4 leçons à tirer après la sortie d'Avengers - Endgame

La décennie qui s'achève est celle du succès sans limites pour les studios Marvel. La décennie qui s'achève est celle du succès sans limites pour les studios Marvel. [© 2018 Marvel]

Depuis mercredi 24 avril, le plus grand rassemblement de super-héros de l'histoire du cinéma fait feu de tout bois sur les écrans, avec la sortie du film Avengers : Endgame. Comme son titre l’indique, il s’agit bien du chapitre final des aventures entamées par Iron Man et ses comparses en 2008, soit 22 films. De quoi tirer les enseignements de cette décénnie Marvel, à l'aune de l'ultime chapitre des Avengers.

Un ultime chapitre pour remercier les fans

Depuis 2012 et le rachat de Lucasfilm, nombreux sont ceux qui ont critiqué les studios Disney pour leur approche des derniers volets de l'univers Star Wars, entre non respect de la mythologie déjà existante, volonté de renouvellement pour embarquer les nouvelles générations de spectateurs, et consumérisme sans limite, quitte à froisser même le créateur de cette galaxie, George Lucas, ou l'une de ses icônes, Mark Hamill aka Luke Skywalker.

Les studios Marvel, qui appartiennent eux-aussi à Disney, semblent avoir évité cet écueil avec Avengers : Infinity War, puis désormais Endgame. Il n'y avait qu'à entendre ou lire les premières réactions à la sortie des salles pour constater l'enthousiasme, l'émotion et, déjà, la nostalgie des fans. Sans jamais se renier, Marvel a en effet su adapter par petites touches sa saga, dont on retrouve un véritable condensé dans le dernier volet sorti cette semaine, multi-référencé, truffé de flashbacks, et où chaque protagoniste a droit à son anecdote, sa minute de gloire ou son ultime révélation. Les conflits anciens, comme celui qui agitait Iron Man et Captain America, trouvent leur dénouement.

Des scénarios au déroulé quasi identique comme dans les contes pour enfants, des touches d'humour et de second degré de plus en plus présentes, à l'image de la franchise Thor, les caméos de Stan Lee en forme de clin d'oeil aux adeptes des versions comics, les cross-over qui rassurent et donnent l'impression au spectateur d'avoir lui aussi participé à cet album de famille de héros, et d'avoir vu le temps filer en leur compagnie... Ce pot de départ est une réussite pour les fans, qui ont accompagné comme un seul homme l'appel des réalisateurs/frères Russo à ne pas spoiler le moindre indice quant au contenu du film.

Des super-héros si humains à l'heure de la retraite

Ils ont traversé le globe, voire pour certains l'univers, ont affronté les plus grands vilains de l'Histoire, résistés aux pires dangers, mais ces héros-là ont avant tout l'humanité chevillée au corps, et n'ont jamais été aussi «vivants». Et le final apocalyptique du premier volet Avengers : Infinity War leur en donne vite l'occasion, tout comme l'entame de Endgame. Alors que la moitié de l'Humanité a disparu après le claquement de doigts de Thanos, on retrouve les super-survivants englués dans un quotidien tout sauf héroïque.

dm_img_secondaire_ttr9000_v003.1004.jpg

Captain America fait de l'auto-persuasion dans un groupe de paroles post-traumatique, la Veuve noire désespère de retrouver son Hawkeye favori -parti passer ses nerfs et la disparition de sa famille sur les premiers coupables venus- et Hulk a même réussi à humaniser sa carcasse de géant vert, devenue un prétexte à selfies pour les enfants, en faisant la synthèse du muscle et de l'esprit. Thor, lui, adopte le mode de vie en pente descendante d'un dépressif lambda : régime bière-pizza avec ses derniers amis fidèles, et gilet sans forme pour cacher une bedaine indigne d'un dieu. Pour d'autres, la vie de famille est devenue la priorité, la transmission n'est plus celle d'un héros à son successeur, mais celle d'un père à son fils. La fin du film confirme d'ailleurs cette approche : lors de leurs nombreux allers-retours dans le temps et la dimension quantique, certains Avengers en auront profité pour modifier le cours du temps et du futur, préférant alors sacrifier leur pouvoir pour goûter aux très humaines passions de l'amour et de la vie de couple. Même l'humanoïde Nebula, plus proche d'une machine que d'une femme, semble retrouver un coeur à l'heure de tirer sa révérence. 

Une franchise à renouveler

Le titre-Endgame- l'a donc annoncé dès le départ, ce volet est celui de la mise à la retraite de nombreuses icônes présentes depuis 2008, comme le prouve d'ailleurs la fin de contrat avec les studios Marvel de certains des acteurs, comme Robert Downey Jr. (Iron Man), Chris Evans (Captain America), Scarlett Johansson (Black Widow), Chris Hemsworth (Thor) ou encore Mark Ruffalo (Hulk). Pour leurs personnages, cela se traduit par la mort pour certains d'entres eux, pour d'autres, c'est le choix d'une vie à hauteur d'homme qui les fait sortir de l'équipe. Avengers : Endgame est d'ailleurs le seul film Marvel à ne pas avoir de scène post-générique, preuve qu'il n'y aura pas de suite immédiate. Même si l'on sait désormais qu'il faudra attendre le prochain Spider-man Far From Home, début juillet, pour le passage de témoin vers une nouvelle phase du fameux MCU (Marvel Cinematic Univers), les derniers films donnent déjà une idée du virage pris par les studios Marvel, et leur obligation de sans cesse élargir la fan base, et attirer les nouvelles générations vers les exploits admirés par leurs ainés.

Les minorités et communautés vont être valorisées, à l'image du gros succès Black Panther, qui sera de retour en 2021, ou encore de Shang-Chi, maitre du Kung-Fu, prévu la même année. Kevin Feige, président de Marvel Studio, avait même laissé entendre que deux héros LGBTQ auraient aussi leur film, dont l'un est déjà apparu dans Thor : Ragnarok (on pense donc à Valkyrie, présentée comme bisexuelle dans les comics).

Autre mouvement de fond qui a touché Hollywood, puis les sociétés du monde entier, la place des femmes dans l'imaginaire et le divertissement. Après la multiplication des super-héroïnes (Black Widow, La Guêpe) accompagnatrices, des scènes «Girl power» comme dans Black Panther ou Avengers : Endgame, place désormais aux rôles de premier ordre, amorcés avec Captain Marvel, campé par Brie Larson, et qui vont se poursuivre avec Black Widow en 2020, un deuxième Captain Marvel, et, peut-être un film consacré à Valkyrie.

Un film 100% super-héroïne n'est pas encore au programme, mais, toujours selon Kevin Feige, il devrait y avoir au final plus de femmes que d'hommes dans la galaxie Marvel. Enfin, pour être sûr que les plus jeunes accrocheront et suivront les exploits futurs de leurs icônes, les projets se précisent concernant Miss Marvel, les Jeunes Avengers, et Cassie, la fille d'Ant-Man.

Une suprématie économique à préserver

Flatter les envies des fans et suivre l'air du temps est une chose, en faire des bénéfices en est une autre, que Disney maîtrise désormais à la perfection. Non content d'avoir racheté les studios d'animation Pixar en 2006, puis Lucasfilm (Star Wars) en 2012, son association avec les studios Marvel, depuis 2009, lui permet d'intégrer à son catalogue une foule de super-héros. Si l'industrie du divertissement n'échappe pas au bilan comptable, celui des studios Marvel est tout simplement exceptionnel, et les chiffres donnent le tournis.

marvel-cinematic-universe-600x300-1.jpg

Dix ans après l'Iron Man de 2008, Marvel battait déjà le record de recettes mondiales obtenues par une franchise au cinéma, avec plus de 18,5 milliards de dollars de recettes au box-office mondial. En tête de gondole, les locomotives Black Panther et Avengers : Infinity War, respectivement troisième et quatrième films les plus rentables de l'histoire (chaque épisode d'Avengers a réalisé plus d'un milliard de dollars de recette). Le dernier volet, Avengers : Endgame, pourrait d'ailleurs aller encore plus loin. Le nombre de préventes a explosé, et, avec la manne accumulée depuis une décennie, les studios ont pu s'offrir une campagne de communication phénoménale à 200 millions de dollars de publicité, soit 50 millions de plus qu'Infinity War.

Comme des papillons attirés par la lumière, les fans ont eux-aussi participé à cette course aux records : début décembre, en 24 heures, 289 millions de personnes avaient visionné sur Twitter la première bande annonce du dernier volet. Et puisqu'il faut bien nourrir cette poule aux oeufs d'or, la maison mère Disney a continué ses grandes manoeuvres. Telle une étoile géante au coeur du système hollywoodien, elle a attiré cette année dans ses filets la vénérable 21th Century Fox.

Si on prend en compte l'accord passé avec Sony en 2015 pour l'utilisation de Spider-man, les écuries de super-héros se bousculent désormais chez Mickey, y compris les X-Men, Deadpool et les Quatre fantastiques, qui pourraient selon les envies des scénaristes, mais surtout des producteurs, faire leur entrée dans le MCU de Marvel, et multiplier les cross-over et autres clins d'oeil. De quoi attirer un public toujours plus nombreux, diversifié en âge ( comme celui des X-Men et de Deadpool) comme en mode de consommation. Le tout sans compter les innombrables déclinaisons, déjà existantes, dans les parcs de loisirs, les salles de spectacles, l'offre VOD à l'immense catalogue, les franchises, et les jeux vidéos.

Avec six films prévus avant 2022, les studios DC comics, éternels rivaux et propriétaires des licences telles que Batman, Superman, Wonder Woman ou encore Flash et Suicide Squad, seront bien les seuls à espérer pouvoir rivaliser face aux huit films prévus par Marvel sur la même période, sachant que son PDG Kevin Feige a déjà prévu son agenda de production jusqu'en... 2024. Décidément, chez Disney, on ne connaît pas l'indigestion.

Vous aimerez aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles