Festival de Cannes : Les 10 Palmes d'Or qui ont fait le plus d'entrées

Le réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda a reçu la Palme d'Or le 19 mai 2018, pour son film Une affaire de famille[©Loïc Venance/AFP]

Pour tout réalisateur, la récompense décernée chaque année depuis 1946 par le Festival de Cannes (elle s'appelle Palme d'Or depuis 1955), est un Graal. En principe, elle est synonyme d'entrées supplémentaires en salles, à l'image du Prix Goncourt pour la littérature. Voici le Top 10 des films palmés à Cannes qui ont le mieux marché dans les salles françaises.

Avec un constat : décennies après décennies, l'effet Palme d'Or diminue. Entre autres raisons possibles, la baisse globale de la fréquentation annuelle, qui est passée dans l'Hexagone de plus de 350 millions d'entrées en salles dans les années 1950, à tout juste 200 millions depuis quelques années. Et la plus grande concurrence, davantage de films sortant désormais chaque semaine.

Entre 2000 et 2019, parmi les films primés sur la Croisette, seul Fahrenheit 9/11, le documentaire sur le président américain George W. Bush signé Michael Moore, a franchi la barre des 2 millions d'entrées en France. Ils étaient 16 dans ce cas entre 1949 et 1999. A noter que la date est celle de la remise du prix, et non de la sortie en salles.

le salaire de la peur (1953) : 6 950 000 entrées

Film franco-italien réalisé par Henri-Georges Clouzot, Le salaire de la peur est un chef d'oeuvre de tension. On suit, la peur au ventre, le parcours semé d'embuches de deux camions remplis de nitroglycérine prêts à exploser, et de leur quatre chauffeurs, en Amérique latine, avec pour objectif de faire sauter un puit de pétrole ravagé par un incendie. Yves Montand et Charles Vanel sont inoubliables dans les rôles principaux de ces damnés de la Terre qui n'ont que leur «peur à vendre». 

 Le troisième homme (1949) : 5 700 000 entrées

Ce film noir, réalisé en 1948 par Carol Reed, dans une Vienne encore en ruine, raconte l'étrange parcours d'un écrivain américain venu dans la ville autrichienne, encore partitionnée entre alliés, pour retrouver un ancien ami d'études. Une fois sur place, c'est à son enterrement qu'il va assister. Mais les choses se compliquent rapidement, sur fond de trafic de pénicilline. C'est toujours un chef d'oeuvre incontournable, que le British Film Institute a placé en tête de son classement des meilleurs films britanniques. Les raisons ? Gardons le jeu d'une incroyable justesse de tous les acteurs, le jeune Orson Welles en tête, la mise en scène pleine de trouvailles, une dernière séquence d'anthologie, et la fameuse musique d'Anton Karas à la cithare

quand passent les cigognes (1958) : 5 414 000 entrées

Ce film soviétique de Mikhaïl Kalatozov, aux multiples symboliques, épouse le point de vue de Veronika, l'héroïne qui attend le retour de son fiancé Boris du front de la Seconde Guerre mondiale. Elle se laisse séduire par l'égoïste Mark, le cousin de Boris, qui la délaisse. Elle s'implique alors davantage dans le conflit, et y découvre les horreurs de la guerre. Grande fresque historico-sentientale comme savent les faire les russes, Quand passent les cigognes vaut surtout pour les trouvailles de mise en scène et de photographie du chef opérateur Segueï Ouroussevski : plans séquences, panoramiques, scènes de foules,...qui font encore de ce long métrage une référence du genre.

le monde du silence (1956) : 4 640 000 entrées

Si le monde entier, et particulièrement la France, connait le Commandant Cousteau, c'est à ce film documentaire qu'il le doit. Deuxième film seulement au monde à diffuser des images de plongée sous marine en couleur, Le monde du silence est aussi la première réalisation de Louis Malle, alors assistant de Cousteau, et tout frais sorti de son école de cinéma. Avec le recul, ce film permet surtout de constater l'évolution de la conscience écologique. Cachalot lacéré par les palmes du navire puis achevé au fusil, requins massacrés, explosion de récifs à la dynamite,...L'équipe de la Calypso passerait de nos jours, au mieux pour des inconscients, au pire pour des barbares.

apocalypse now (1979) : 4 538 000 entrées

Considéré, à juste titre, comme l'un des plus grands films de l'histoire, Apocalypse Now est l'un des rares long métrages façon blockbuster à avoir été primé, et rencontré le succès dans le monde entier. Le tournage, autant que le film, est une aventure, voir...un enfer. Il failli d'ailleurs signer la fin de la carrière de Francis Ford Coppola, qui hypothéqua tous ses biens pour financer un budget passé de 10 à...30 millions de dollars. Acteurs malades, typhon sur le tournage, problèmes logistiques, casting à cran, on peut avancer que c'est bien la Palme d'Or qui sauva le réalisateur américain. Marlon Brando, Martin Sheen, Robert Duvall ou encore Denis Hopper et Harrison Ford incarnent les personnages dans cette immersion au coeur de la jungle vietnamienne, en pleine guerre froide, sur fond de Doors et de Wagner. 

un homme et une femme (1966) : 4 269 000 entrées

Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant resteront à jamais, grâce à ce film de Claude Lelouch, comme un des couples mythiques du cinéma. Leurs personnages, deux veufs toujours en deuil, vont se croiser, se séduire, se quitter pour mieux se retrouver dans une folle passion. Avec cette romance, Claude Lelouch remporta aussi l'Oscar du meilleur film étranger, et su comme personne transposer avec grâce et tendresse au cinéma un marivaudage, pou ren faire sa marque de fabrique. Qui n'a jamais entonné le fameux «Dabadabada dabadabada», du thème original, signé Francis Lai et chanté par Nicole Croisille ? Le morceau est presque devenu l'hymne du cinéma français à lui tout seul.

ORFEU NEGRO (1959) : 3 697 000 ENTRÉES

L'histoire de ce film, réalisé par Marcel Camus, est un enchantement, tout comme l'oeuvre elle-même, sa réception critique et publique, sa musique et ses récompenses. Tiré d'une pièce de théâtre de l'immense artiste brésilien Vinicius de Moraes, il transpose le mythe d'Orphée et Eurydice dans les favelas de Rio, pendant le carnaval, et dépeint donc l'amour impossible entre les deux brésiliens issus de la communauté noire. La bande originale, faite de classiques de la bossa nova et du jazz, le casting de non professionnels, l'exotisme et la sensualité de l'ensemble lui ont offert un immense succès, dans le monde entier, et a participé à la passion des Brésiliens pour la culture française de l'époque, avec pour point culminant l'adoration portée à une certaine...Brigitte Bardot, quelques années plus tard. 

LE GUÉPARD (1963) : 3 688 000 ENTRÉES

Attention, casting en or massif. Ce film nostalgique de Luciano Visconti, qui connut de nombreuses difficultés financières pour boucler le budget, est un superbe exemple de l'adéquation entre les acteurs et leur rôle, avec le succès que l'on connait. Burt Lancaster, en aristocrate mélancolique au soir de sa vie, Claudia Cardinale, à la beauté époustouflante, ou encore le jeune Alain Delon, lui aussi sublime, donnent corps à cette fresque historique située en Sicile, alors que le général Garibaldi vient de débarquer sur l'île et compte mettre la vieille aristocratie italienne à la botte d'une république naissante. La fameuse scène du bal, éclairée à la bougie, reste un sommet du 7eme art.

M.A.S.H. (1970) : 3 656 000 ENTRÉES

Film réalisé par Robert Altman en 1970, M.A.S.H. est un condensé de l'esprit libertaire qui règne à l'époque, y compris sur le cinéma mondiale. Toujours considéré comme l'un des plus grands films de l'Histoire aux Etats-Unis, cette comédie satirique confronte l'univers militaire-ici un hôpital de campagne de l'armée américaine en Corée pendant la guerre de 1951-à deux nouveaux médecins appelés en renfort, et bien décidés à dérider par tous les moyens les équipes présentes. Pour Robert Altman, le but était clairement de provoquer le spectateur en le faisant réflechir à l'absurdité des actions de l'homme et ses effets néfastes sur le monde. La critique s'en délecta, et le film connu une seconde vie à grand succès sur le petit écran, décliné en une série éponyme diffusée de 1972 à 1983.

la loi du seigneur (1957) : 3 052 000 entrée

Autre temps, autres moeurs. Loin des films polémiques, élitistes ou confidentiels qui ont les faveurs du jury pour l'attribution de la Palme d'Or, La loi du seigneur, réalisé en 1956 par William Wyler, avait surtout marqué les esprits à cause de la polémique née de la proposition de nomination aux Oscars du scénariste Michael Wilson, connu pour ses affinitées communistes. En pleine période de maccarthysme, la chasse aux sorcières des intellectuels séduits par le socialisme battait son plein, et la nomination passa à la trappe. Il fallut attendre 2002 pour que la nomination soit rétablie. 

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