Harley-Davidson : born to be wild

Peter Fonda dans Easy Rider (1969)[Capture d'écran Youtube]

«Je n’ai besoin de personne en Harley-Davidson…» En 1967, c’est sur une Harley que Serge Gainsbourg décide de faire chanter sa muse, Brigitte Bardot. En 1969, c’est autour de Dennis Hopper et de Peter Fonda de s’élancer sur les routes américains au guidon de leurs « Harleys ». Rien de surprenant à cela. Alliant un style et une sonorité uniques, les bolides de la maison de Milwaukee sont devenus mythiques.

 

Archives – Article publié le vendredi 27 avril 2007

 

Comme toutes les légendes de l’Ouest, l’aventure de la Harley-Davidson Motor Company se devait de débuter dans une province reculée des Etats-Unis… C’est donc dans une cabane du Milwaukee que va naître la marque pionnière de l’industrie de la moto. Deux camarades d’université, désœuvrés comme on peut l’être à 20 ans et lassés de peiner à vélo sur les routes du Wisconsin, se lancent dans la fabrication d’une bicyclette motorisée.

Dans leur cabane en bois, à l’abri des regards, William Harley et Arthur Davidson sont en train de lancer, sans le savoir, un engin mythique qui va bouleverser les routes de tout l’Occident et le mode de vie de nombreuses générations. En associant leurs deux noms, le symbole de la liberté à l’américaine est né.

 

« La mélodie Harley »

Avant d’apparaître au cinéma, la robuste moto a fait ses preuves sur les circuits. Les cousins Davidson,Walter et William, ont rejoint depuis long temps l’atelier des deux apprentis mécanos. Et après quelques essais infructueux, le premier monocylindre Harley-Davidson, dépourvue de boîte de vitesse, voit le jour en 1903. Ce prototype gagne le nom de Silent Grey Fellow («le compagnon gris silencieux»), en raison de sa couleur standard et de la présence d’un silencieux.

Les débuts de l’entreprise sont modestes, seules trois motos seront produites lors de la première année d’existence de l’atelier.

Selon la légende, les motocyclistes n’étaient pas satisfaits de cet accessoire qui avait une durée de vie très courte et qui, d’après eux, perturbait le bon fonctionnement du moteur. Ironie du sort : alors que les patrons de Harley-Davidson voulaient créer la moto la moins bruyante possible, ce fut finalement le son si particulier de son moteur, le V-Twin – baptisé ainsi du fait de sa forme en V ouvert à 45° – qui contribua au succès de la marque. En 1994, Harley-Davidson lança même une procédure juridique coûteuse pour tenter de breveter «la mélodie Harley». En vain.

 

Vidéo : En 1966, Brigitte Bardot n’avait besoin de personne en Harley Davidson 

 

 

Le succès arrive

C’est le lancement de la marque dans la compétition, quelques années plus tard, qui booste les ventes. En 1907,Walter Davidson participe au guidon de sa Silent Grey Fellow à une célèbre course d’endurance, le New York 's Catskill Mountain. Le président de la Harley-Davidson Motor Company termine l’épreuve en tête, offrant ainsi à son entreprise une publicité vrombissante. Les ventes décollent, la police de Chicago commande 450 engins dans la foulée.

Le rythme de la production, qui s’établit à une centaine d’exemplaires par an, s’accélère encore avec la Première Guerre mondiale qui voit débarquer 20 000 Harley en Europe. Après le conflit, la Harley-Davidson Motor Company est propulsée numéro un mondial des fabricants de motos.

Grâce à de nombreuses innovations technologiques, les compteurs de ses engins affichent désormais des vitesses supérieures à 100 miles/h (160 km/h). Une performance qui permet à la firme de prendre suffisamment d’élan pour traverser la Grande Dépression de 1929. Elle et son concurrent de toujours, Indian, seront les seules à ne pas rester sur le bord de la route.

 

Le symbole des bikers

C’est après un nouveau débarquement massif des Harley-Davidson sur le sol européen pendant la Seconde Guerre mondiale que la marque va incarner un symbole de liberté et de rébellion.

Au début des années cinquante, les clubs de motard, Hell’s Angels et autres Bandidos s’approprient la côte Ouest américaine. Composées d’anciens militaires nostalgiques de la fraternité connue au front, ces bandes optent rapidement pour les V-Twin viriles de Milwaukee et partent rouler des mécaniques dans ces grands espaces, à la frontière et au-delà de la légalité.

Les Hell’s Angels se sont rendus tristement célèbre en 1969 lors du célèbre concert des Rolling Stones à Altamont. Un membre des Hell’s Angels, qui était chargé de s’occuper de la sécurité du concert, poignarda un jeune noir qui pointait un revolver en direction de la scène.

 

Vidéo : Les Hells Angels au concert d’Altamont en 1969

 

 

Cette image sulfureuse et poussiéreuse du biker insoumis qui a fait le mythe des Harley est aussi relayée par des œuvres célébrées de la littérature et du cinéma, de L’Équipée sauvage avec Marlon Brandon à Sur la Route de Jack Kerouac.

La création des Harley Owners Group (H.O.G), clubs officiels de la marque, à partir de 1983, viendra adoucir cette mauvaise réputation en adoptant comme philosophie : «Nous ne vendons pas des motos, nous vendons l’expérience unique d’un style de vie.»

 

La ballade d’Easy Rider

La Harley-Davidson atteindra son apogée en 1969 avec le film culte Easy Rider dans lequel deux marginaux d’Hollywood, Dennis Hooper et Peter Fonda, sillonnent sans but, au guidon de leurs «Harley», les routes de l’Amérique profonde.

 

Vidéo : Dennis Hopper et Peter Fonda dans Easy Rider 

 

 

Le film de Dennis Hopper, récompensé au Festival de Cannes par le prix de la meilleure première œuvre en 1969, est devenu l’un des emblèmes de la contre-culture américaine des années soixante. Entre drogue et rock’n roll, ils se confrontent le conservatisme de l’Amérique profonde qui refuse l’évolution de la société de ces années marquées par l’émergence de la communauté hippie.

En marge du cinéma hollywoodien de l’époque, Easy Rider fait l’apologie de la liberté. Quatre Harley-Davidson ont été customisées pour le film. L’une d’entre elles a brûlé pendant le tournage et les trois autres ont été volées.

 

L’entreprise rentable

Au premier rang des constructeurs, la compagnie perd cependant son âme et ses clients dans la lutte qui l’oppose à ses concurrents japonais, aux deux-roues fiables et bon marché. Proche de la faillite, la vieille maison de Milwaukee est rachetée en 1969 par AMF, une authentique fonderie américaine, dont la stratégie de baisse des coûts et de sacrifice de la qualité ne sera pas la bonne.

Douze ans plus tard, l’esprit Harley retrouve son souffle. Les parts d’AMF sont reprises par 13 dirigeants de Harley-Davidson, dont William G. Davidson, le fils de William. Plutôt que de se battre sur le terrain des Japonaises, ils décident de ralentir la production et de mettre l’accent sur le côté rétro de la marque. Une stratégie payante.

En 2003, la Harley-Davidson Motor Compagny a fêté son centenaire au son des 500 000 V-Twin débarqués à Milwaukee pour l’occasion. Un siècle et des tempêtes pour forger un mythe et faire de l’entreprise installée jadis dans une cabane de Milwaukee l’un des fabricants de motos le plus rentable au monde.

 

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