Mobilisation en France contre la disparition des hirondelles

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Planant au-dessus d'Hamel (Nord), un faucon hobereau surveille les dernières hirondelles achevant de préparer leur progéniture à la migration vers l'Afrique : ce rapace dépend d'elles pour sa subsistance et peut s'inquiéter, tout comme les humains, de leur raréfaction.

Alarmée par une étude de 2010 du Muséum d'histoire naturelle évaluant la diminution des effectifs d'hirondelle en France à environ 40% depuis 1989, la Ligue de protection des oiseaux a lancé au printemps dernier un nouveau recensement national sur deux ans.

"Les retours de cette enquête montrent que le message a bien accroché le grand public : dans notre région, non seulement des centaines de gens ont répondu mais ils demandent ce qu'ils peuvent faire pour enrayer le déclin qu'ils observent de leurs propres yeux", souligne Yann Godeau, délégué Nord de la LPO.

A Hamel, cette diminution est moins prononcée qu'ailleurs. Sous l'auvent du café du village, on dénombre pas moins de 47 nids d'hirondelles "de fenêtre" qui se distinguent de leurs congénères dites "rustiques" par leur gorge blanche. Cette concentration sur un édifice de plain-pied est devenue rare.

"Dans le Nord en général, on constate la même chute des effectifs que sur le plan national", souligne M. Godeau.

Parmi les personnes ayant répondu à la LPO, Patrick Delhalle, un gendarme retraité à Brunémont (Nord) se désole, en ouvrant la porte de sa grange. "Depuis plus de 20 ans que je suis ici, il y a de moins en moins d'hirondelles et maintenant je n'ai plus qu'un seul nid qui est fréquenté".

Un oiseau "porte-bonheur"

Pourtant, il "adore leur présence" et fait tout ce qu'il peut pour bien les accueillir dès le début du printemps en laissant ouverte la porte de la grange dont il retire sa voiture.

"Dans les réponses à notre enquête, on voit que les hirondelles ont une place à part, très voyante, dans la vie des gens. On l'assimile au retour du printemps et beaucoup la considèrent comme un porte-bonheur", souligne M. Godeau.

Au fur et à mesure de la diminution des effectifs, les hirondelles abandonnent complètement certaines colonies pour se concentrer sur d'autres, faisant d'autant plus ressentir leur absence dans certaines zones.

Pour les ornithologues, les causes du déclin tiennent essentiellement à l'évolution des pratiques agricoles et de l'habitat.

En Europe, l'utilisation massive des pesticides - y compris par les jardiniers amateurs - diminue les quantités d'insectes qui constituent la nourriture des hirondelles : un couple consommerait environ 1.500 insectes par jour. Et l'ingestion de ceux contaminés par certains produits a également des conséquences sur la fertilité.

On a aussi détruit d'anciens bâtiments favorables aux nidifications, les remplaçant par des édifices aux murs trop lisses ou dépourvus des avancées de toits nécessaires à la protection des nids.

"Sans compter que dans leurs zones de migration en Afrique, les hirondelles doivent affronter l'assèchement de marais pourvoyeurs en insectes et l'utilisation de produits phytosanitaires interdits en Europe", souligne le délégué de la LPO.

Face à ces périls, les protecteurs de la nature demandent aux jardiniers amateurs de renoncer aux produits phytosanitaires et mettent à la disposition du public des nichoirs en béton de bois qui ont fait la preuve de leur efficacité.

Certaines collectivités commencent aussi à écouter leurs conseils pour les projets dans les zones sensibles.

"Le succès pour certaines espèces d'oiseaux de précédentes mesures de protection montre qu'on peut récupérer des niveaux de population antérieurs en une vingtaine d'années", affirme, positif, Yann Godeau.

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