Un dinosaure d'un genre inconnu exposé à Paris avant sa mise aux enchères

Skinny a vécu il y a 150 millions d'euros et est un cousin du diplodocus [© Thomas Deron]

Du 6 au 13 juin, L’hôtel parisien InterContinental Le Grand accueille un spécimen exceptionnel de dinosaure bientôt mis aux enchères.

Un petit air de son cousin le diplodocus mais pas de nom encore pour ce géant. Âgé de 150 millions d’années, ce squelette a déjà passé deux mois au cœur de l’aéroport d’Heathrow de Londres. Il trône actuellement sous la magnifique verrière de l’hôtel InterContinental en face de l'opéra Garnier. Avis aux amateurs : il est estimé entre 1,2 et 2 millions d’euros.

Une mine d’informations scientifique

Découvert en 2012 dans le Wyoming aux États-Unis, ce dinosaure pourrait constituer une découverte paléontologique majeure. Espèce jusque-là restée inconnue du monde scientifique, il est donc unique au monde.

Excavé en une seule saison (environ 4 mois) alors qu’il faut parfois plusieurs années avant de découvrir tous les fragments d’un même individu, ce grand dinosaure de 6,20 mètres de haut (8 mètres avec le socle) et près de 13 mètres de long a été retrouvé « en connexion », c’est-à-dire en un bloc d’os « connectés » les uns aux autres. Pas de trace de prédateurs ni de maladie, « cet individu a certainement été tué par une catastrophe naturelle, peut-être une coulée de boue qui aurait permis la meilleure conservation de ses restes », explique Eric Mickeler.

Selon Eric Mickeler, expert en paléontologie chez Aguttes, la maison indépendante en charge de la vente, ce squelette se trouve dans un état exceptionnel de conservation puisqu’il serait complet à plus de 90 %.

S’il est émouvant de voir un vieillard préhistorique juché sur ses pattes de derrière au milieu de l’hôtel parisien, il est encore plus étonnant de savoir que s’il porte le nom de Skinny, c’est parce que des fragments de peau (« Skin » en anglais) ont été fossilisées avec le squelette. « On s’est aperçu qu’il ne possédait pas une peau mais plusieurs types de peaux selon les emplacements de son corps », détaille l’expert ès dinosaures de la maison de vente. « Peut-être en saurons-nous bientôt un peu plus sur les fameuses plumes dont les dinosaures auraient été recouverts ».

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En outre, 70% de son crâne a été retrouvé et scanné, de quoi découvrir une mine d’informations sur sa masse cérébrale, son système olfactif ou encore visuel.

Cette tête, très petite par rapport au reste du corps, est d’ailleurs exposée à côté du squelette pour que le public puisse admirer ses caractéristiques. Étonnant de découvrir par exemple que cet herbivore ne possédait pas de molaire, comme l’explique Eric Mickeler : « Il n’y avait pas d’herbe à l’époque, précise Eric Mickeler. Ce grand sauropode se servait de ses dents comme d’un grand râteau pour capturer les feuilles des arbres qu’il mangeait ».

Un dinosaure en vente aux enchères, est-ce vraiment moral ?

Des tableaux, des bijoux, des meubles, des voitures… et maintenant des dinos. La prochaine vente sera cet impressionnant Skinny au coeur de l'hôtel InterContinental de la rue Scribe à Paris. « Si auparavant les musées achetaient les os de dinosaures, ils n’en ont désormais plus les moyens, déplore Eric Mickeler, mais la législation est très stricte. On ne peut pas faire n'importe quoi et les fossiles des dinosaures peuvent être retirés de la vente s'ils ne répondent pas à un certain cahier des charges ».

Les institutions font donc désormais couramment appel aux mécènes. La maison Aguttes a déjà vendu trois grands fossiles – deux dinosaures et un mammouth - . Certains risquent de s’offusquer du risque que ces merveilles préhistoriques soient confisquées au monde scientifique et au grand public. Claude Aguttes, lui, au contraire, se réjouit. « Les autres dinosaures vendus ont été confiés à des musées. Être propriétaire d’un grand fossile n’exclue pas de le rendre accessible et c’est ce qui s’est passé à chaque fois que j'ai vendu un dinosaure. », explique-t-il. « Les hommes d’affaire, les collectionneurs ou même les entreprises privées ont tous collaborés avec la science et ce prêt leur fait un peu de pub. Tout le monde y trouve son compte », se réjouit au final Eric Mickeler.

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une cotation délicate

Véritable casse-tête pour la cotation d'un tel individu. Selon l’expert d’Aguttes, ce spécimen du Jurassique supérieur faisant partie de la famille des diplodocus, il faut se baser sur la valeur d’un diplodocus quelconque (environ un million d’euros) et prendre en compte l'excellent état de conservation de Skinny, les traces de peau sur son squelette, le fait qu’il ait conservé sa tête, ses dents…

Résultat : Skinny est estimé entre 1,2 millions et 2 millions d’euros. « Les gens qui ont ce budget sont légion, il faut néanmoins avoir un peu de place chez soi », plaisante Claude Aguttes. Une vente doublée d’une bonne action puisque 30 000 euros seront reversé à l’action pour la sauvegarde des grands singes soutenue par le Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Cette somme permettra aux orangs-outans de la ménagerie du Jardin des Plantes d’acquérir un espace plus grand avec volière extérieure.

Du 6 au 13 juin 2019, exposition de Skinny et vente aux enchères le 13 juin à l'hôtel Intercontinental, le Grand, Paris

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