Landru: un musée parisien exhume une enquête mythique et une époque

Photo prise en novembre 1921, lors de son procès à Paris, de Henri-Désiré Landru [ / AFP/Archives] Photo prise en novembre 1921, lors de son procès à Paris, de Henri-Désiré Landru [ / AFP/Archives]

Plus de 91 ans après l'exécution de Henri-Désiré Landru, le Musée des lettres et manuscrits de Paris ressuscite le "Barbe-Bleu de Gambais", condamné pour l'assassinat de 10 femmes et d'un jeune garçon, lors d'une exposition qui revient sur l'enquête magistrale et une époque troublée.

Pas de sang, de clichés de victimes ou de descriptions glaçantes dans cette exposition, qui s'ouvrait jeudi et dure jusqu'au 15 septembre, ne serait-ce que parce qu'aucun corps n'a jamais été retrouvé et que Landru est parti avec le secret de son mode opératoire.

Les commissaires de l'exposition, dont le journaliste et ancien policier Eric Yung, ont pioché dans les quelque mille pièces à leur disposition, dont l'essentiel provient du dossier d'instruction, pour raconter l'histoire de l'enquête et de la constitution du dossier.

Une histoire fascinante, qui met notamment en scène l'inspecteur Jules Belin, dont l'obstination aura été déterminante dans l'arrestation de Landru et dans l'accumulation d'un faisceau d'éléments susceptible de convaincre un jury.

Informé, un soir, par la soeur d'une des disparues qui avait croisé Landru par hasard dans un magasin de porcelaines de la rue de Rivoli à Paris, Belin part en chasse. Il fait réveiller, en pleine nuit, le vendeur du magasin, qui donne l'adresse de livraison communiquée par Landru, lequel se fait alors appeler Lucien Guillet.

"Toute une époque"

Au terme d'une longue planque, il finira par interpeller Landru et se lancera dans une course contre la montre pour qu'au terme de la garde à vue, le juge d'instruction dispose de suffisamment d'éléments pour inculper ce petit homme chauve et barbu et le placer en détention.

Ces quelques dizaines de mètres carrés seulement, scénographiés avec sobriété et efficacité, "permettent de voir l'affaire Landru comme elle n'a jamais été présentée, c'est-à-dire de l'intérieur", explique Eric Yung.

L'affaire Landru est, à ce titre, une sorte d'acte fondateur de la police judiciaire (avec le démantèlement de la bande à Bonnot), créée en 1907. Celui d'une police dédiée à "la recherche des faits", résume M. Yung, dynamisée par la création des brigades mobiles par Georges Clemenceau, les fameuses brigades du Tigre, dont faisait partie Belin.

L'enquête bénéficie également des notes de Landru lui-même, méthodique jusqu'à la maniaquerie, qui ne disent rien des assassinats mais témoignent des techniques employées par ce spécialiste de l'escroquerie au mariage.

Le juge Bonin, chargé de l'instruction, identifiera ainsi 169 femmes ayant entretenu une correspondance avec Landru. Les notes de l'accusé révéleront aussi l'achat de 790 scies à métaux, alors même qu'il est soupçonné d'avoir découpé ses victimes en morceaux.

Autre élément phare du dossier d'instruction, les compte-rendus d'expertise psychiatrique, qui révèlent une personnalité riche. "On voit que ces gens sont amoureux de Landru", selon M. Yung.

L'exposition s'attache également à rappeler une époque troublée, celle de la Première guerre mondiale et de l'immédiat après-guerre.

"Ce n'est pas Landru qui entre au Musée, c'est toute une époque", explique M. Yung.

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