RDC : une salle pour les collections du musée de Kinshasa

Une statue, symbôle de protection, traditionnellement placée à l'entrée du village, exposée au musée de Kinshasa, le 14 mai 2013 [Junior D.Kannah / AFP] Une statue, symbôle de protection, traditionnellement placée à l'entrée du village, exposée au musée de Kinshasa, le 14 mai 2013 [Junior D.Kannah / AFP]

Avec des milliers de masques, de poteries et quelques souvenirs coloniaux, le musée national de la République démocratique du Congo (RDC) à Kinshasa tente de préserver ses collections et rêve d'un espace où exposer ses 45.000 pièces.

"Un musée représente la mémoire de la créativité et donc du progrès social", dit avec emphase Joseph Ibongo, directeur et conservateur de l'Institut des musées nationaux, qui tente d'y attirer d'abord les étudiants et les enfants des écoles.

Cependant, installé au centre de Kinshasa - sur la colline Ngaliema, où les premiers colonisateurs sont arrivés - le musée national est limité: une seule salle de quelques centaines de mètres carrés et des vitrines didactiques permettent de retracer l'histoire des principales ethnies de RDC.

Au milieu du musée trônent deux fauteuils utilisés par Mobutu Sese Seko, l'ancien président qui dirigea la RDC d'une main de fer de 1965 à 1997: l'un d'eux est doré, l'autre est couvert de peau de léopard, une "étoffe" chère au dictateur.

Des poteries stockées dans les réserves du musée de Kinshasa, le 14 mai 2013 [Junior D.Kannah / AFP]
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Des poteries stockées dans les réserves du musée de Kinshasa, le 14 mai 2013
 

Dans un vaste hangar près du musée, le tiers des collections est entreposé. Les poteries voisinent avec les nattes, les pagaies, les houes, les sièges, les canons des premiers arrivants portugais ou un buste de la reine Astrid, récupéré dans une clinique, qui a régné sur la Belgique en 1934 et 1935, morte jeune dans un accident de voiture.

Projet pour un autre musée

Les pièces sont toutes accompagnées d'une notice explicative qui les rattache à l'une des 450 ethnies qui composent la RDC, et précise l'usage qu'elles en faisaient. "L'art traditionnel est un art fonctionnel qui est utilitaire", justifie Jean Pierre Dikaka, en charge des visites.

"Nous devons répondre aux églises du réveil (églises protestantes, de plus en plus nombreuses en RDC et en Afrique) qui considèrent que tout cela relève de la sorcellerie", ajoute-il.

Le conservateur ne sait même pas le budget qui lui est théoriquement alloué. "De toute façon, il n'est pas exécuté", dit-il, reconnaissant avoir perçu pour le trimestre en cours 9 millions de francs congolais (10.000 USD environ) pour payer l'électricité et les réparations indispensables.

Un fauteuil, utilisé par l'épouse de Mobutu Sese Seko et exposé au musée de Kinshasa, le 14 mai 2013 [Junior D.Kannah / AFP]
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Un fauteuil, utilisé par l'épouse de Mobutu Sese Seko et exposé au musée de Kinshasa, le 14 mai 2013
 

La Corée du Sud a promis de construire un autre musée, selon Joseph Ibongo. L'espace est déjà choisi près du Palais du peuple, siège du parlement congolais, et une mission est attendue de Séoul en juin prochain. Aucun plan n'a encore été dessiné, mais sa surface fait déjà rêver: 10.000 mètres carrés.

Des pièces retrouvées par des passionnés

En attendant, derrière le musée, une statue en bronze de Morton Stanley, l'aventurier britannique qui a pris possession du Congo pour le roi belge Léopold, est couchée sur le sol. Jetée à terre pendant des pillages du début des années 90, elle a les pieds arrachés.

Une mission britannique a estimé à 90.000 USD sa remise en état, souligne Joseph Ibongo. Mais le vestige risque de rester mutilé. Selon le conservateur, une campagne de presse en Grande-Bretagne a interdit d'aller plus loin pour commémorer le souvenir d'un colonisateur.

 
 

En 2012, son directeur s'est rendu à Vienne (Autriche) pour récupérer, avec l'aide de l'organisation internationale de police Interpol, une harpe Azande et une statue de la reine Mbala qu'un passionné leur avait signalés dans un catalogue de vente.

En Allemagne, en revanche, un galeriste réclame 5.000 euros pour rendre un masque Tshokwe. Là encore, c'est un passionné qui a fait le rapprochement entre une publicité et le catalogue du musée. Mais les fonds n'ont pas encore été trouvés.

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