Alexandre Astier : "la comédie doit être un genre sérieusement fait"

Alexandre Astier participe, avec son frère, Simon, au "Jeu des 7 familles" de Canal + Alexandre Astier participe, avec son frère, Simon, au "Jeu des 7 familles" de Canal +[©AFP PHOTO / JEFF PACHOUD ]

Sept familles d’acteurs ont accepté de jouer dans des courts-métrages écrits pour elles dans le cadre d’un appel à projets pour Canal +. Alexandre Astier et son frère, Simon, ont choisi «Zygomatiques» de Stephen Cafiero, une manière de prendre très au sérieux la question du rire.

 

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le concept de cette collection de court-métrages ?

Donner sa chance à tout le monde est évidemment une jolie idée. D’autre part, pour un réalisateur, c’est une opportunité à tous points de vue: cela lui donne une jolie exposition et l’occasion d’écrire pour des gens. Et je trouve qu’en France, on n’écrit pas assez pour les acteurs. On écrit des personnages et après on remplit les enveloppes vides. Il m’est impossible de faire ça. Quoi que j’écrive, il faut que je sache pour qui. Ce projet encourage à le faire.

 

Qu’est-ce qui vous a plu dans le script de Stephen Cafiero ?

Nous avons été très difficiles dans les faits… Avec Simon, nous avons reçu beaucoup de scripts un peu trop sages, trop raisonnables... Nous n’avons pas perçu le projet proposé par Canal + juste comme l’occasion de tourner dans un « petit court qui prend deux jours ». Nous avons pris tout cela très au sérieux, et je crois qu’on n’a pas eu tort. Un court-métrage doit remplir sa fonction: s’il n’est pas étonnant, alors à quoi sert-il? Nous avons failli abandonner le projet jusqu’à ce que nous découvrions cet univers un peu indescriptible mêlant Allemagne de l’Est et années 70...De quoi faire un film pas tout à fait anodin!

 

Tourner pour quelqu’un de plus novice, n’est-ce pas étrange ?

Stephen Cafiero vient du monde de la publicité : il sait où il met sa caméra, ce n’est pas du tout incohérent ! Ce n’était pas un « court-métrage de potes », il y avait un chef opérateur doué, et le tout était pensé, léché, un peu à la manière pub : dans le détail, avec un œil particulier…On était en confiance.

 

Votre personnage n’a aucune émotion. N’était-ce pas difficile de ne pas rire devant votre frère hilare ?

Mon frère et moi sommes habitués à travailler ensemble. Et nous sommes encore plus vigilants quand on travaille en famille. Ca me fait ça avec toute ma famille : le contraire de se dire  « on se connaît donc on déconne ». Ce qui était difficile, c’était non pas de ne pas rire mais de ne pas avoir un début de rictus. Mon personnage n’a aucun second degré et cela a rendu certaines improvisations plutôt ardues...

 

Jouer en famille, est-ce une évidence, un besoin?

C’est une culture. Depuis que nous sommes nés, mon frère et moi n’avons connu que des comédiens: nos parents, les amis de nos parents. Quand mes parents répétaient le soir, nous jouions aux petites voitures dans les coulisses. Jouer en famille est en fait simplement naturel. A chaque fois que je travaille, je fais appel à mes parents et à des acteurs que j’ai connu par leur biais. Je m’occupe des voix d’Astérix (Astérix : Le domaine des dieux, ndlr) en ce moment : j’ai par exemple fait appel à Philippe Moried-Genoud pour le rôle de César, ce comédien m’a tenu sur ses genoux quand j’avais 6 mois. J’ai le culte des acteurs théâtre, non pas parce que c’est une fascination, mais parce que c’est notre monde. Donc jouer avec ma famille, c’est naturel. Ce n’est pas plus compliqué que ça même si ça peut paraître exotique.

 

Ce film dénonce un monde très morose…le nôtre ?

Au contraire, je crois qu’on vit dans un monde où il faudrait rire tout le temps, c’est même une promesse de prostituée, un peu salace. De mon côté, j’essaye de faire en sorte que la comédie soit un genre fait avec sérieux. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Kaamelott.

 

Vous faites pourtant partie de ces gens qui font rire…

Oui, mais j’essaye de faire en sorte que la comédie soit un genre sérieusement fait. Par exemple, ce que j’aime dans Sacré Graal des Monty Python, c’est que c’est super sérieux. Ils n’ont, certes, pas de budget mais ils ont trouvé les meilleurs décors et personnages possibles, la musique  est symphonique, chevaleresque, épique… Ils ont fait déconner les mecs à l’intérieur d’un univers très sérieux. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Kaamelott. Au début, on m’avait conseillé de prendre cette création par-dessus la jambe, de faire un truc carton-pâte, mais j’ai refusé tout ça, il y a une vrai problématique, le Graal, c’est sérieux ! Prenons l’exemple des comédies italiennes des années 60, c’est le même ressort : il y a des bandits qui ne savent pas percer une porte. Ce sont toujours les humains qui sont faibles dans les comédies, ce n’est jamais un tout. Je crois à ça.

 

Entre Kaamelott Résistance (TV) et la trilogie annoncée, où en êtes-vous?

Je suis dans des problématiques de production qui vont, je le crois, se débloquer. Je préfère simplement régler toutes ces questions d’un ennui profond pour pouvoir ensuite avoir l’esprit libre pour créer.

 

La réalisation de Kaamelott Résistance est dépendant de la trilogie ?

C’est un tout. Je dois élaborer les films, Kaamelott Résistance et les BD… Cela peut prendre encore dix ans de ma vie ! Si je veux faire ça bien, il faut que je règle tout un tas de problèmes qui n’intéresse pas le grand public. Et je le comprends ! Mais ce n’est en aucun cas un manque d’envie de ma part…

 

Où en êtes vous d’"Astérix : Le domaine des dieux" ?

Nous sommes en train d’enregistrer les voix. On filme également les acteurs pour que les animateurs puissent ensuite s’inspirer de leur gestuelle et de leur jeu. C’est pour cela que ce film d’animation ne sortira qu’au printemps 2015.

 

Ça se rapproche de la motion capture finalement ?

Non, car la motion capture est faite de mouvements presque trop humains puisqu’elle se calque sur les mouvements des acteurs. L’animation mérite des mouvements… d’animation : parfois l’acteur fait des mouvements intéressants, et parfois beaucoup moins que ce que l’animateur peut imaginer. Filmer les acteurs permet juste d’inspirer les animateurs.

 

La Collection écrire pour...Le jeu des 7 familles, Canal +, 22h50.

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