Kathryn Bigelow et Mark Boal révèlent les coulisses de Zero Dark Thirty

Kathryn Bigelow sur le tournage de "Zero Dark Thirty" Kathryn Bigelow sur le tournage de "Zero Dark Thirty"[Columbia Pictures]

La réalisatrice américaine Kathryn Bigelow et le scénariste Mark Boal livrent un thriller sous haute tension avec Zero Dark Thirty, l’histoire de la traque de Ben Laden par les services secrets américains.

 

Le film est un véritable succès aux Etats-Unis mais il a fait également surgir une vive polémique. Etes-vous fière, surprise… des réactions que suscite le film ?

Kathryn Bigelow : Je suis extrêmement fière du film. Je pense qu’aujourd’hui le fait qu’il y ait une discussion autour du film prouve la force du medium utilisé. Certaines personnes ont mal interprété le film ou y ont lu des choses pour leur profit. En fait, on en arrive à un point où le film ne nous appartient plus. Il appartient à ceux qui l’ont vu. Mais je suis surprise en effet. Je savais que cela soulèverait une controverse mais pas jusqu’à ce point.

Mark Boal : Certaines discussions autour du film sont apparues avant sa sortie. La polémique est externe au film. On ne l’a pas inventée. Il n’y a pas moyen de faire un tel film sans parler de ces sujets controversés. On ne peut pas les éviter. Les éviter serait faire preuve d’un comportement irresponsable.

K.B. : Cette histoire a débuté en 2001 et s’est dénouée en 2011. Je considère cette période comme une sombre décennie.

 

Comment avez-vous commencé à vous intéresser à la traque de Ben Laden ?

K.B. : Ca a vraiment commencé au moment où on a terminé Démineurs. Nous avons commencé à discuter de Ben Laden. C’était en 2008. Cela faisait 8 ans qu’il n’y avait eu aucun indice sur l’endroit où il pouvait se trouver. C’était un mystère pour nous tous. J’ai pensé qu’on avait là un sujet curieux et important à la fois. Curieux dans sa nature et important parce que celui-ci a touché un nombre incroyable de gens à travers le monde.

 

Ca vous tenait à cœur de parler d’une chose importante pour le peuple américain ?

K.B. : C’était personnellement important pour moi en tout cas. J’espère que le film sera cathartique, qu’il permettra d’éclairer cette décennie et d’entrevoir ce qui s’est passé durant ces dix ans ; d’observer ce qui se passe à l’intérieur des services secrets et à l’intérieur d’une opération d’une telle envergure.

De montrer également la psychologie des personnes impliquées dans de telles opérations ; ce que ça demande de s’investir totalement, à l’exclusion de toutes autres choses dans la vie, d’avoir une telle détermination, un tel courage et un tel dévouement pendant 10 ans.

 

Seuls les Etats-Unis sont capables de parler ainsi de l’histoire immédiate…

M.B. : C’est justement ce qui est incroyable à propos de toute cette histoire. Le film, la controverse…

On a fini le film juste un an après que Ben Laden a été tué. Et le film est distribué par un studio majeur. Quand on y réfléchit et qu’on mesure le secret qui plane autour de ce sujet, c’est incroyable. Et cela atteste de la volonté du cinéma américain mais aussi du pays tout entier de se regarder en face. Les Etats-Unis sont un pays qui peut parfois être capable d’introspection.

 

Les gens qui ont témoigné pour le film l’ont-ils fait avec facilité ?

M.B. : Certains avaient plus de facilité à parler que d’autres. Je ne sais pas si je peux faire une généralité. C’est vrai que certains ne voulaient pas trop parler. Mais comme je le disais, le film était polémique au sein de la CIA avant le tournage du film.

 

Le personnage de Maya est inspiré d’une véritable personne ?

M.B. : Il s’agit d’un film donc la totalité des éléments a été dramatisé d’une manière ou d’une autre. Mais Maya est fondée sur une personne existante. Il y avait aussi beaucoup d’autres femmes qui travaillaient sur ce dossier et qui ne sont pas dans le film parce qu’il était impossible de les inclure dedans. Maya était une des plus leaders, qui a essayé de convaincre ses collègues. Son personnage est assez précis mais cela reste un film de fiction et non un documentaire.

K.B. : Il y a beaucoup de femmes qui travaillent à la CIA. C’est quelque chose que j’ai découvert en faisant mes recherches. Il y avait d’ailleurs parfois davantage de femmes que d’hommes à travailler sur ces opérations.

 

Travaille-t-elle encore à la CIA ?

M.B. : Nous ne pouvons pas parler des véritables personnes qui ont inspiré le film. Nous voulons respecter le fait que leurs identités sont privées.

 

Pourquoi avoir choisi Jessica Chastain pour incarner Maya ?

K.B. : Elle était mon premier choix. Je suis une grande fan de son travail. Elle est très talentueuse. En regardant le matériel que j’avais, j’ai réalisé qu’il me fallait une actrice capable d’autorité naturelle et d’une certaine férocité. Mais aussi avec de la vulnérabilité. Un mélange inhabituel de qualités intenses. Il lui fallait aussi une aisance du langage. Il y a beaucoup de noms arabes dans le film et le travail de base d’un analyste à la CIA est de brieffer les autres. Vous devez donc être à l’aise avec les noms et la prise de parole.

On a eu peur à un moment de ne pas pouvoir faire le film avec elle à cause d’un problème de planning. On a remué ciel et terre et finalement on a réussi.

 

A-t-elle été surprise par ce qu’elle a dû faire pour le rôle ?

K.B. : Ce n’était évident pour personne. Travailler sur deux continents a été physiquement éprouvant. Mais je crois qu’elle a déjà dit dans la presse que c’était le meilleur scénario qu’elle n’ait jamais lu. Elle était vraiment enthousiaste à l’idée de faire partie du film. Elle a senti une véritable responsabilité à interpréter cette histoire vraie.

 

Comment faites-vous pour faire un film qui soit en même temps si réaliste et divertissant ?

K.B. : C’était la première fois que je travaillais sur un matériau aussi récent. Je voulais faire passer cette immédiateté non seulement de façon visuelle mais aussi grâce au jeu des acteurs. Je travaille toujours avec plusieurs caméras qui tournent en même temps et qui sont toujours en mouvement. Les acteurs, quant à eux, sont toujours dans la peau de leur personnage. Cela créé une émotion réelle. Je voulais laisser l’histoire se révéler seule.

 

Les scènes de tortures sont difficiles à regarder...

K.B. : Ca a été très difficile à tourner. Les acteurs ont été extraordinaires. Ils ont relevé le challenge haut la main. Mais il y avait une nécessité à inclure ces scènes. C’est une part de vérité de l’histoire. Ces actes totalement répréhensibles ont existé. Ca a été compliqué de rendre la situation réelle sans la styliser

 

La bande-annonce de "Zero Dark Thirty" : 

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