Molières 2019 : où voir les pièces nommées encore à l'affiche

JOEL SAGET / AFP Quinze pièces parmi la quarantaine en lice pour les Molières 2019 sont toujours à l'affiche.

Alors que la 31e cérémonie des Molières se tiendra lundi 13 mai, récompensant les meilleures pièces, comédiens, comédiennes, metteurs en scène… de théâtre privé et public de la saison, quelles sont les pièces nommées toujours à l’affiche ?

Quinze des quarante-deux pièces en lice pour l’une des dix-neuf statuettes sont toujours programmées. Comédies, classiques, spectacles musicaux, seuls en scène, one man, tous les genres sont représentés.  

Girls and boys : à voir de toute urgence 

Il va falloir aménager son emploi du temps pour découvrir ce récit poignant et piquant, porté par l’impeccable Constance Dollé. Nommé dans la catégorie seul en scène, ce monologue narrant l’histoire d’une femme moderne et de son couple « parfait » jusqu’aux premiers grains de sable dans l’engrenage et ce tournant inattendu, est encore à l’affiche pour quatre représentations au Petit Saint-Martin. Et tout dans cette adaptation de la pièce du britannique Dennis Kelly est une réussite. Ecriture mordante, jeu impeccable, tension dramatique, scénographie originale, dès la première phrase - «J’ai rencontré mon mari dans la file d’embarquement d’un vol Easyjet et je dois dire que cet homme m’a tout de suite déplu» Constance Dollé embarque le public pour ne plus le lâcher.  Attablée, entourée de cinq spectateurs volontaires qui partageront tout le temps de la représentation à ses côtés, la comédienne et ce texte font sensation.

Les 10, 11 17 et 18 mai «Girls and boys», Théâtre du Petit Saint-Martin, Paris.  

Le Misanthrope campé par Lambert Wilson 

En lice pour le Molière du comédien de théâtre privé pour son rôle d’Alceste dans «Le Misanthrope», Lambert Wilson est toujours sur scène au Comedia. Dirigé par le grand metteur en scène allemand Peter Stein, Lambert Wilson qui en 2013, aux côtés de Fabrice Luchini, donnait à voir à l’écran quelques savoureuses répétitions de ce classique de Molière dans «Alceste à bicyclette», long métrage de Philippe Le Guay, met cette fois sa verve au service de ce personnage sans concession, honnissant la trahison, les faux semblants et la comédie humaine. Une pièce de troupe qui vaut également à Brigitte Catillon, une nomination pour le Molière de la comédienne dans un second rôle. 

Jusqu’au 18 mai, «Le misanthrope», Théâtre Libre Le Comedia, Paris.  

Rachida Brakni à Marseille dans «J’ai pris mon père sur mes épaules»

Nommée pour le Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre public, Rachida Brakni, qui partage en autres l’affiche avec Philippe Torreton, est en tournée à Marseille du 16 au 18 mai avec «J’ai pris mon père sur mes épaules». Cette nouvelle pièce de Fabrice Melquiot, nommé, de son côté, pour le Molière de l’auteur francophone vivant raconte une épopée contemporaine, celle d’un père condamné par la maladie et de son fils, tout en s’interrogeant sur le monde d’aujourd’hui. 

Jusqu’au 18 mai, J’ai pris mon père sur mes épaules, Théâtre du Gymnase, Marseille. 

«Mademoiselle Molière» ou les coulisses d’un couple mythique  

Nommée dans deux belles catégories, «Mademoiselle Molière» poursuit son exploration du couple Molière et Madeleine Béjart, sa compagne pendant vingt ans, avant que Jean-Baptiste Poquelin n’épouse la fille de cette dernière, de 20 ans sa cadette, est toujours à l’affiche du théâtre Rive Gauche. Une plongée dans les coulisses d’un couple qui a marqué l’histoire du théâtre, en compétition pour le Molière de la meilleure pièce de théâtre privé, qui vaut également à Anne Bouvier, une nomination pour le Molière de la comédienne. 

Jusqu’au 25 mai, «Mademoiselle Molière», Théâtre Rive gauche, Paris.

Blanche Gardin affiche malheureusement complet  

Ce sont certainement les billets les plus convoités du moment.  Si Blanche Gardin reprend son excellent seul en scène «Bonne nuit Blanche», à l’Européen puis à la Cigale en mai, les retardataires vont devoir guetter l’ouverture de nouvelles dates, car toutes affichent pour l’instant complet.  Il faut dire que l’humoriste, nommée pour la deuxième année consécutive au Molière de l’humour, fait à nouveau sensation avec ce stand-up corrosif. En 2018, elle avait déjà raflé cette statuette, qu’elle s’était d’ailleurs remise à elle-même. 

Jusqu’au 18 mai à l’Européen et du 22 mai au 1erjuin à la Cigale. Complet.  

Le Canard à l’orange : la comédie aux sept nominations 

Avec sept nominations dont le Molière de la meilleure comédie, c’est la grande favorite de cette 31e cérémonie. Il faut dire que ce «Canard à l’orange» mérite bien une étoile. Monté par Nicolas Briançon, qui rafle au passage deux nominations dans les catégories metteur en scène et comédien, ce classique de la comédie de boulevard signé William Douglas Home enchaîne drôleries et bons mots, interprétés avec panache et fantaisie.  Près de cinquante ans après Jean Poiret, Nicolas Briançon se glisse avec succès dans le rôle de Hugh Preston. Il met toute sa folie douce et son excentricité au service de son personnage qui vient d’apprendre que sa femme Liz - l’éclatante Anne Charrier nommée au Molière de la comédienne - a un amant, et qu’elle compte partir avec lui. En honnête homme, il lui propose de prendre les torts du divorce à sa charge, et invite l’amant - François Vincentelli, lui aussi, nommé pour le Molière du comédien dans un second rôle - pour le week-end. Une troupe complice qui sert cette délicieuse friandise sur un plateau d’argent.

Jusqu’au 2 juin, «Le canard à l’orange», Théâtre de la Michodière, Paris. 

Une dégustation réussie avec Isabelle Carré et Bernard Campan 

En compétition dans quatre catégories dont la meilleure comédie, cette pièce est à déguster sans modération. Et pour cause, dix-huit ans après s’être donné la réplique dans « Se souvenirs des belles choses », Isabelle Carré et Bernard Campan, respectivement nommés pour le Molière de la comédienne et du comédien de théâtre privé, sont réunis sur scène et forment, à nouveau, un couple irrésistible. Dans cette  pièce pleine d’humour d’Ivan Calbérac (L’étudiante et Monsieur Henri, Venise n’est pas en Italie) ils se retrouvent, cette fois, dans une petite boutique de vin, tenue par Jacques, patron bourru campé par Bernard Campan. Sa rencontre avec Hortense, lumineuse Isabelle Carré dans la peau d’une presque vieille fille catho fleur bleue, et Steve, un petit délinquant, va bousculer ses certitudes. Répliques savoureuses, rires continus, séance de dégustation drolatique, mais aussi émotions, émaillent cette comédie romantique contemporaine assurément réussie.

Jusqu’au 16 juin, «La dégustation», Théâtre de la Renaissance, Paris.  

L’humour de Caroline Vigneaux célébré au grand Point virgule

Qui a dit que les féministes n’avaient pas d’humour ? Certainement pas Caroline Vigneaux qui avec son troisième one man show «Caroline Vigneaux croque la pomme», nommé au Molière de l’humour, signe un spectacle résolument féministe et terriblement drôle. L’occasion pour cette ex-avocate, venue au one man en 2008, de remonter le temps d’Adam et Eve à aujourd’hui et de décrypter, textes de loi résolument cocasses à l’appui, le long chemin parcouru par la gent féminine pour faire valoir leurs droits. Un passage irrésistible qui vaut à lui seul le détour.  

Jusqu’au 8 juin, «Caroline Vigneaux croque la pomme», Grand Point-Virgule, Paris et les 20 et 22 juin à Bobino, Paris.  

Kean et ses cinq nominations reprennent du service 

Avec cinq nominations dont une dans la catégorie Molière de la meilleure pièce de théâtre public, « Kean » d’Alexandre Dumas a fait son effet cette saison. Devant ce succès, la pièce joue les prolongations à partir du 9 mai et jusqu’au 30 juin au théâtre de l’Œuvre. Montée par l’excellent Alain Sachs, elle met en scène les aventures de Kean, fameux acteurs anglais que tout le Londres du 19esiècle vient acclamer. Mais qui est au fond ce personnage excentrique, excessif, passionné, coureur de jupon qui, un soir, en pleine représentation d’Othello va exploser. Se serait-il laissé dévorer par ses personnages ? Une pièce qui vaut à quatre de ses comédiens d’être nommés respectivement dans la catégorie meilleur second rôle (Pierre Benoist, Jacques Fontanel, Sophie Bouilloux) et révélation féminine (Justine Thibaudat).

Jusqu’au 30 juin «Kean», Theatre de l’œuvre, Paris.  

Les crapauds fous : une histoire vraie incroyable saluée à juste titre

La «petite» pièce qui monte, qui monte, qui monte et décroche trois nominations. Alors qu’elle concourt pour le Molière de la meilleure pièce de théâtre privé, et vaut à son auteur Mélody Mourey deux nominations, dans les catégories meilleur auteur francophone vivant et meilleur metteur en scène,  «Les crapauds fous» sont un petit bijou. Créée en avril 2018 au Ciné XIII théâtre, elle retrace l’incroyable histoire vraie de deux médecins pendant la seconde guerre mondiale, qui pour sauver leur village montent un subterfuge tout simplement fou. Une pièce vive, drôle et inspirante, portée par neuf comédiens, qui sur scène campent la vingtaine des protagonistes de ce récit et embarqueront le public dans cette véritable comédie d’aventure. 

Jusqu’au 30 juin, Les crapauds fous, Le Splendid, Paris. 

Chicago une nomination attendue toujours à Mogador  

A l'affiche de Mogador jusqu’au 30 juin, la comédie musicale «Chicago» est tout naturellement en lice pour le Molière du spectacle musical. Il faut dire que ce grand spectacle a tout pour plaire. Une histoire au parfum de scandale parfaitement adaptée en français. Des chansons, elles aussi interprétées en français, pétries d’humour. Un jazz band situé au milieu de la scène qui fait sensation. Des interprètes charismatiques qui donnent, à ce spectacle culte créé en 1975 par Bob Fosse et remonté en 1996 pour ne plus jamais quitter l’affiche de Broadway, toute sa saveur. Sans décor, usant de seulement quelques accessoires - chaises, échelles et plumes - «Chicago» laisse tout sa place au chant, à la danse et à cette histoire d’adultère, de meurtre, de corruption et de manipulation teintée d’un humour résolument mordant et racontée en vingt et un tableaux, tous plus efficaces les uns que les autres. Assurément cette version française emporte l’adhésion. 

Jusqu’au 30 juin, «Chicago», Théâtre Mogador, Paris. 

Chance ! la comédie musicale déjantée 

Face à «Chicago», «Chance !», comédie musicale déjantée concourt, elle aussi, pour le Molière du spectacle musical. Dans ce cabinet d’avocats pas vraiment comme les autres, les salariés chantent, dansent et espèrent gagner au loto plutôt que de travailler, faisant de ce spectacle un show haut en couleur original. 

Jusqu’au 30 juin, «Chance !», Théâtre de la Bruyère, Paris.  

Ich Bin Charlotte : un seul en scène fort 

Présenté l’été dernier au festival Off d’Avignon, « Ich Bin Charlotte » est, de son côté, en compétition pour le Molière du seul en scène. Interprétée par Thierry Lopez et mis en scène par Steve Suissa, cette pièce de Doug Wright, prix Pultizer 2004 du texte dramatique, retrace l’histoire de Charlotte, une femme piégée dans un corps d’homme, ayant survécu au nazisme et au communisme. 

Jusqu’au 10 juillet, «Ich bin Charlotte», Théâtre Poche Montparnasse, Paris. 

Un cœur simple : le portrait touchant d’une servante

Adaptée de la nouvelle de Gustave Flaubert, «Un cœur simple» sera en concurrence avec «Ich Bin Charlotte», dans la catégorie seul en scène. Également joué au théâtre Poche Montparnasse, ce solo porté par Isabelle Andréani dresse le portrait subtil et touchant d’une servante au 19esiècle : Félicité. 

Jusqu’au 30 juin, «Un cœur simple»,  Théâtre Poche Montparnasse, Paris.

La machine de Turing et ses quatre nominations 

"La machine de Turing", qui a brisé le code secret de l'Enigma allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, concourt enfin dans quatre catégories dont celle du meilleur comédien et du meilleur auteur francophone vivant pour Benoît Solès, notamment salué pour son interprétation du mathématicien britannique. Un personnage historique, qui malgré ses services rendus à la nation a été condamné pour homosexualité avant de se suicider. Ce récit inspiré de l’histoire vraie d’Alan Turing fait également l’objet d’une nomination pour le Molière  de la meilleure pièce de théâtre privé et celui de la mise en scène, pour Tristan Petitgirard. 

Jusqu’au 31 août, «La machine de Turing», Théâtre Michel, Paris.  

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