Emmanuel Petit : «L'écriture a été salvatrice»

L’ouvrage a été co-écrit avec Gilles Del Pappas, un spécialiste du polar.[©CHRISTOPHE SIMON / AFP]

Ultime buteur de la finale de la Coupe du monde 1998, Emmanuel Petit fait du polar son nouveau terrain de jeu. Disponible en librairies le 7 février prochain, «Dernier tacle» (éd. du Seuil) relate avec un suspense haletant une affaire de meurtre à l’Olympique de Marseille.

Commissaire du 36 quai des Orfèvres, Clémentine Paccini est en charge de l’affaire sulfureuse sur la FIFA lorsqu’elle apprend que Jo, l’entraineur charismatique du club phocéen, a été sauvagement assassiné sur la pelouse de la Commanderie, le centre d’entrainement marseillais. Dépêchée en urgence sur le lieu du crime, la jeune femme, au caractère bien trempé, tente d’élucider l’affaire dans ce monde masculin et machiste, quand d’autres meurtres se succèdent.

Entre corruption, faux-semblants, vengeance et tromperies, l’ancien international signe un premier roman palpitant, porté par une écriture fluide et une intrigue bien ficelée, qui ravira aussi bien les amateurs de suspense que ceux du ballon rond.

Après «À fleur de peau» et «Franc-tireur», deux ouvrages dans lesquels vous racontez votre histoire et votre philosophie du football, qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire un polar ?

J'ai plein d'histoires à raconter sur le football. Et je me suis dit que la fiction était le meilleur moyen de les partager et de faire passer un message, sans avoir de problème. Je suis parti d'un constat. Aujourd’hui le football a une telle résonnance, une telle puissance politique, économique et sociale, que des entités comme l’UEFA et la FIFA, peuvent mettre des États à genoux.

Et finalement, avec tous les enjeux qui gravitent autour de ce monde, il n’y a pas beaucoup de macchabées. Pourtant, vous avez des milliers de raisons de tuer quelqu’un : les paris sportifs, les transferts, une masse salariale, une femme trompée, une concurrence au sein d’un vestiaire, un agent véreux. Alors je me suis dit que j’allais mettre du cadavre. Et que la fiction me permettrait de laisser libre cours à mon imagination.

Pourquoi avoir choisi Marseille, et plus particulièrement La Commanderie, le centre d’entrainement de l’Olympique de Marseille, comme lieu du crime ?

Même si Paris est en train de les déloger, l’Olympique de Marseille est le club le plus populaire de l'Hexagone. Et le seul à avoir gagné une Coupe d’Europe en France. Il y a un contexte particulier à Marseille, c’est une ville hors-norme, qui vit et vibre en fonction des résultats de son équipe. Le football colle parfaitement à la cité phocéenne.

Mais en dehors du club en lui-même, je souhaitais évoquer les problématiques sociales que peuvent rencontrer les jeunes. Car il ne faut pas oublier que la majorité des joueurs professionnels sont issus d’un milieu populaire, voire précaire. On a tous ce point commun.

En choisissant une femme, en l’occurrence la jeune commissaire Clémentine Paccini, pour résoudre l’affaire, est-ce une manière de dénoncer le machisme dans l’univers du ballon rond ?

J’aime l’idée qu’une femme, qui plus est assermentée par la loi, vienne en talons aiguilles déranger ce milieu macho, bercé par la testostérone. Je voulais aller dans ce sens pour montrer que Clémentine Paccini n’arrive pas en pays conquis, et qu’elle va devoir jouer des coudes pour mettre tout le monde de son côté. C’était une évidence que la femme joue un rôle majeur dans mon livre.

J’ai connu une époque où Marianne Mako (pionnière dans le journalisme sportif), qui est décédée récemment, venait dans les vestiaires nous interviewer. Aujourd’hui c’est impensable. Mais il ne faut pas oublier que derrière chaque joueur, il y a une femme. Pour qu’un joueur se sente bien sur le terrain, il a besoin de la paix sociale à la maison.

Votre polar est-il inspiré d’anecdotes personnelles ?

Bien sûr. C’est mon vécu, mon expérience. Même si mon polar ne s’adresse pas uniquement aux passionnés de football, il y en a qui vont peut-être le lire, donc il faut que les faits soient cohérents.

Un exemple ?

Les tromperies entre joueurs par exemple (rires). C’est monnaie courante dans le milieu du football.

Y a-t-il un personnage de votre polar à travers lequel vous vous reconnaissez ? 

Oui, dans le personnage de Jo (l’entraineur de l’OM qui a été assassiné). Il va de foyer en foyer, il est orphelin et sans repère. Quand j’étais jeune, j’étais un vrai problème pour mes parents. J’étais à deux doigts de tomber dans la délinquance, j’étais un bagarreur, je volais. Je n’avais aucune sensibilité. Paradoxalement, je n’avais pas envie de faire mal aux gens, mais j’en éprouvais le besoin.

Et puis quand mes parents m’ont dit « On ne sait plus quoi faire de toi, on va t’envoyer dans une maison de correction », le football m'a sauvé. Il a été mon passeport pour ma liberté, mon émancipation, et mon ascenseur social. Et surtout, il a permis à mes parents d’être fiers de moi.

Quand vous est venue l’envie d’écrire ?

J’ai commencé à écrire quand j’avais 15 ans. Je tenais un journal. Quand vous partez très jeune de votre famille, vous avez cicatrices et un manque affectif. En guise de réconfort, certains utilisent l’amitié, se sociabilisent, d’autres la musique. Moi, c’était l’écriture.

Elle a été salvatrice. Écrire m’a permis d’aller au fond de moi-même, comme une auto-psychanalyse. J’avais beaucoup de démons à l’époque – j’en ai encore quelques-uns – mais j’en ai éradiqué beaucoup. Puis l’écriture a pris une place encore plus importante à la mort de mon frère aîné sur un terrain de foot, et à la signature de mon premier contrat professionnel.

À ce moment-là, tout s’est accéléré. J’éprouvais le besoin viscéral d’écrire tous les jours pour évacuer et me retrouver face à moi-même. Je n’étais pas un grand bavard, j’étais plutôt taciturne et caractériel. Je le suis toujours, mais beaucoup moins que par le passé. L’écriture permet de se confronter à sa propre réalité, sans faux-semblants. C’est un mécanisme que j’ai intégré rapidement. À défaut de parler aux gens, je parlais avec un stylo.

Quelles sont vos auteurs de polars préférés ?

Je suis un grand fan d’Agatha Christie. J’ai lu quasiment tous ses livres. J’aime me plonger dans un monde de fiction où l’écrivain m’entraîne dans sa folie démesurée. J’ai besoin que l’on me surprenne, que l’on me choque, et le polar est parfait pour ça.

Avez-vous un autre projet d’écriture en cours ?

Oui, on s’est engagé pour une trilogie. Dans le deuxième ouvrage, on a prévu de faire voyager un serial killer au sein de l’équipe de France, traqué par la même héroïne, la commissaire Clémentine Paccini. Quant au troisième opus, il traitera de la pédophilie dans le monde du football. Beaucoup de personnes ont été condamnées ces deux dernières années, notamment en Angleterre. Les langues de délient. Mais la pédophilie reste un sujet tabou. D'autre part, j'ai été contacté par une société de production et il n’est pas impossible que la trilogie soit adaptée prochainement à la télévision sous forme de série. Affaire à suivre.

À quelques mois de la Coupe du monde féminine, quel regard portez-vous sur le football féminin ?

Le football féminin progresse beaucoup. À la fois dans les qualités intrinsèques des joueuses, mais aussi dans l’approche tactique, physique et mentale. Je leur souhaite de pouvoir grandir d’avantage, mais cela passera par une structure plus cohérente et importante, au niveau national et international.

Les préjugés ont la peau tenace mais quand je vois le parcours effectué depuis quelques années, c’est très encourageant. Si ça continue, le football féminin deviendra un vrai produit pour les télévisions. Sans compter que la discipline est un bon exemple. Dans le football féminin, ça ne triche pas, ne crache pas toutes les 30 secondes, et ça ne vient pas mettre la pression à l’arbitre.

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