Bollywood : les Indes kitsch

Bollywood[CC/Meanest Indian]

Longtemps réputés kitsch en Occident, les arts vivants venus d’Inde suscitent aujourd’hui l’engouement. Le cinéma made in Bollywood demeure le vaisseau amiral de cette mode, qui connaît bien d’autres déclinaisons, comme l'a prouvé le succès du film hollywoodien Slumdog Millionnaire.

 

Archives – Article publié le jeudi 19 novembre 2009

 

La plastique et le déhanché de Bollywood fascinent au-delà des frontières de l’Inde. Le cinéma de Bollywood, réputés kitsch et fleur bleue, se sont révélés dans les années 2000, notamment en France. La nomination du film Lagaan aux oscars en 2002, et la sélection à Cannes de Devdas, la même année, consacraient, après un certain mépris de la part du cinéma étranger, le film bollywoodien. Toujours en 2002, le Festival de Cannes rendait hommage au réalisateur et acteur indien Raj Kapoor par une rétrospective sur sa carrière, et le film La famille indienne, produit par Bollywood, était récompensé par les Filmfare Awards 2002.

Depuis, des comédies comme Coup de foudre à Bollywood, produites par des maisons anglo-saxonnes, ont conquis le public en reprenant la recette chorégraphiée et chamarrée de ces films indiens. Slumdog Millionaire et L’Odysée de Pi sont ainsi venus compléter la panoplie de ces productions à succès influencées par Bollywood.

Le phénomène a également révélé quelques stars indiennes à l’international, dont Amitabh Bachchan (Black, La famille indienne), qui fut décoré de la Légion d’honneur en 2006 pour sa contribution à la vie culturelle indienne et internationale. L’actrice Aishwarya Rai (Devdas, Coup de foudre à Bollywood), Miss Monde 1994, ambassadrice de L’Oréal, compte bien su au rang des célébrités bollywoodiennes. Sensibilité, chorégraphies, mélodies entraînantes, acteurs glamour : la recette fait son effet.

 

Vidéo : Devdas avec Aishwarya Rai

 

 

Un savant dosage

Car si Bollywood (contraction de Bombay et de Hollywood) désigne l’industrie du cinéma national, née il y a cent ans dans la métropole indienne, il s’agit avant tout du synonyme d’un genre cinématographique.

Le dosage Bollywood utilise ainsi des thèmes et des scénarios récurrents, quasi immuables. Danses et chants célèbrent l’amour. Des femmes en saris colorés se transforment en bimbos à l’indienne, et ondulent au rythme des musiques. Les scènes d’action rocambolesques affirment la victoire du bien sur le mal. Le héros est superbe et irréprochable ; la belle amoureuse aux grands yeux bordés de longs cils, l’admire et l’ennemi vindicatif veut leur mort.

Le portrait peut sembler naïf, mais la magie opère et les spectacles inspirés de cet univers misent sur ces ingrédients. «Le métissage de la modernité et de la tradition que l’on retrouve dans les rythmes et les chorégraphies fascinent. C’est une bouffée d’air frais !», explique Nicolas Ferru, producteur de La fabuleuse histoire de Bollywood.

C’est ainsi que Bollywood s’immisce dans la vie culturelle occidentale. Mais les 800 films annuels produits dans ses studios restent avant tout dirigés vers le public indien. Selon Emmanuel Grimaud, ethnologue et auteur de Bollywood film studio, «les cinéastes indiens réfléchissent peu à la façon de conquérir le marché européen. Ils se préoccupent plus de leur propre public et de la diaspora indienne que l’on retrouve aux quatre coins du monde, qui constituent leur premier marché».

 

Vidéo : Robot, le plus gros budget de l’Histoire du cinéma indien.

 

 

Un cinéma en mutation

Avec plus d’un millier de films tournés chaque année, le cinéma indien demeure la plus imposante machine cinématographique du monde. Dans les studios de Bollywood, Kollywood ou Sandalwood, entre autres, les films produits dans une douzaine de langues régionales injectent pas moins de 1,5 milliard d’euros dans l’économie indienne. Ces recettes sont pourtant bien inférieures à celles  d’Hollywood (21 milliards), qui produit deux fois moins de films. Pour comparaison, le plus gros budget de l’histoire du cinéma indien, Robot (2010), s’élève à 30 millions d’euros, soit 8 fois moins que la plupart des blockbusters américains.

Le Bollywood tel qu’on le connaît aujourd’hui existe depuis seulement une dizaine d’années. Avant 2000, les productions locales ciblaient surtout un public indo-indien, avant de succomber au marché juteux de l’exportation. Celui-ci peut aujourd’hui représenter près de la moitié du budget d’un film. La raison de ce succès ? Probablement un niveau de vie croissant, qui transforme l’univers des films.

La planète Bollywood ressemble ainsi de plus en plus à la nôtre – Londres et Paris faisant même régulièrement office de décor. Néanmoins, il reste difficile, voire impossible, pour une production étrangère de pénétrer le marché. La population, qui vient chaque semaine par millions dans les 15 000 salles obscures du pays, reste très attachée à son cinéma et à sa culture. Les grands studios américains sont alors contraints de participer au financement de films indiens sans les produire intégralement.

 

Vidéo : Slumdog Millionnaire de Danny Boyle

 

Slumdog Millionaire - Jai Ho Dance Scène Video... par wonderful-life1989

 

Mais cela ne les empêche pas de s’inspirer de l’univers indien : Coup de foudre à Bollywood et Slumdog Millionaire en sont les exemples. Car ne nous y trompons pas : ces deux films ont été réalisés par des productions anglo-américaines qui auront eu au moins le mérite de révéler au public occidental Dev Patel (Anglais d’origine indienne) et la ravissante Aishwarya Rai. Cette dernière, Miss Monde en 1994, est d’ailleurs très convoitée par Hollywood, contrairement à Shahrukh Khan son partenaire dans Devdas, véritable icône du cinéma dans son pays.

 

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Trois questions à Emmanuel Grimaud, Ethnologue, auteur de Bollywood film studio : «Ces films amènent une grande fraîcheur»

 

Depuis quand Bollywood perce-t-il en Occident?

Emmanuel Grimaud : C’est un phénomène assez nouveau. Les années 2000 ont été décisives pour faire connaître le cinéma commercial indien, grâce à des films exceptionnels comme Lagaan et Devdas. On trouve aujourd’hui des films sous-titrés en français dans le quartier de la gare du Nord, à Paris, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans. Des maisons de distribution françaises se sont aussi aventurées récemment sur ce marché.

 

Pourquoi la magie du cinéma opère-t-elle malgré le côté kitsch et parfois répétitif des scénarios ?

E. G. : Il n’y a rien de mal à aimer Slum. Les films indiens amènent une grande fraîcheur, une autre manière aussi d’envisager notre modernité, et ce que l’on appelle «kitsch» correspond sans doute à une autre forme d’esthétique. Il y a beaucoup d’expérimentations dans le cinéma indien, contrairement aux idées reçues, autant au niveau des scénarios que de la chorégraphie ou de paramètres plus spécifiquement cinématographiques comme le cadrage ou le montage.

 

Est-ce un phénomène de mode?

E. G. : C’est difficile à dire. Les modes changent, mais il est sûr qu’en France, Bollywood a trouvé son public depuis plus de dix ans. En ce qui concerne la diversité des spectacles actuels, attention à ne pas confondre Bharati ou La fabuleuse histoire de Bollywood, qui sont des grands spectacles tirant parti de la vague Bollywood, et un film d’auteur comme Slumdog Millionnaire. Aujourd’hui, Bollywood est un label qui recouvre beaucoup de choses différentes.

 

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