Jiro Taniguchi bouleversé par l'horreur du 11 mars

Enfermé dans son atelier en banlieue de Tokyo, un des maîtres japonais du manga, Jiro Taniguchi, avoue, un an après, avoir été profondément bouleversé par le triple désastre du 11 mars 2011, mais avoir recouvré sa motivation grâce à ses lecteurs.[AFP]

Enfermé dans son atelier en banlieue de Tokyo, un des maîtres japonais du manga, Jiro Taniguchi, avoue, un an après, avoir été profondément bouleversé par le triple désastre du 11 mars 2011, mais avoir recouvré sa motivation grâce à ses lecteurs.

"Au moment du séisme j'étais dans cet atelier. Les longues et violentes secousses ont fait chuter les livres et piles de documents, mais fort heureusement il n'y a pas eu plus de dégâts. Comme beaucoup de gens j'ai pensé +le Grand tremblement de terre du Kanto (ouest), prédit depuis longtemps, est arrivé+", raconte M. Taniguchi, lors d'un entretien accordé à l'AFP.

"Où fuir, je n'avais aucun endroit, donc je suis resté, il y avait alors un assistant avec moi", poursuit-il, assis devant sa table de travail, au même endroit que lors du tremblement de terre suivi d'un terrible tsunami déferlant sur les côtes nord-est de l'archipel.

"En voyant les images à la télévision, j'allais de vision cauchemardesque en vision cauchemardesque, l'esprit incapable de travailler", confie ce Japonais de 64 ans.

"Je me demandais si c'était bien la réalité. L'accident nucléaire et tous les événements qui s'ensuivirent m'ont beaucoup appris sur la façon de réagir des Japonais", ajoute-t-il, rendant hommage au "nombre beaucoup trop élevé de victimes".

"Je me suis immédiatement demandé que faire dans ce tragique moment. J'ai songé à abandonner mon métier, ne sachant pas en quoi le fait de dessiner des mangas pouvait être utile."

"J'avais des dates de bouclage à respecter, donc j'ai continué mon travail, mais pendant des mois je suis resté très songeur. Finalement, j'ai poursuivi grâce aux lecteurs, grace à la voix des sinistrés qui m'ont fait comprendre qu'ils voulaient encore me lire."

Un an après, face à sa table entourée de bibliothèques pleines à craquer et de monceaux de livres à même le sol, Jiro Taniguchi a pleinement recouvré l'enthousiasme qui était le sien avant le drame, alternant entre illustrations et manga publié en feuilleton dans un magazine mensuel.

Il doit livrer 30 à 40 pages par mois, "ce qui apparaît peut-être beaucoup, mais est finalement assez peu comparé à un mangaka (dessinateur de manga) qui doit créer 20 pages ou plus par semaine", souligne-t-il.

Jiro Taniguchi est un artisan, dont les outils sont "analogiques".

"Je n'utilise pas l'ordinateur car je ne sais pas, je n'ai pas cette compétence", se confond en excuses M. Taniguchi.

Papier, crayon, plume, et cutter sont ses instruments les plus précieux, car il fait tout à la main, se concentrant sur les personnages, aidé de trois ou quatre assistants qui dessinent les décors sur la base des documents et explications du maître.

Alors que des logiciels informatiques existent, il est un des traditionalistes qui utilisent encore les "screentone", une technique particulière du manga (sorte de décalcomanie) qui permet de créer les textures et niveaux de gris des dessins.

"A l'avenir, j'aimerais essayer d'autres modes encore, à l'encre de Chine par exemple, pour refléter des tonalités et des nuances particulières très appropriées pour les histoires se déroulant dans les temps anciens, à l'ère Meiji (1868-1913)", une de ses périodes de prédilection.

Malgré une popularité plus large à l'étranger qu'au Japon, Jiro Taniguchi reconnaît créer d'abord pour les lecteurs nippons.

"Je ne sais pas trop pourquoi je suis aussi connu hors de l'archipel. Peut-être est-ce parce que mon travail est proche de la BD occidentale que j'ai beaucoup regardée depuis 30 ans et qui m'a influencé de façon inconsciente."

"J'ai en tout cas été très surpris de rencontrer des enfants européens qui avaient lu mes mangas, et me suis même demandé s'ils pouvaient réellement comprendre le sens de mes histoires. Les écoliers japonais, eux, ne me lisent pas."

Vous aimerez aussi

Carlos Ghosn pendant un programme d'informations diffusé sur un écran à Tokyo le 20 novembre 2018 [Toshifumi KITAMURA / AFP/Archives]
Japon Carlos Ghosn mis en examen pour dissimulation de revenus
Japon 2 avions de l'armée américaine se percutent, 6 disparus
Le PDG de Renault Carlos Ghosn le 20 octobre 2016 lors d'une conférence de presse à Tokyo, au Japon [TOSHIFUMI KITAMURA / AFP/Archives]
Japon La garde à vue de Carlos Ghosn prolongée jusqu'au 10 décembre

Ailleurs sur le web

Derniers articles