Un luthier français au coeur du vieux Rome

Le luthier français Mathias Menanteau, le 1er février 2013 dans son atelier à Rome [Gabriel Bouys / AFP] Le luthier français Mathias Menanteau, le 1er février 2013 dans son atelier à Rome [Gabriel Bouys / AFP]

Au détour d'une ruelle du vieux quartier romain de Monti, le regard des passants est attiré par une jolie échoppe où un luthier français penché sur son établi examine un violon: c'est l'atelier de Mathias Menanteau, un jeune Vendéen implanté à Rome depuis 2004.

En entrant dans l'atelier, le nez des visiteurs est saisi par les odeurs de colle et de résine qui règnent dans ce lieu hors du temps: instruments alignés le long des murs, vieux établis, fioles de verre, rabots, gouges...

"J'ai toujours voulu me mettre à mon compte", raconte à l'AFP Mathias Menanteau, sur fond de musique (classique, évidemment !), tout en reconnaissant qu'il vient de loin: "Au début, luthier, je ne savais même ce que c'était", dit-il en riant.

Un aboutissement pour ce fils de maçon au parcours exemplaire: en 1996, à 18 ans et le bac en poche, il décide de quitter sa Vendée natale pour aller étudier le métier de luthier en Angleterre à la Newark Violin Making School, financée par l'Union européenne et l'une des meilleures avec Crémone (nord de l'Italie) et Mittenwald (sud de l'Allemagne).

Diplômé au bout de trois ans d'études, il part pour Berlin, où il travaille cinq ans dans un atelier de restauration avant de repartir pour Crémone, le berceau de la lutherie, où ont oeuvré les plus grands, de Stradivarius (1644-1737) à Guarnerius (1698-1744).

"J'avais envie de voir plus de choses et surtout les grands instruments. Je me suis dit: il faut que j'aille dans le pays du violon", explique ce trentenaire. "C'est difficile d'avoir un contrat, il y a beaucoup de travail au noir", nuance-t-il.

Il déménage ensuite à Rome, où il intègre un nouvel atelier et travaille "comme un fou six jours par semaine". "Une période magnifique durant laquelle j'ai pu avoir dans les mains les grands instruments et rencontrer les grands solistes", confie-t-il.

En 2010, il démissionne et décide de se jeter à l'eau en ouvrant son propre atelier, qu'il baptise "Roma Liuteria". "Je suis aujourd'hui convaincu d'avoir pris la juste décision. En fait, divers événements ont précipité mon besoin de gérer moi-même mon rapport avec les musiciens".

Le luthier français Mathias Menanteau en train de restaurer un violoncelle dans son atelier à Rome, le 30 janvier 2013 [Gabriel Bouys / AFP]
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Le luthier français Mathias Menanteau en train de restaurer un violoncelle dans son atelier à Rome, le 30 janvier 2013
 

"Mais je dois avouer que je n'aurais jamais eu le courage de me lancer si j'avais su ce que représentait bureaucratiquement l'ouverture d'un atelier dans la capitale: c'est très compliqué d'ouvrir un business en Italie", dit-il aujourd'hui.

Malgré les embûches administratives, le succès arrive très vite grâce au dur travail accompli à ses débuts: "Tout de suite, j'ai eu beaucoup de travail. Durant les années d'apprentissage, je me suis fait un nom sans le savoir", explique-t-il.

Entre restauration et construction

"Mon travail est divisé entre restauration et construction, c'est vraiment 50-50", explique-t-il. "La vente, je ne fais pas beaucoup, ici c'est vraiment un atelier".

Parmi ses gros clients, les musiciens de l'Académie de Sainte-Cécile, le grand orchestre de la capitale italienne dont les concerts à l'auditorium construit par Renzo Piano sont très courus. Parmi ses autres clients, les musiciens de l'Opéra de Rome et les jeunes élèves des conservatoires.

Mais aussi des musiciens de tout le sud de l'Italie (Calabre, Sicile...) et quelques étrangers de passage.

Mathias est un amateur de beaux objets, des outils choisis avec soin ou qu'il a fabriqués lui-même aux établis d'ébéniste XIXe qu'il est allé chiner aux quatre coins de la péninsule, de Mantoue à Assise.

 
 

La philosophie de Mathias peut se résumer par cette expression allemande qu'il reprend à son compte - "Mein Himmel ist voller Geigen, littéralement "Mon ciel est rempli de violons" -, et signifie tout simplement: "Je suis heureux".

 

Le site de Roma Liuteria

 

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