Francis Perrin : "Molière m'a toujours fasciné"

Francis Perrin est à la Gaîté Montparnasse dans "Molière Malgré moi" Francis Perrin est à la Gaîté Montparnasse dans "Molière Malgré moi" [Bernard-Richebe]

Francis Perrin voue une fascination à Molière. Alors qu’il a joué plus de trois cents fois le rôle de Scapin et interprété onze des comédies du génial homme de théâtre, le comédien lui consacre, avec Molière malgré moi, une pièce, la seconde de sa carrière. Un seul en scène, au théâtre de la Gaîté Montparnasse, dans lequel il dit tout du patron des comédiens.

 

Comment expliquez-vous  votre passion pour Molière ?

L’homme m’a toujours fasciné. Il savait tout faire : écrire, jouer, gérer un théâtre. C’est un chef d’entreprise avant l’heure qui a fait vivre une cinquantaine de personnes pendant quinze ans. Il sait plaire au peuple et à la cour. Il incarne la passion du théâtre. Cela ne m’étonne pas que ce soit le patron des comédiens.

 

Molière ne vous a jamais quitté, d’où ce titre "Molière malgré moi" ?

Je n’ai plus l’âge de l’incarner, mais j’ai encore celui de le faire revivre. Je raconte les quinze dernières années de sa vie au moment où il arrive à Paris pour jouer devant le roi en 1658, jusqu’à sa mort. Jusqu’à ce qu’il ait un malaise en scène dans Le malade imaginaire, et qu’on le transporte chez lui où il meurt en 1673.

 

Quelles recherches avez-vous faites ?

Énormément.  J’amoncelle des informations depuis des années et Dieu sait tout ce qui a été écrit sur Molière. C’est passionnant. Il y a quelques années, j’ai également écrit un livre sur lui : "Molière, chef de troupe". On m’a toujours dit : "tu devrais en faire un spectacle". Mais je ne voulais plus être seul en scène. Et finalement, je me suis laissé porter par la vie et le destin.  J’ai toujours mené ma carrière comme cela.

 

Quelles facettes de l'homme dévoilez-vous ?

En une heure et demie, je parle de l’homme, du tragédien qu’il voulait être, de la perte de ses deux fils, du bourreau de travail qu’il était. Même très malade, il voulait que sa troupe vive bien et la troupe de Molière a été très riche, d’ailleurs. C’est un homme qui a été attaqué toute sa vie, pour inceste, homosexualité, trahi par ses amis Racine et Lully. Pourquoi ? Pour son succès. Il a aussi connu des insuccès. Ironie du sort, ces bides s’appelaient "L’Avare", "Le Misanthrope", "Les fourberies de Scapin" et sont aujourd’hui incontournables.

 

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec son œuvre ?

A l’école comme beaucoup. J’avais lu une de ses pièces et je m’étais dit "cette écriture, c’est quelque chose".  J’ai toujours été attiré par la littérature, par tous les auteurs, romanciers ou dramaturges. En lisant Molière, je trouvais qu'il n’écrivait pas comme les autres. Il parlait. D’ailleurs, il disait à sa troupe : "ne récitez pas les vers, dites les de la façon la plus naturellement du monde". C’était un précurseur. A cette époque, on aboyait les vers. On tapait du pied. Lui, a dit non, il faut parler comme on parle dans la vie. Cela a été une révolution pour le théâtre et pour le public.

 

En quoi l’œuvre de Molière est-elle toujours aussi moderne ?

Parce qu’il a dépeint des caractères qui existent toujours. Les petits marquis ridicules, nous les retrouvons dans les traders. Les avares, les hypocrites, les misanthropes, les femmes coquettes, frivoles et d’autres très savantes qui prennent la main sont toujours d’actualité. Il a tout compris. Comme Shakespeare, Victor Hugo, ils ont compris les caractères de l’âme humaine et ils ont su les dépeindre. Molière avec plus de force encore parce qu’il a su les transformer pour faire rire les gens. 

 

Molière malgré moi, jusqu’au 29 août, théâtre de la Gaîté Montparnasse, Paris 14e. www.gaite.fr

 

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