Aznavour : "il faut croire en son talent"

Charles Aznavour[Stan Honda / AFP]

C’est le dernier géant de l’âge d’or de la chanson française. A l’orée de ses 90 printemps, le grand Charles sillonne toujours les océans et les continents.

 

Entre deux tournées, le chanteur a signé une autobiographie touchante. Aznavour évoque avec lucidité sa carrière et sa vision du monde. L’artiste narre aussi son enfance de gamin arménien, devenu une vedette internationale. Tant que battra mon cœur (Don Quichotte) retrace la vie de bohême d’un artiste, toujours resté en haut de l’affiche.

 

Qu’est ce qui vous a motivé à écrire votre vie ?

Une personne avait déjà écrit sur ma vie. Je ne me suis pas reconnu dans le texte. J’ai eu l’impression qu’on avait oublié mes mots, mon langage. Il n’y a rien de plus important que le langage chez une personne. Avec mon éditrice Stéphanie Chevrier, j’ai donc décidé de rédiger ma première biographie. Je l’ai écrit comme je parle.

 

Vous évoquez beaucoup de tournées internationales. Comment avez-vous percé à l’étranger ?

Il faut savoir prendre des risques et faire preuve de maturité. Lors de voyages, j’ai dû accepter des cachets plus bas, ou épeler mon nom à des hôtesses d’hôtel qui n’avaient jamais entendu parler de moi. Il faut avoir confiance en soi tout en gardant son humilité.

 

Quelles sont les rencontres qui vous ont marqué ?

Charles Trenet, Edith Piaf et Maurice Chevalier ont changé ma vie. Si on additionnait ces trois talents, on obtiendrait le plus grand artiste du monde. Chevalier incarnait le charme et la réussite française à l’étranger. Trenet brillait par sa poésie et ses tenues scéniques, quand Piaf explosait d’émotions et de vérité sur scène.

 

V ous parlez des bides, les railleries des débuts. Comment avez-vous encaissé une telle pression ?

Il faut croire en soi et en son talent, sinon on devient revanchard, puis aigri. J’ai aussi toujours eu soif d’apprendre, car je sais qu’on demeure un peu ignare face à ce grand monde. Enfin, il faut savoir aller chercher son public, le captiver. J’ai joué de nombreuses premières parties de vedettes. Avant de réussir, je me suis pris plein de projectiles dans la figure, dont beaucoup de sous-bocks de bière.

 

Votre concert récent au Royal Albert Hall, à Londres a reçu beaucoup de critiques élogieuses. Quelle est votre recette pour rester au top ?

Je parle de ma vie. Je me livre au public et je fais de l’humour. Lors de ce concert, j’ai avoué aux anglais que je chantais en anglais avec un prompteur. Je leur ai avoir qu'on perd un peu la vue et les mots à presque 90 ans. Les spectateurs ont redoublé d’applaudissements. Lors d’un concert à l’Olympia, il y a 25 ans, j’avais déjà confié au public qu’une opération capillaire m’avait coûté le même prix qu’un aller-retour au Brésil en jet privé. Un artiste doit savoir oser. Le public aime entrer dans son intimité.

 

Emmenez-moi, La bohème, vos grandes chansons sont devenues des hymnes. Comment vivez-vous cette postérité ?

Je n’y pense pas. Succès ou échec, j’enchaîne sur l’écriture d’autres chansons. Il faut savoir se réinventer et ne pas stagner. Mon grand père disait : « L’eau stagnante sent mauvais ». On ne peut pas se reposer sur ses lauriers. Si je prenais la grosse tête, ma femme demanderait le divorce. Elle a épousé un homme, pas un chanteur.

 

Que pensez-vous de la chanson française actuelle ?

C’est pas mal. Il y a eu un trou noir après les Souchon et Goldman. Aujourd’hui, j’apprécie Benjamin Biolay et Bénabar. Je suis aussi heureux qu’il y ait de nombreuses femmes auteurs-interprètes telles qu’Olivia Ruiz ou La Grande Sophie. A une époque les grandes artistes telles que Barbara se comptaient sur les doigts de la main.

 

Quels sont vos projets futurs ?

Je souhaite faire un spectacle de toutes mes « faces B ». Ces chansons qui ne marchaient pas. « L’instant présent » est la chanson dont je suis le plus fier et sûrement celle qui a le moins marché. C’était une face B.  Je désire aussi écrire une chanson inspirée des Printemps arabes, je m’intéresse beaucoup aux faits de société. Je continue aussi mes tournées. Je pars bientôt en Australie.  

 

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Concert d'Aznavour : cinq chansons et puis s’en va

 

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