Jean-François Cayrey : "c'est un loser magnifique"

Jean-François Cayrey dans le film "On voulait tout casser" de Philippe Guillard. Jean-François Cayrey dans le film "On voulait tout casser" de Philippe Guillard. [©Thomas Bremond]

Et s’il n’était pas trop tard ? Quatre ans après "Le fils à Jo", le réalisateur Philippe Guillard se penche sur les doutes et les rêves de cinq amis de longue date. Parmi la distribution d’"On voulait tout casser", qui compte des grands noms du cinéma français comme Kad Merad, Jean-François Cayrey, humoriste et comédien, s’avère être la révélation du film et tire son épingle du jeu dans un registre qu’il connaît bien.

 

Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Le réalisateur cherchait un cinquième acteur. On lui a parlé de moi parce qu’il y avait un registre commun entre ce personnage et celui que je jouais dans "Situation amoureuse : c’est compliqué". Il est une espèce de loser magnifique, le Français universel qui râle beaucoup, qui essaie de briller…

 

Quelle place a-t-il dans le groupe ?

Il est le rocher sur lequel les autres s’appuient. C’est chez lui qu’ils se retrouvent. Les autres ont divorcé ou n’ont pas refait leur vie. Lui, a une maison, une femme, des enfants… Il est le trait d’union entre tous.

 

"On voulait tout casser" est un film de potes à l’image du "Cœur des hommes".

Ce n’est pas tant le film de potes qui me parlait mais les dessous de l’histoire. Le film parle de la réalisation de soi, des promesses qu’on s’est faites quand on était enfant. Est-ce qu’on a su les tenir ?

 

Comment s’est passée votre arrivée parmi ces acteurs célèbres ?

C’était très étonnant de me retrouver avec eux alors que je les avais tous vus au cinéma. Ils ont été bienveillants et m’ont aidé à trouver ma place.

 

Le réalisateur Philippe Guillard dit que le personnage de Pancho est un peu son alter ego. Quelles indications vous a-t-il données ?

Dans tous les personnages il y a un peu de lui. Pour préparer mon personnage, on a beaucoup parlé de nos vies. A l’époque, je traversais une période difficile. J’aurai pu baisser les bras, me dire que ça n’allait pas marcher. Mais je me suis accroché, j’ai gardé le sourire, conservé la dérision... On a tous des parcours de vies, tous traversé des hauts et des bas… Ces discussions faisaient écho à mon personnage.

Et elles n’auraient pas eu la même résonnance si Philippe Guillard les avait eues avec quelqu’un de plus jeune. Il faut avoir un vécu, de l’expérience pour pouvoir parler de ces choses-là, pour pouvoir les incarner, les retranscrire à l’écran.

 

Vous venez du one-man-show. Avez-vous dû ajuster votre jeu ?

Ca se passe dans la voix. C’est une histoire d’intensité. Quand on est sur scène, il faut convaincre des gens qui ne vous connaissent pas. Vous devez donc imposer votre présence. Sur un plateau de cinéma, cette tendance à jouer comme ça, à projeter, n’est pas forcément adaptée.

Mais il ne faut pas oublier que j’arrivais dans un groupe d’acteurs qui n’ont plus de preuves à faire. Il fallait donc aussi que je prenne ma place. C’était aussi une façon de s’imposer. Il y a donc eu quelques jours d’ajustement en effet. Et au fil du tournage, dans les 5 premiers jours, ça s’est patiné, ça s’est installé.

 

Avez-vous toujours voulu faire du cinéma ?  

Enfant, quand je voyais des films avec des acteurs comme Lino Ventura, Belmondo, Villeret, Michel Simon, Gabin, Bourvil, de Funès… tous ces acteurs qui ont tous des personnalités, c’était jouissif de se dire qu’en faisant ce métier-là, on a plein de vies différentes. Mais quand on est gamin, on se dit qu’on n’y arrivera jamais, que c’est aux antipodes de ce qu’on fait, d’où l’on vient. Mes parents n’étaient pas du tout dans ce genre de milieu. Ce rêve-là je l’avais enterré parce qu’il fallait travailler à l’école, passer un bac, faire des études, commencer à travailler. Et après on est dans le train-train de la vie active.

Mais le jour où j’ai commencé à travailler, que je me retrouvais seul le week-end et que j’allais voir des spectacles, des cafés-théâtres, je me suis dit que c’était possible. Les mecs que j’allais voir racontaient des conneries sur scène et je trouvais ça rigolo. Et puis je trouvais que ce n’était pas complètement loin de moi. Alors je me suis dit que je pouvais le faire. Je l’ai fait et j’ai commencé à rencontrer des gens, puis des gens qui étaient connus. Avec Jamel, j’ai fait Inside Jamel Comedy Club. C’était une de mes premières expériences de cinéma.

J’ai vraiment appris sur le tard. Je n’ai pas fait de cours, de stage. Bon, j’ai fait un peu de théâtre mais pendant une année seulement. Ca a pris beaucoup de temps mais ça s’est fait naturellement. Et je me dis qu’à mon âge, 44 ans, je suis un peu plus costaud que si cela m’était arrivé alors que j’en avais que 22.

 

Quels sont vos projets maintenant ?

Je vais faire mon spectacle "Ils sont cons ou c’est moi ?" dans une grande salle en janvier 2016. Danny Boon m’a aidé à trouver la salle, en croyant en moi, en m’exposant, en me motivant. J’ai des projets au cinéma. Mais par superstition, je ne vais pas vous en parler.

 

"On voulait tout casser", de Philippe Guillard, avec Kad Merad, Benoît Magimel et Jean-François Cayrey.

 

La bande-annonce du film "On voulait tout casser" :

 

 

 

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