On a lu «Orléans», le nouveau roman de Yann Moix

L’ex-choniqueur d’on n’est pas couché revient sur son passé d’enfant battu.[©Kenzo TRIBOUILLARD / AFP/Grasset]

La capitale de ses plaies. Après «Rompre» (ed. Grasset), dans lequel il décortique l’art de la rupture, Yann Moix récidive avec «Orléans» (ed. Grasset), ou le récit intime, obscur et profond de son enfance. Celle d’un petit garçon solitaire, battu, torturé même, par ses propres parents.

En deux parties, le «dedans», le cosmos familial, et le «dehors», l’école et ses premiers amours, l’auteur fait revivre, de la maternelle aux mathématiques spécialisées - tout ce qu’il détestait - un passé dont il ne pourra jamais se défaire.

Prisonnier de la ville d’Orléans «comme un condamné à perpétuité», où rien ne lui sera épargné, l’écrivain se souvient des coups de rallonge électrique, des séjours dans la cave, du traumatisme d’avoir été abandonné dans la forêt en pleine nuit, de l’humiliation d’arriver en pyjama à l’école, ou encore des morceaux de verre fourmillant dans sa chair.

«Pour Noël, je commanderais une bêche avec laquelle, dans un compartiment herbu du jardinet, je creuserais un trou où s'enfoncerait le couple qui m'avait fait naître.»

Une jeunesse marquée par l’ignominie quasi quotidienne, avec pour seule compagnie, les livres. Des poèmes de Victor Hugo, qu'il envoyait à son amoureuse en lui faisant croire qu'ils étaient de lui, à André Gide, dont il a tout lu entre 13 et 16 ans, avant qu’ils ne finissent déchirés, ou brulés, c’est entre les lignes que Yann Moix s'est refugié.

«J’aimais le soleil. J’aimais la pluie. J’aimais chaque nuage. J’aimais les arbres et les buissons de la cour. Mes ‘parents’ m’eussent tué sur le coup s’ils l’avaient appris, mais je crois bien que j’aimais la vie.»

Habité par une plume aussi incisive que poétique, cet ouvrage autobiographique de 242 pages fait résonner, sans aucun pathos ni artifice, mais avec une sensibilité à fleur de peau, le cri toujours strident d’un enfant martyrisé. Un récit de survie, qui permet également d’approcher avec plus de justesse le personnage public.

«Orléans», Yann Moix, éd. Grasset, en librairies le 21 août.

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