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Plantu : « Au départ innocentes, mes images deviennent politiques »

Plantu dessine depuis 1972 pour Le Monde[Capture d'écran Youtube]

Jean Plantureux, dit Plantu, fait rire et réfléchir chaque jour les lecteurs du journal Le Monde et de L’Express. En 1972, débute sa collaboration régulière au Monde. C’est André Fontaine, alors directeur de publication, qui a eu l’idée en 1985 d’imposer quotidiennement en première page un dessin de Plantu.

 

Archives – Article publié le vendredi 17 novembre 2006

 

Comment est né Plantu ?

Plantu : Mes camarades m’appelaient déjà «Plantu» car c’était plus court, et puis ils ne devaient pas savoir ce que veut dire plantureux.

 

Comment est venu votre goût pour le dessin ?

P. : Assez tôt mais sans le savoir, un peu comme monsieur Jourdain fait de la prose dans la pièce de Molière. Quand j’étais petit garçon, je ne savais pas parler et je dessinais tout le temps. Mon père faisait du dessin industriel à la SNCF. Le papier était rare, j’utilisais le dos des plans. J’ai fait médecine, mais je me suis «vautré» lamentablement. Comme j’aimais le dessin, je suis parti en Belgique l’étudier.

 

Vous êtes-vous facilement fait une place dans la communauté des dessinateurs ?

P. : Si mes parents avaient été riches ou avaient eu une usine, la facilité aurait été de reprendre leur boulot. Il fallait que je me mouille et gagne ma vie. Dessinateur, c’est très dur au démarrage. Encore aujourd’hui. C’est très dur pour un jeune de demander un rendez-vous à un rédacteur en chef qui ne vous connaît pas. Je suis allé au journal Actuel de Bizot et Kouchner en leur disant : «je sais, c’est nul». Ils m’ont dit «oui, c’est nul». Alors je suis parti.

 

Vidéo : Plantu dessine en direct

 

 

Au Monde, quelle est votre place en conférence de rédaction ?

P. : Je prends des notes. Comme si les rédac’ chefs étaient mes professeurs. Je ne suis ni un vrai journaliste, ni un vrai dessinateur. Au départ innocentes, mes images deviennent politiques. Après leur publication, on m’interroge en me prenant au sérieux.

 

Vous êtes un peu la «porte d’entrée du Monde» ?

P. : J’utilise l’image pour rebondir. Mes dessins illustrent les débats qu’on retrouve en pages intérieures. Vu de l’extérieur, on a peut-être l’impression que je suis bien installé, mais pas du tout ! Selon les directions, on me déplace. Si mon dessin du lundi est bof, celui du mardi pas top, on me regarde avec de drôles d’yeux le mercredi !

 

Qu’est-ce qu’un bon dessin ?

P. : On ne le sait jamais au moment où on le fait. Tous les dessinateurs vous le diront. C’est après, lorsqu’il est repris et commenté, qu’il prend de la valeur.

 

Jamais de premier jet ?

P. : Si, mais cela arrive qu’il fasse un flop en rédaction. En revanche, j’arrive parfois désespéré avec un dessin qui fait un carton. Il n’y a pas de règle. J’ai un copain au journal L’Equipe qui fait de bons dessins quand il est en pleine forme et des mauvais quand il est malade. Moi, j’en fais des bons et des mauvais avec 40 de fièvre !

 

Vidéo : 8 mars, 8 dessins de Plantu

 

 

Vous ne tombez jamais dans le piège du sensationnalisme ?

P. : J’essaie toujours d’en sortir. A l’époque de la paillote «Chez Francis», l’histoire me paraissait tellement disproportionnée alors qu’il se passait un drame du côté de Belgrade, que j’ai décidé d’y porter un autre regard. C’est la chance que j’ai au Monde de pouvoir dire le contraire de la ligne éditoriale. En 1999, lorsque le journal a appuyé les accords de Matignon entre Jospin et les nationalistes corses, j’ai pu dire exactement le contraire.

 

Vous avez des retours de la part des politiques ?

P. : J’ai appris que Sarkozy n’était pas content parce que je l’avais dessiné en caniche. Il l’a dit à Jean-Marie Colombani (le directeur de la rédaction du Monde en 2006, ndlr). Je lui avais aussi dessiné une mouche au-dessus de la tête, il s’était plaint. Alors, le lendemain je lui en ai mis trois !

 

Que représente la petite souris ?

P. : Je l’ai fait intervenir au début pour régler mes comptes avec une personne qui m’énervait au journal. Et puis les choses se sont calmées, j’ai retiré la souris, et les lecteurs m’ont supplié de la remettre. La souris, ce n’est pas seulement mon point de vue, c’est aussi celui des lecteurs.

 

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