La semaine de Philippe Labro : Le seigneur des circuits, les rois de la Croisette

Niki Lauda, décédé à 70 ans, état un pilote d'exception, à la volonté acharnée et à la soif de succès sans limite. [LaPresse / ICON SPORT]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

LUNDI 20 MAI

C’est dans la soirée qu’un étonnant personnage s’est éteint, à 70 ans : Niki Lauda. Toute la presse va raconter la vie et les combats de ce triple champion du monde de Formule 1, dont son ami Alain Prost a dit : – C’était un seigneur. De la part d’un homme au vocabulaire toujours pesé et choisi, le mot «seigneur» prend toute sa dimension.

Histoire unique que celle de ce prodige autrichien, enfermé dans la carcasse de sa Ferrari en feu, en août 1976, sur le circuit de Nürburgring, sauvé par trois pilotes qui vont l’extraire du cockpit, découvrant des brûlures ineffaçables sur ce qui avait été un beau visage lisse et fin. Il va stupéfier les gens – sportifs, grand public, journalistes – en revenant dans la course, seulement six semaines après son accident. Il décrochera de nouveaux titres jusqu’au milieu des années 1980. Un caractère fait de volonté acharnée, une vista, une soif de succès et de défis (171 Grands Prix, 25 victoires).

Un «seigneur» que j’avais pu apercevoir, à Monte-Carlo, un après-midi, à la veille d’une course, et dont la physionomie m’avait sidéré : il avait des yeux vifs et ardents, il se déplaçait comme un animal silencieux. Il n’y avait aucune douceur, aucune com­plaisance, aucune facilité dans ses propos, comme dans ses gestes. Aucune arrogance, néanmoins. Tout était précis chez lui, on ne peut guère s’étonner qu’Alain Prost l’ait surnommé «l’ordinateur».

MARDI 21 MAI

J’assiste à la remise du prix Roger-Nimier à Arnaud de La Grange pour son roman Le huitième soir, paru récemment chez Gallimard. En 160 pages, ce grand reporter, responsable du service international du Figaro, raconte les derniers jours d’un jeune officier dans l’enfer de Diên Biên Phu, en faisant se croiser la réalité et la fatalité de la guerre, à travers les souvenirs du narrateur, les femmes qu’il a aimées, dont sa mère. Moment convivial et confraternel dans ce salon Roger-Nimier, au Fouquet’s, au premier étage, qui a survécu aux destructions récentes.

VENDREDI 24 MAI

Nous voici à la veille d’un week-end de décisions. L’une, sans doute assez futile, l’autre, plus conséquente. C’est ainsi que demain, on connaîtra les choix établis par le jury du 72e Festival de Cannes. Chacun y va de son pronostic. Ça bruisse, ça babille, ça bourdonne, ça murmure, ça fourmille, la machine à faire du buzz, de l’info, du «je sais tout», fonctionne à plein régime, comme chaque année à la même date. Toute la question est de deviner si les valeurs établies (les frères Dardenne, Ken Loach, Almodovar et Tarantino) l’emporteront sur les plus inédits, les plus jeunes. 

Je n’ai vu aucun des films en compétition, sauf un, qui faisait partie de la sélection de la Quinzaine des réalisateurs, Alice et le maire, un film français de Nicolas Pariser, qui sortira fin octobre, avec Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier. En incarnant le maire d’une grande ville, fatigué, revenu de tout, pliant sous le poids de l’expérience et de l’âge, Luchini démontre ce que l’on sait tous : il est un très grand comédien. Un maître. Quant à Anaïs Demoustier, la justesse et le naturel de sa prestation, celle d’une jeune philosophe à qui l’on confie la tâche de redonner quelques idées au maire omnipuissant, font merveille.

La deuxième décision du week-end qui s’annonce, c’est bien évidemment le vote pour le renouvellement du Parlement européen. Faut-il croire les sondages ? Tous, ou presque, donnent le RN devant LREM. Faut-il anticiper les choix que devra faire Emmanuel Macron, une fois que le résultat sera tombé ? Ma crainte, comme celle de la plupart des commentateurs et des politiques, c’est l’abstention. En 2014, elle avait atteint un taux de 57,6 %. C’était plus que l’Allemagne et la Grèce, moins que la Slovaquie. Pourquoi s’abstenir ? On devrait comprendre à quel point l’acte de vote est un élément majeur de toute démocratie.

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