Zep : «le sexe devrait être joyeux»

Dix ans après le succès du premier volume, Zep publie  le tome 2 de «Happy Sex» aux éditions Delcourt Dix ans après le succès du premier volume, Zep publie le tome 2 de «Happy Sex» aux éditions Delcourt [Capture d'écran © Zep / Delcourt]

Dix ans après un premier volume inattendu, Zep publie aux éditions Delcourt Happy Sex 2, un nouvel album dans lequel le sexe est tout sauf pris au sérieux.

Entre sextoys connectés, rencontres via Internet, prise de viagra ratée, parents dépassés... Zep parle de tous les petits et grands ratages sur l'oreiller sans se départir de son humour décapant. L’occasion d’échanger joyeusement avec le papa de Titeuf autour de la sexualité 2.0, du féminisme et des stéréotypes de tous poils.

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© éditions Delcourt, 2019 - Zep

En dix ans, le sexe a-t-il évolué ?

Des choses ont changé, c'est certain. Le sexe possède désormais un côté plus «conso», les sites de rencontre ouvertement sexuels se sont banalisés, on ne cherche pas forcément à rencontrer l’amour, on peut choisir son profil sexuel comme si on commandait une pizza. J’ai l’impression aussi que le rapport à la pornographie pour les femmes a changé. Il est désormais plus accepté que les femmes puissent regarder du porno, se masturber n’est plus forcément quelque chose de honteux. Mais dans l’absolu, le sexe n'évolue pas. Et puis, j’ai l’impression que la nouvelle génération cherche quand même des histoires avec un certain idéal de romantisme autour et que toute cette consommation sexuelle s’adresse plutôt à un public plus âgé.

Les femmes semblent plus détachées et déterminées dans ce domaine.

Beaucoup de gens me disent que dans cet album, les femmes ont le beau rôle. C’est peut-être ce qui a le plus changé entre le tome 1 et le tome 2, mais je ne l'ai pas fait consciemment. J’observe mes contemporains et effectivement, il y a une liberté de parole qui s’est déclenchée avec le mouvement #Metoo, une revendication au droit au plaisir plus assumée ces dernières années.

 

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© éditions Delcourt, 2019 - Zep

Pendant ces dix années, avez-vous continué d’observer le rapport des français au sexe ?

Oui et non. J’ai écrit un album érotique pour Vince (Esmera). Dans mon travail de BD en général, c’est un thème qui revient souvent, même dans Titeuf ! Les enfants sont de plus en plus jeunes confrontés à la pornographie. Pendant ces dix ans, j’ai vu aussi mes enfants grandir, et je ne me voile pas la face : tous les jeunes gens vont un jour sur le Net découvrir ce qu'est le porno. J’ai souhaité leur expliquer que la pornographie, ce n’est pas la réalité, que ce sont des acteurs. Cette curiosité est normale et même saine, ils ont envie de savoir ce qui va leur « arriver ». C’est important de leur dire qu’en tout cas, le sexe, ce n’est pas ça.

Et c’est …

Je suis un enfant de la fin des années 1960, j’ai grandi dans les années 1970. J’entendais un discours assez libéré autour de la sexualité, autour du droit à l’orgasme. Le sexe était alors un terrain égalitaire, joyeux. Puis le Sida a débarqué et a changé la donne. J’ai gardé cette idée de remettre la sexualité dans mon travail et de rendre ce sujet léger, rigolo, sympa. Si le sujet peut soulever des questions très sérieuses, c’est aussi le seul terrain où on peut encore jouer, adulte, et s’inventer des rôles, des histoires. Quand on est petit, on joue aux cowboys et aux indiens puis on grandit. On se préoccupe alors de choses plus logistiques, sérieuses, résonnées. Le sexe permet de s’inventer, de s’imaginer autre. Au final, ce genre de choses demande une certaine légèreté, une certaine complicité avec l’autre.

Le sexe reste-t-il tabou ?

Parler de sexe ne figure pas dans nos rites sociaux, nous contournons tout le temps le sujet. On parle certes d’anecdotes, de faits divers et de people qui ont dévoilé une sextape, mais finalement très peu dans l’intimité. Le fait d’être en couple induit forcément que l’on possède une sexualité épanouie et ce, pendant des années. Alors qu’on sait bien à l’usage que ce n’est pas le cas, la question sexuelle doit se partager, doit être alimentée, discutée. On n’ose pas forcément dire à son partenaire : «j’aimerais bien mettre un masque et que tu sois en ours en peluche». On sacralise tellement le sexe alors qu’on pourrait s’amuser.

Selon vous, les nouvelles technologies, Internet et les réseaux sociaux font-il resurgir ce besoin de libération sexuelle des années 1970 dont vous parliez ?

Les réseaux sociaux ont en tout cas déclenché une liberté de parole. Les sextoys, c’est rigolo mais anecdotique. Les sextoys connectés, eux, sont des objets hyper compliqués, pire que Photoshop, c’est dire ! Les réseaux sociaux et le mouvement #Metoo ont, eux, donné la parole à tout le monde, aux meilleures comme aux pires : ces «réacs» qui ont peur de la sexualité, et parmi eux, beaucoup d’hommes qui ont peur de la sexualité des femmes.

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© éditions delcourt, 2019 - Zep

Comment vous vous êtes documenté pour cet «Happy Sex 2» ?

Quelques amis fréquentent des sites de rencontre et m’ont montré leurs conversations sur le Net, et je suis allé sur des forums, des tchats, me suis abonné à des pages comme celle de Dora Moutot et son compte « tasjoui ? » sur Instagram qui collecte pleins de témoignages autour de l’orgasme féminin. Il y a une mine de renseignements qu’on n’aurait jamais eu autrement. Et puis, je laisse traîner mes oreilles.

Y a-t-il des histoires vraies ?

Souvent, ce sont des bouts d’histoires mises ensemble. Une bonne anecdote ne fait pas forcément une bonne histoire en BD. Les hommes ne racontent pas très volontiers leurs ratages et restent dans la culture de la performance.

«Happy sex» est finalement un manifeste en faveur de la légèreté.

Je veux juste raconter des choses drôles, les ratages, beaucoup plus drôle que les performances. Si c’est un manifeste, je milite alors juste pour une société égalitaire, sans qu’il y ait un côté qui écrase l’autre.

Diriez-vous que vous êtes féministe ?

Peut-être que pour espérer une société égalitaire, cela passe par être féministe, parce que le sexe qui est humilié aujourd’hui est le sexe féminin, en tout cas dans les représentations pornographiques et dans le discours.

Vous mettez à mal les stéréotypes masculins.

Oui parce que je trouve les hommes assez enfantins dans la sexualité. Dans la pornographie, les mecs jouent les mâles hyper virils alors qu’ils ressemblent à des gros bébés manucurés, et grotesques.

Une clé de la vie pour moi reste d’apprendre à rire de soi. Si on parvient à se marrer de nous-même, on traverse l’existence de manière beaucoup plus légère. Il existe des sujets qui possèdent une pesanteur de plomb, le sexe en fait partie. Il y a bien sûr des dangers et de la prévention à faire mais majoritairement le sexe n’existe pas juste à travers le fait d’échapper au Sida et aux prédateurs. Le sexe peut aussi être joyeux dans le quotidien.

La sortie du tome 7 «Captain Biceps» (dessiné par Tebo aux éditions Glénat) est concomitante à celle de «Happy Sex 2». Les gros bras et les ratages vont-ils ensemble ?

Très bien ! Et on peut aussi faire l’amour en collants rouges. Mais Captain Biceps ne pouvait pas apparaître dans Happy Sex, son physique est trop éloigné de toute réalité avec ses petites jambes et ses gros bras.

Vous avez quand même fait un petit clin d’œil à Riad Sattouf avec une courte apparition de son « Pascal brutal »…

J’adore faire des caméos. On a ce jeu entre dessinateurs. Et pour Happy Sex, il me fallait trouver une centaine de nouveaux personnages, je vais donc en piquer chez les autres.

A quoi pourrait ressembler un Happy Sex 3 dans dix ans ?

Ce sera la photographie de la société en 2029. Je rêve d’une société plus détendue par rapport au sexe. Je l’espère pour mes enfants. J’ai tellement vu des situations lourdes dans les histoires de couple. Plus tard, on se rend compte que ce n’était pas si grave. C’est dommage.

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© éditions Delcourt, 2019 - Zep

Happy Sex 2, de Zep, éditions Delcourt, 62p., 17,50€.

Et aussi :

Captain Biceps, de Zep et Tebo, éditions Glénat, 48 p., 10,50€.

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