en gros "comment faire moins cher, sans changer le système". Il s'agit de 240.000 fonctionnaires, cela ne se fait pas en six mois, mais il faut qu'il pense à refonder ce système. Il a deux fondations : le préfet, c'est Napoléon, et le commissaire, c'est le régime de Vichy. Les deux sont un peu datées et ses fondateurs ne sont pas les plus grands démocrates que l'on puisse trouver. Tous les cent ans, c'est pas mal de réformer un système pour qu'il vive en accord avec la société pour laquelle il est censé intervenir. Par exemple, il n'est dit nulle part dans la Constitution française que la police est un service public qui doit garantir les libertés publiques.

Que devra-t-il faire en premier ?

Décentraliser la police dans le cadre d'une loi avec une nouvelle organisation de la sécurité publique, celle qu'on voit dans les rues tous les jours. L'objectif serait de la tourner vers les enjeux locaux, les citoyens. Aujourd'hui, elle est tournée vers l'éxécutif. Le ministère de l'Intérieur nourrit, promeut et sanctionne. Tous les chiffres sont faits pour être fournis à Paris parce que les objectifs sont nationaux. La notion de service local aux usagers n'existe pas organisationnellement dans la police. C'est une police faite pour servir le pouvoir central. Ce n'est pas de la mauvaise intention, elle a été construite comme ça.

Ce qu'il ne devra surtout pas faire ?

Le président ne devra pas saupoudrer les moyens dont il dispose en fonction de l'influence politique de celui qui lui fait la demande, ne pas être tenté de servir ceux qui peuvent lui servir. Cela détourne les ressources des zones qui en ont le plus besoin, les zones pauvres des très grandes agglomérations notamment. Il faut casser ce système où le gouvernement décrète des zones prioritaires puis personne ne s'en occupe.

 

Vous aimerez aussi

L'ex-président brésilien  (2003-2011) Luiz Inacio Lula da Silva à Sao Bernardo do Campo le 7 avril 2018.  [Miguel SCHINCARIOL / AFP]
Brésil Lula dit à son parti qu'il est libre de trouver un autre candidat à la présidentielle
scrutin Costa Rica : Carlos Alvarado vainqueur de la présidentielle
élection Présidentielle en Egypte : Sissi réélu avec plus de 97,08% des voix

Ailleurs sur le web

Derniers articles