La Roumanie mise sur le gaz de schiste

Après la Pologne, la Roumanie table sur le gaz de schiste pour assurer son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, malgré la polémique sur les risques pour l'environnement et la santé.[AFP]

Après la Pologne, la Roumanie table sur le gaz de schiste pour assurer son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, malgré la polémique sur les risques pour l'environnement et la santé.

Jeudi, plus de 2.000 personnes ont manifesté à Barlad (est) contre un projet d'exploration du groupe américain Chevron dans leur région, dénonçant les risques de pollution.

"Le gaz de schiste représente l'avenir", estime de son côté le président de l'Agence roumaine pour les ressources minérales (ANMR) Alexandru Patruti interrogé par l'AFP.

Si l'ANMR vient de lancer une étude pour évaluer les réserves potentielles, un rapport de l'Agence américaine d'Information sur l'énergie estime que les ressources de la Roumanie, Bulgarie et Hongrie totaliseraient 538 milliards de mètre cubes.

Et Bucarest rêve déjà de renoncer aux coûteuses importations de gaz russe.

Plusieurs géants énergétiques sont à l'affût dont l'américain Chevron, le canadien Sterling Resources et le hongrois MOL.

Chevron, qui a obtenu une concession sur 600.000 hectares dans la région de Barlad (est), veut y entamer l'exploration au second semestre 2012, s'il obtient les autorisations.

"Le gaz de schiste représente une opportunité majeure pour la Roumanie", a déclaré à l'AFP le directeur pour ce pays de Chevron Upstream Europe, Thomas Holst, citant la sécurité énergétique, les investissements et les emplois.

Chevron doit maintenant choisir le site pour les premiers forages exploratoires. Trois sont à l'étude mais M. Holst préfère ne pas les nommer pour ne pas soumettre les habitants à des "pressions inutiles".

Car la méthode d'extraction, la fracturation hydraulique, est accusée par les défenseurs de l'environnement de polluer les nappes phréatiques, de fragiliser les sols voire de favoriser les tremblements de terre.

Interdite par des pays comme la France et la Bulgarie, cette méthode consiste à injecter à haute pression dans la roche d'énormes quantités d'eau additionnées de sable et d'additifs chimiques.

"La fracturation implique des risques majeurs dont la contamination de l'eau, en plus des difficultés à se débarrasser de substances toxiques", a déclaré à l'AFP Miruna Ralea de l'association écologiste Alma-Ro.

Les manifestants de Barlad ont espéré jeudi que la Roumanie interdira à son tour la fracturation.

"L'extraction n'est pas une activité respectueuse de l'environnement (...) mais nous allons nous assurer que les lois en la matière sont strictemennt respectées", déclare M. Patruti.

Sauf que, si elle promet de s'aligner sur les règles de l'UE, la Roumanie ne dispose pas en ce moment de législation spécifique sur le gaz de schiste.

Chevron se dit déterminé à respecter les lois roumaines et européennes.

"Les activités qui suscitent des polémiques n'interviendront que d'ici plusieurs années", indique M. Holst, selon qui "Chevron utilisera des techniques conventionnelles pour déterminer si des réserves existent".

Si c'est le cas, des dizaines de millions de dollars seront investis dans le développement et l'exploitation.

Mais le maire de Barlad (69.000 habitants), Constantin Constantinescu, ne veut pas que le groupe américain creuse aux alentours de sa ville.

"A mon avis, l'impact négatif de cette activité est plus important que la pseudo-prospérité promise", dit-il à l'AFP, reprochant à Chevron de ne pas avoir informé la communauté de ses projets.

"Les gens craignent que la zone soit ravagée", ajoute-t-il.

M. Holst assure que Chevron encourage le débat public. "Lorsque les faits seront connus, les citoyens seront d'accord que si des réserves importantes existent, les bénéfices seront beaucoup plus importants que les risques", dit-il.

Mais pour Mme Ralea, "sachant que plusieurs pays ont banni cette technique controversée, pourquoi la Roumanie s'empresse-t-elle de l'adopter?"

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