Sarkozy n'a pas réussi à remplacer "l'immigration subie" par "l'immigration choisie"

Création d'un ministère spécialement dédié, adaptations de la loi et expulsions par dizaines de milliers: Nicolas Sarkozy s'est donné tous les moyens pour réduire les flux migratoires sans cependant parvenir à cet objectif jugé "peu réaliste" par les experts.[AFP/Archives]

Création d'un ministère spécialement dédié, adaptations de la loi et expulsions par dizaines de milliers: Nicolas Sarkozy s'est donné tous les moyens pour réduire les flux migratoires sans cependant parvenir à cet objectif jugé "peu réaliste" par les experts.

Le président de la République "a entamé son quinquennat avec la volonté de substituer à +l'immigration subie+ (familiale) +l'immigration choisie+ (qualifiée): ce fut un objectif absolument irréalisable", résume l'historien Patrick Weil.

M. Sarkozy s'est fixé des objectifs "peu réalistes", abonde la chercheuse Catherine Wihtol de Wenden. "Il n'a pas pu réduire +l'immigration subie+ (familiale et par l'asile) parce qu'elle est garantie par la loi et n'a pas réussi à promouvoir +l'immigration choisie+ parce que les critères sont trop restreints", explique-t-elle.

En arrivant à l'Elysée, M. Sarkozy a donné corps à une de ses promesses de campagne les plus controversées: la création d'un "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" (absorbé ensuite par l'Intérieur) confié à Brice Hortefeux, un proche, avec pour mission de plafonner le nombre d'immigrés entrant chaque année en France, et de porter à 50% la part de l'immigration de travail au détriment de l'immigration familiale.

Après une mise en garde du Conseil constitutionnel, la politique des "quotas" envisagée à la place de ce plafonnement a été rejetée par une commission spécialement mise en place sous la direction de Pierre Mazeaud.

Finalement le gouvernement a mis en place une liste des métiers "en tension" ouverts aux travailleurs non européens, qui est passé en août dernier de 30 à de 14 corps de profession.

Il a aussi signé une dizaine d'accords de gestion des flux migratoires avec des pays africains, sans réussir à conclure avec le Maroc ni à modifier l'accord bilatéral de 1968 avec l'Algérie, deux importants pays source d'immigration.

"Une seule chose qu'il (Sarkozy) a réussie, c'est d'avoir rattaché au ministère de l'Intérieur tout ce qui a trait à l'immigration, des visas à la naturalisation en passant par l'asile", remarque M. Weil.

"Tous les boulons de l'entrée ont été serrés" et "cette politique restrictive a produit des sans-papiers", qui sont devenus la cible d'opérations de reconduite, analyse Mme Wihtol de Wenden.

M. Sarkozy "a fait des objectifs chiffrés de reconduites une priorité absolue et a mobilisé la police sur des étrangers qui ne sont pas dangereux", constate aussi M. Weil.

En effet, entre 25.000 sans-papiers en 2007 et 32.OOO en 2011 ont été éloignés de France. Parmi eux, environ 10.000 Roumains et Bulgares, essentiellement des Roms montrés du doigt dans le discours sur la sécurité prononcé par le président Sarkozy le 28 juillet 2010 à Grenoble.

Les expulsions de Roms transportés dans des avions spécialement affrétés a déclenché une crise avec la commission européenne qui a menacé d'ouvrir deux procédures d'infraction contre la France, pour application insuffisante de la législation européenne de 2004 sur la libre circulation, et pour pratiques discriminatoires. Elle y a renoncé quand Paris a donné des assurances sur ces deux sujets.

Pour autant, le nombre de Roms est resté inchangé puisque les personnes éloignées reviennent presque systématiquement. Les reconduites relèvent d'une "politique de mise en scène", selon Mme Wihtol de Wenden.

Malgré le nombre relevé de ces expulsions et les moyens juridiques déployés pour diminuer les flux, le nombre d'entrées est resté autour de 200.000 par an entre 2007 et 2011. Il faut ajouter les quelque 30.000 régularisations sur lesquelles le gouvernement ne communique pas.

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