Patrick Timsit : "J'ai toujours fait attention"

Patrick Timsit monte dès ce soir sur la scène du théâtre du Rond Point dans On ne peut pas rire de tout Patrick Timsit monte dès ce soir sur la scène du théâtre du Rond Point dans On ne peut pas rire de tout [Stéphane de Bourgies]

Patrick Timsit n’a pas sa langue dans sa poche. Programmé pour la première fois dans un théâtre public, au Rond-Point, il présente "On ne peut pas rire de tout".

 

Un spectacle dans lequel il s’interroge, et les spectateurs avec lui, sur les limites du rire, une question devenue brûlante depuis le drame de Charlie Hebdo. L’humoriste se veut avant tout rassembleur et tolérant.

 

Votre spectacle s’intitule "On ne peut pas rire de tout". Etonnant pour l’impertinent que vous êtes ?

En disant "on ne peut pas rire de tout", cela permet de poser la question "de quoi peut-on rire" ? Sans ponctuation, c’est comme les dessins à compléter que l’on propose aux enfants. C’est à eux de mettre la ponctuation. Chacun participe.

 

Allez-vous taper fort ?

Je commence sobre avec un "Bonsoir ! Ça va, personne n’est choqué, on peut encore dire bonsoir". Et puis je lance des mots, des thèmes tels que "shalom", "salam aleykoum", les spectacles nazis, la télévision, le pape, le couple. Quand je dis qu’on ne peut pas rire de tout, quand je prononce le mot "enfant", je sens que le public frémit.

 

Faut-il rire de tout le monde ?

Il n’y a pas de formule magique. Même la maxime de Pierre Desproges : "On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui", je la démonte. Je crois que l’on a le droit de ne pas trouver certaines choses drôles et d’avoir des avis différents, ça ne veut pas dire qu’on n’aime pas la personne et qu’il faut l’éliminer. Pourquoi ne rirait-on pas avec les juifs, avec les musulmans ? J’ai toujours fait attention, ce qui compte, c’est le traitement.

 

Vous fixez-vous des limites? 

La seule consigne que je me donne, c’est de ne pas provoquer pour provoquer. Tant que je n’ai pas trouvé l’axe, je n’en parle pas. Le racisme par exemple, j’ai pu en parler le jour où j’ai trouvé le bon décalage en disant : "Moi, il y a une race de gens que je n’aime pas ce sont les clowns".

 

Le politiquement correct prédomine-t-il aujourd’hui ?

Je ne crois pas. Je n’ai pas attendu le drame de Charlie Hebdo pour faire attention et pour avoir des soucis pour des incompréhensions. Par ailleurs, il n’y a jamais eu autant de snipers en télé. En revanche, il n’y a  jamais eu autant de procès.  Je crois que l’on est plutôt dans une ère procédurière et de surmédiatisation. Nous sommes dans un circuit, nous roulons à 300 et, à un moment, il arrive parfois d’accrocher un peu la ligne ou de déraper. Cela fait partie de l’exercice et ne devrait pas prendre ces proportions. Tout d’un coup, vous dites une phrase et c’est twitté  facebooké, interprété, disséqué, itéléisé. Cela passe en boucle car c’est un programme sans fin qui doit être alimenté.

Alors, plus vous parlez, plus vous avez de chance de dire des conneries et c’est valable aussi pour les journalistes. C’est une règle qui s’entend pour tout le monde. Cette facilité fait que l’on devrait être encore plus vigilant. Prenez un exemple. Personnellement, au nom de la liberté d’expression que nous offre  aujourd’hui la France, qui est un merveilleux pays où l’on peut s’exprimer, je ne suis pas pour interdire Eric Zemmour mais je me dis :  "Est-ce que l’on a besoin d’entendre cela en ce moment ?".  

 

La scène est-elle encore un véritable espace de liberté ?

Quand on est sur scène, on est dans la fiction, dans l’interprétation. C’est l’expression d’un spectacle. Si  on a envie de dire des choses, tant que ce n’est pas dans la volonté de nuire, il faut y aller. Cela dit j’ai toujours fait attention, ça ne date pas d’aujourd’hui. Il y a des conséquences à ce qui va être dit et ce n’est pas valable que pour l’humour.

 

Ce solo s’inscrit-il dans le rire de résistance que propose régulièrement le Théâtre du Rond Point ? 

Il y a un esprit commun. Mais mon travail étant d’être dans l’irrévérence, je vais plutôt leur dire que je suis dans le rire de collaboration que le rire de résistance. Ma façon de les remercier, c’est plutôt de leur expliquer qu’un lieu aussi bien placé que le Rond Point, il faut en faire des appartements ou un parking. On ne fait pas du théâtre à 30.000 € le mètre carré. Charrier, c’est ma façon de remercier.

 

On ne peut pas rire de tout, jusqu’au 22 février, Théâtre du Rond Point, Paris 8e. www.theatredurondpoint.fr

 

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