A Berlin, on rejoue la Guerre froide

Un couple se tient devant une gigantesque photo du mur de Berlin, exposée au musée temporaire de Checkpoint Charlie, le 21 septembre 2012 [Barbara Sax / AFP] Un couple se tient devant une gigantesque photo du mur de Berlin, exposée au musée temporaire de Checkpoint Charlie, le 21 septembre 2012 [Barbara Sax / AFP]

Un musée temporaire sur l'un des sites les plus emblématiques de la guerre froide à Berlin, Checkpoint Charlie, qui a ouvert ses portes vendredi, se trouve au coeur d'une vive controverse sur la meilleure manière de dépeindre le passé divisé de l'Europe.

Le pavillon de la "boîte noire Guerre froide" situé près de l'ancien poste-frontière allié séparant l'ouest et l'est de la ville dépeint cette ligne de front qui a opposé pendant plusieurs dizaines d'années les blocs communiste et capitaliste.

Le bâtiment massif, devant lequel trônent deux morceaux de l'ancien Mur de Berlin, va rester là deux ans, une période test pour ses instigateurs qui souhaitent un musée permanent en 2015 ou 2016.

Mais la résistance suscitée par le projet a fait naître des tensions que l'on pensait éteintes depuis la chute du Mur, il y a 23 ans.

Pour Jackson Janes, responsable de l'Institut d'études allemandes contemporaines à l'Université Johns Hopkins de Washington et l'un des initiateurs du projet, Checkpoint Charlie est bien le lieu idéal pour ce qu'il décrit comme le premier musée de ce genre au monde.

"Ce projet existe justement parce que Checkpoint Charlie n'est plus ce qu'il était en 1989", a-t-il expliqué à l'AFP lors d'une présentation de "la boîte noire".

Ce lieu symbolise la façon dont les choses ont été "surmontées grâce à de la ténacité, un attachement à des valeurs, et jusqu'à un certain point la force", a-t-il ajouté.

Checkpoint Charlie a été le théâtre d'un des épisodes les plus tendus de la guerre froide, lorsque les chars soviétiques et américains se sont fait face en octobre 1961. Et la "boîte noire" explique les forces à l'oeuvre derrière cette confrontation, en les replaçant dans une perspective historique.

Mais pour les conservateurs au pouvoir au niveau fédéral et une partie de la "grande coalition" à la tête de la ville-Etat de Berlin, le musée des Alliés qui s'apprête à déménager sur le site de l'ancien aéroport de Tempelhof, lieu symbole du pont aérien qui permit à la ville de survivre pendant le Blocus de 1948, est plus approprié pour raconter la guerre froide.

Disneyland historique

Pour les détracteurs de la "boîte noire" de Checkpoint Charlie, le lieu n'insisterait pas suffisamment sur le travail, les sacrifices des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France pour protéger l'Europe de l'ouest de la domination soviétique.

Ils estiment également que la "boîte noire" risque de nuire au musée de Checkpoint Charlie, une institution privée installée sur le même trottoir, qui avait été fondée en 1962, comme un pied-de-nez aux communistes.

Le maire social-démocrate de Berlin, Klaus Wowereit, qui participait à la présentation de la "boîte noire", réfute ces objections, les qualifiant de "vision caricaturale de l'histoire".

La "boîte noire" compte quelques soutiens de poids: avant sa mort, l'ancien président tchèque Vaclav Havel avait soutenu l'initiative, tout comme l'ex-secrétaire d'Etat américain James Baker ou encore l'historien britannique Timothy Garton Ash.

Avec photos, cartes interactives et autres films de l'époque, l'exposition retrace les grandes heures de la guerre froide, de la conférence de Potsdam aux scènes de joie de la chute du Mur, en passant par les guerres de Corée et du Vietnam ou encore la crise des missiles à Cuba.

Et, juste en face de la boîte, l'artiste Yadegar Asisi va ouvrir un lieu exposant un panorama à 360 degrés du Mur de Berlin, pour permettre aux touristes de ressentir ce que cela pouvait être de vivre dans une ville divisée.

Depuis la réunification en 1990, Checkpoint Charlie est devenu une sorte de "Disneyland" historique, selon la presse locale, avec ses étudiants déguisés en uniformes de policiers militaires se faisant photographier pour quelques euros ou ses vendeurs ambulants proposant de fausses chapkas ciglées armée rouge.

Pour ses initiateurs, le musée devrait restaurer un peu de "dignité" dans ce lieu qui attire 4 millions de visiteurs par an.

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