Jacques Tardi : « Je vais sortir un dixième et dernier album d’Adèle Blanc-Sec »

Adèle Blanc-Sec[CC/Jim Linwood]

A l’instar des feuilletonistes du début du XXe siècle, Jacques Tardi aime raconter la grande histoire à travers la petite. Pour l’auteur, père d’Adèle Blanc-Sec, le film de Luc Besson, inspiré des trois premiers tomes de la série, est une réussite et la prestation de Louise Bourgoin, parfaite. 

 

Archives – Article publié le mardi 13 avril 2010

 

Pourquoi avoir accepté l’adaptation de l’œuvre par Luc Besson?

Jacques Tardi : D’autres projets n’ont jamais abouti. Il y a d’abord eu celui d’un Japonais, dès la sortie du premier album, pour en faire un dessin animé, il y a trente ans. Puis les Américains, avec la Marvel (l’éditeur de Spider-Man, ndlr), m’ont montré des projets à New York. Mais Adèle devenait américaine ou londonienne, alors que la BD suinte Paris ! J’ai écrit aussi des heures de feuilleton pour la télé française, mais sans moyens, cela devenait du théâtre. Puis, il y a dix ans, Luc Besson m’a contacté. Il est revenu à la charge il y a deux ans, pour aller cette fois au bout. J’étais rassuré que ce soit lui, avec son savoir-faire, qui réalise cette adaptation.

 

Comment avez-vous réagi à la projection du film?

J. T. : J’étais très intéressé. Quel auteur de BD n’aimerait pas voir ses héros sur grand écran, avec le son, les décors – qui sont ici superbes –, et des personnages bien vivants? Lors du tournage, quand j’ai vu l’inspecteur Caponi (interprété par Gilles Lellouche, ndlr) débarquer, ça m’a fichu un coup ! De plus, Luc Besson a choisi d’adapter les trois premiers albums de la série, ceux dans lesquels l’héroïne porte toujours de grands chapeaux, ce qui donne des costumes splendides. Le film lui-même ne se prend pas au sérieux, ce qui était important. C’est dans l’esprit, et bien adapté au format cinéma. En bref, la BD s’adresserait plutôt aux 16-18 ans, et le film aux 14-16 ans.

 

Vidéo : Bande-annonce des Extraordinaires aventures d’Adèle Blanc-Sec réalisé par Luc Besson

 

 

Voyez-vous des similitudes entre cinéma et BD ?

J. T. : D’abord, une bande dessinée n’est pas un story-board. Le réalisateur, lui, est le maître du temps ; il peut jouer avec les gros plans, avec des respirations. Alors qu’en BD, l’auteur ne sait pas combien de temps le lecteur va passer sur chaque case. Mais il peut prendre le temps de développer les textes pour poser une intrigue, alors qu’au cinéma, il faut éviter de faire «décrocher» le spectateur. Sur le tournage, j’ai été impressionné par le nombre de personnes à gérer, et par l’idée claire et précise du déroulé de l’action, du début à la fin.

 

Louise Bourgoin, parfaite en Adèle?

J. T. : La première fois que je l’ai vue sur le plateau, j’étais ému, impressionné. Elle jouait dans l’intérieur parisien d’Adèle. La seule chose que je lui ai dit, c’est : «N’oubliez pas qu’elle a un sale caractère !» Elle devient véritablement Adèle en l’incarnant. Le principal était qu’elle soit dans le ton, puisque j’ai moi-même fait évoluer l’aspect physique d’Adèle dans les albums.

 

Vidéo : Jacques Tardi au travail

 

 

Reverra-t-on encore Adèle sur papier ?

J. T. : Je vais sortir un dixième et dernier album. Tout simplement parce que dix est un chiffre étape. Si j’avais été superstitieux, je serais allé jusqu’à 13 ! J’ai toujours travaillé sur d’autres projets en parallèle, et je ne veux pas devenir prisonnier de cette série, sortir un album tous les ans, un peu comme pour Nestor Burma, dont la saga se termine.

 

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