Afrique du Sud: deux gros producteurs de platine paralysés par un conflit social

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Lonmin et Amplats, deux des plus gros producteurs mondiaux de platine, étaient paralysés jeudi par un conflit exacerbé autour des salaires que les mineurs affirment vouloir étendre "aux mines ou aux usines du pays" jusqu'à obtenir gain de cause.

Plongé dans un silence inhabituel, le site d'Amplats, propriété du géant anglo-sud-africain Anglo American, est resté, grille fermée, sous la garde de vigiles.

A quelques kilomètres, une foule de 4.000 à 5.000 mineurs en grève, armés de bâtons traditionnels, chantant à tue-tête et dansant, ont convergé vers un stade pour dire leur ras-le-bol d'être mal payés et leur détermination à obtenir 12.500 rands mensuels (1.200 euros). La plupart gagnent moitié moins.

Avec 76.000 employés en Afrique du Sud, Anglo American est tout un symbole: c'est le premier employeur privé du pays et l'une des plus anciennes compagnies minières locales.

La direction a mis à l'arrêt ses cinq sites du bassin minier de Rustenburg mercredi, officiellement, pour raisons de sécurité et pour protéger les mineurs de "menaces et intimidations" de ceux qui veulent les empêcher de travailler.

Comme chez Lonmin à Marikana, ou chez Gold Fields, une mine d'or proche de Johannesburg où 15.000 mineurs sont entrés en grève dimanche dernier, les grévistes d'Amplats ont rejeté leurs délégués habituels issus du puissant syndicat des mines, le NUM.

Dans le stade, ce sont des représentants choisis par les mineurs et un leader trotskiste qui ont harangué la foule, dans une ambiance festive. Des unités de police étaient stationnées à distance respectable.

"Nous allons faire avancer ce problème", expliquait, déterminé, à l'AFP Siphamandla Makhanya, au nombre de la délégation de mineurs qui a déposé un mémorandum auprès de la direction.

"Si l'entreprise échoue à le résoudre, nous allons le porter dans toute l'Afrique du Sud. Nous allons mobiliser tous les Sud-Africains, dans les mines ou dans les usines. Ensuite, nous irons le porter devant l'Union Buildings", le siège du gouvernement à Pretoria, a-t-il affirmé.

"Au minimum, ce qu'on attend c'est 12.500 rands (1.200 euros). Si cela ne marche pas, Anglo American n'a qu'à faire ses bagages et partir aux Etats-Unis. Nous allons demander au gouvernement de diriger l'entreprise", a-t-il ajouté, en écho aux tenants d'une nationalisation des mines.

La direction s'est contentée d'accuser réception du mémorandum. "La situation est en évolution constante, nous essayons de gérer au mieux", a déclaré à l'AFP une porte-parole Mpumi Sithole.

A Marikana, d'où est parti le conflit le 10 août, faisant revivre les pires heures de l'apartheid lorsque la police a ouvert le feu sur les grévistes le 16 août, les installations du groupe britannique Lonmin, étaient toujours au ralenti, avec un absentéisme dépassant les 90% depuis plusieurs jours.

Les négociations étaient toujours dans l'impasse, malgré la participation d'un groupe de chefs coutumiers aux pourparlers. La donne est compliquée par la volonté des grévistes d'obtenir gain de cause avant de reprendre le travail, une entorse aux règles de négociations salariales que refuse Lonmin.

Jeudi, le corps d'un homme frappé à mort, retrouvé mardi, a été identifié comme celui d'un permanent du NUM, visiblement tué à coup de machettes à la tête.

C'est la 45ème victime du conflit de Marikana.

Un troisième géant minier de cette ceinture de platine, le groupe sud-africain Impala, n'est pas touché par les grèves, mais fait également face à des revendications salariales du même ordre que celles des autres sites.

Chez KDC, un site de Gold Fields, une tentative du NUM de s'adresser à ses troupes a tourné court et ses dirigeants se sont fait huer.

Le syndicat dissident AMCU, qui a encouragé et soutenu les grévistes de Marikana, a appelé jeudi le président sud-africain Jacob Zuma à convoquer une conférence nationale sur les mines.

Relativement effacé depuis le début de la crise, M. Zuma n'a pas répondu.

Il est apparu une fois de plus en retrait, se contentant de dénoncer des troubles "inacceptables" et d'ajouter, lors d'une séance de questions au parlement: "Nous allons nous en occuper. Nous allons être prochainement très actifs".

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