"Jimmy P.", le "western" psy d'Arnaud Desplechin à Cannes

L'acteur Benicio del Toro, le réalisateur Arnaud Depleschin et l'acteur Mathieu Amalric posent à Cannes le le 18 mai 2013 [Anne-Christine Poujoulat / AFP] L'acteur Benicio del Toro, le réalisateur Arnaud Depleschin et l'acteur Mathieu Amalric posent à Cannes le le 18 mai 2013 [Anne-Christine Poujoulat / AFP]

Avec "Jimmy P", le Français Arnaud Desplechin est parti tourner dans les grands espaces américains pour porter à l'écran l'histoire vraie d'un vétéran indien perturbé et de son analyste européen, deux rôles taillés sur mesure pour la star Benicio del Toro et l'inclassable Mathieu Amalric.

Présenté en compétition au Festival de Cannes, qui se poursuit samedi sous une pluie battante, le film est adapté du livre de Georges Devereux, à la fois anthropologue et psychanalyste, "Psychothérapie d'un Indien des plaines", publié aux Etats-Unis en 1951.

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, Jimmy Picard, un Indien Blackfoot du Montana (nation Pieds Noirs du Canada) ayant combattu en France est admis à l'hôpital militaire de Topeka (Kensas), spécialisé dans les maladies du cerveau.

L'acteur Benicio Del Toro, qui joue dans le film d'Arnaud Desplechin, "Jimmy P", le 18 mai 2013 à Cannes [Anne-Christine Poujoulat / AFP]
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L'acteur Benicio Del Toro, qui joue dans le film d'Arnaud Desplechin, "Jimmy P", le 18 mai 2013 à Cannes

Jimmy P, qui aide sa soeur au ranch, souffre de nombreux troubles sans explication physiologique. La direction de l'hôpital décide de consulter un spécialiste des cultures amérindiennes et psychanalyste, Georges Devereux, juif d'origine hongroise passé par Paris dans les années 20 avant d'émigrer à New York.

Arnaud Desplechin explique être tombé par hasard dans une librairie sur cet ouvrage au titre intriguant, qui l'a vite fasciné par "la puissance dramatique" des dialogues.

"C'est la seule psychanalyse où on nous avons une minute de toutes les séances, du premier bonjour entre deux hommes qui ne se connaissent pas jusqu'au au revoir, car ils ne se reverront plus", explique le cinéaste, qui signe un film singulier, au rythme lent.

Au-delà de la psychanalyse elle-même, le film parle d'êtres déplacés, "ni l'un ni l'autre Américains", qui tous deux "apprennent comment vivre aux Etats-Unis".

Esprits, fantômes et analyse

"Il fallait tourner sur les lieux mêmes de l'histoire, souligne le réalisateur, dont c'était le premier tournage aux Etats-Unis et en anglais. Nous avons fait une enquête pour retrouver - je crois qu'on ne s'est pas trompés - le vrai village de Jimmy, tourner là où il a grandi. C'était important".

L'équipe du film "Jimmy P" d'Arnaud Desplechin, le 18 mai 2013 à Cannes [Alberto Pizzoli / AFP]
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L'équipe du film "Jimmy P" d'Arnaud Desplechin, le 18 mai 2013 à Cannes

Fan de John Ford et François Truffaut, Desplechin signe un film à la mise en scène de facture plus classique qu'à l'accoutumée, notamment pour des contraintes budgétaires.

"Je me suis appuyé sur l'intrigue elle-même. Simplifier me permettait de me concentrer sur les deux hommes", a-t-il dit.

Mathieu Amalric, comédien fétiche de Desplechin, a expliqué s'être peu documenté sur le médecin pour le rôle. En revanche, a-t-il confié, "j'ai commencé une analyse pour voir. Je ne connaissais pas ce monde, un monde d'aventure qui a à avoir avec la plongée sous-marine et les murènes au fond...", a-t-il déclaré dans un large sourire.

Benicio del Toro, prix d'interprétation à Cannes en pour le dyptique "Che" de Steven Soderbergh en 2008, incarne avec retenue cet Indien renfermé intrigué par ce médecin au fort accent.

Misty Upham, actrice Blackfoot du film, a quant à elle relevé qu'il s'agissait sans doute de "la première fois où des Amérindiens sont en compétition à Cannes".

Elle a surtout raconté combien "quand les premières psychothérapies ont été faites avec des Amérindiens, c'était dur pour les autres de comprendre qu'on croyait aux esprits, aux fantômes ou aux réincarnations".

Ainsi, dans le film, Jimmy/Benicio se dresse contre ce médecin qui fouille son âme afin d'en faire un homme maître de son destin, le déstabilisant de fait dans ses croyances.

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