Jean-Paul Belmondo le retour du magnifique

Jean-Paul Belmondo au festival de Cannes 2001[CC/Georges Biard]

Il appartient à une génération d’acteurs immenses : Alain Delon, Lino Ventura, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle... Jean-Paul Belmondo règne dans nos cœurs grâce au Magnifique, à L’as des as et au Guignolo. En 2009, huit ans après sa dernière apparition sur les écrans et son AVC, « Bébel » revenait avec un nouveau film Un homme et son chien, un film de Francis Huster inspiré par Umberto D. de Vittorio de Sica.

 

Archive – article publié le mardi 13 janvier 2009

 

Depuis son accident vasculaire cérébral en 2001, on pensait qu’il ne tournerait plus. « Bébel » est pourtant de retour sur les écrans français dans Un homme et son chien, de Francis Huster. Loin des «toctocbadaboum» que nous lui connaissions, il interprète un rôle révélateur des épreuves qu’il a traversées ces dernières années. C’était d’ailleurs la condition sine qua non pour le voir de nouveau sur les écrans. « Il n’a absolument rien négligé. Il a tourné ce film comme tous les autres films. Il a refusé de se laisser doubler dans la scène où le train arrive pour l’écraser, il tient lui-même le chien dans ses bras. On avait pensé à un cascadeur. Il faisait un froid terrible, c’était une très longue journée de tournage. Il a tout fait lui-même », confiait Francis Huster à Direct Matin. Certes, Bébel a désormais besoin d’une canne pour se déplacer. Effectivement, les dialogues sont parfois un peu déstabilisés par une élocution difficile... Mais, oui, Bébel est de retour !

 

Vidéo : Jean-Paul Belmondo dans A Bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1960)

 

 

Le bout du tunnel

« Me filmer tel que je suis ». C’était la seule condition posée par Jean-Paul Belmondo pour participer à l’ambitieux projet de Francis Huster. Depuis sa prestation dans Les acteurs de Bertrand Blier, en 2000, le grand comédien n’avait pas été vu au cinéma. Mais après son accident vasculaire cérébral, survenu en 2001, et de longues années de rééducation, Jean-Paul Belmondo s’est décidé à revenir au cinéma. Et c’est Un homme et son chien, de Francis Huster, remake d’un grand classique néoréaliste réalisé par Vittorio De Sica (Umberto D.), qui a arrêté son choix. « Jean-Paul a toujours aimé ce cinéma- là, cruel, dur. Il le connaissait d’autant plus qu’il avait tourné dans un film de De Sica, au côté de Sophia Loren, en 1952 », explique le réalisateur. Mais ce n’est pas la seule raison. « Ce sont des retrouvailles avec Jean-Paul Belmondo et non Bébel. C’est une manière de revenir au cinéma dans un film dramatique, comme au début de sa carrière » ajoute Francis Huster.

 

Vidéo : Belmondo dans L’Homme de Rio (Philippe de Broca, 1964)

 

 

Les grands noms du cinéma d’aujourd’hui et d’hier – Hafsia Herzi, Jean Dujardin, José Garcia, Micheline Presle, Max Von Sydowentourent Jean-Paul Belmondo dans Un homme et son chien. « Ce sera avec Jean-Paul Belmondo ou ça ne se fera pas », avait annoncé Francis Huster qui depuis longtemps voulait passer derrière la caméra. Mais il lui fallait une idée qui en vaille la peine. Ce sera donc une adaptation du chef-d’œuvre de Vittorio De Sica, Umberto D. Un homme et son chien raconte la descente aux enfers de Charles, un vieil homme qui ne s’est jamais vraiment remis de la mort de sa femme. Une ancienne maîtresse lui offre son toit mais, quand elle se remarie, elle le met à la porte. Rejeté, ses seuls compagnons d’infortune sont son chien et la rue. Et c’est du haut de ce rôle poignant aux fortes résonances actuelles que ce monument du cinéma français nous contemple aujourd’hui. En réalisant un remake de ce film social, Francis Huster dresse le constat d’une société qui n’a que peu d’égards pour ses aînés, ses laissés-pour-compte.

 

Vidéo : Bande-annonce de Stavisky…  (Alain Resnais, 1974) avec Belmondo

 

 

Nouvelle Vague

Après ses ennuis de santé et ne sachant pas s’il allait réapparaître, beaucoup l’avaient déjà inscrit au panthéon des acteurs de cinéma. De son rôle haletant dans A bout de souffle, de Jean-Luc Godard, à son interprétation dans Les misérables de Claude Lelouch, en passant par l’exceptionnel Homme de Rio de Philippe de Broca, Jean-Paul Belmondo a touché à tous les registres tout au long de sa carrière.

Même sur les planches de théâtre, où le nombre des pièces dans lesquelles il a joué est incontestablement important. En 1990, il est Cyrano de Bergerac, dirigé par Robert Hossein, au théâtre Marigny. Bien avant cela, c’était sous la direction de son ami Guy Bedos qu’il avait foulé pour la première fois les planches d’un théâtre, dans La petite hutte, d’André Roussin. Au total, Jean-Paul Belmondo a tourné dans une centaine de films, joué dans une trentaine de pièces de théâtre et a obtenu le césar du meilleur acteur en 1989 pour Itinéraire d’un enfant gâté. Ce palmarès fait de lui une véritable légende.

Une chose est sûre, à 75 ans, le comédien vibre toujours pour le septième art français.

 

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Francis Huster, réalisateur d’Un Homme et son chien

 

Pourquoi faire un remake d’Umberto D. ?

Francis Huster : Je voulais montrer la cruauté de la société envers les personnes âgées, les retraités, envers tous ceux qui n’ont plus rien. Je trouve que c’est un sujet qui correspond exactement à ce qui se passait dans les années 1950 en Italie, et à ce qui se passe actuellement en France. Et puis, la deuxième raison, c’est que ce film permet à Jean-Paul Belmondo de revenir au cinéma dans un film dramatique comme au début de sa carrière, à l’époque des Resnais, des Godard, des Sautet, des Peter Brook, des Melville...

 

Pourquoi Jean-Paul Belmondo?

F. H. : Après huit ans de combat pour revenir dans sa vie d’homme, je pense que Jean- Paul méritait tout simplement ce rôle. Il est quand même une des deux légendes vivantes du cinéma avec Delon. Je suis comme le public : j’étais écœuré de voir qu’on avait un peu tourné la page, que le cinéma ne lui offrait plus la possibilité de revenir et de montrer qu’il était toujours en haut. Les gens sont d’autant plus émus qu’il joue, avec ce film, dans un registre similaire à celui du début de sa carrière, davantage dans une œuvre que dans un film commercial.

 

Vidéo : Bande-annonce d’Un Homme et son chien

 

 

Est-ce que vous avez eu besoin de le persuader pour qu’il accepte le projet ?

F. H. : Cela s’est fait de façon tout à fait intègre. Il avait décliné toutes les propositions qu’on lui avait faites de 2003 jusqu’à 2006. Il ne voulait pas revenir dans ce qu’il avait déjà fait. Et puis, Jean-Paul a toujours adoré ce cinéma-là, néoréaliste, cruel, dur.

 

Est-on intimidé lorsqu’on dirige Jean-Paul Belmondo ?

F. H. : J’ai eu en effet le trac face à Jean-Paul, comme je l’avais eu lorsque je l’avais dirigé au théâtre. Mais c’est un trac qui fait du bien parce qu’on mesure à quelle hauteur est la barre. Avec ce film, je succède également à tous les metteurs en scène magnifiques avec lesquels Jean-Paul a tourné, je me sentais vraiment tout petit. J’espère qu’après ce film je me sentirai un peu moins petit.

 

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