On a visité l'exposition «Vampires, de Dracula à Buffy» à la Cinémathèque française

L'exposition est accompagnée d'une impressionnante liste de films projetés pour l'occasion. [Film Nosferatu © 20th Century Fox/Cinémathèque]

Amateurs d'ail s'abstenir. Du 9 octobre 2019 au 20 janvier 2020, la Cinémathèque propose un peu d'hémoglobine et de dents longues avec l'exposition «Vampires, de Dracula à Buffy».

A l'entrée, un long couloir sombre, une succession de candélabres instables et au loin des cris de femmes effrayées. Pas de doute, nous sommes bien dans l'antre de Dracula, Nosferatu et Blade.

La cinémathèque a mis le paquet côté mise en scène pour cette exposition autour de la figure du vampire, créature d'horreur comme de désir. D'abord chronologique, l'exposition s'ouvre sur la création de Dracula à la fin du XIXe siècle, dans le célèbre roman éponyme de Bram Stoker, écrit juste avant la naissance du cinéma.

Une fois la mise au point historique faite, tout est en place pour donner corps au mythe du vampire qui, depuis, a contaminé bien plus que le cinéma et la littérature, et se retrouve aujourd'hui un peu partout dans la peinture, la photo, la presse et même les séries télé. «Quand j’ai vu le film 'Only lovers left alive' de Jim Jarmusch, je me suis rendu compte que j’avais oublié à quel point les vampires pouvaient être désirables, rock, pop et dandy», commente Matthieu Orléan, commissaire de l’exposition.

Un vampire, des vampires

Ainsi, l’exposition se tourne très vite vers un parcours thématique. Le public peut découvrir tout un tas de vampires incarnés par une multitude de stars dont le très fardé Bela Lugosi, dont l’image fut reprise par Andy Warhol dans sa sérigraphie «The kiss» ou l’actrice Theda Bara qui a vu le surnom de «vamp» inventé pour elle et ses poses suggestives.

On peut alors admirer des fragments de décors, des costumes de scène – comme le masque de Klaus Kinski dans «Nosferatu, fantôme de la nuit» de Werner Herzog – et pas mal d’extraits de films aussi hypnotisants que l’est le mythe du vampire même.

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Costumes de Tom Cruise et Kirsten Dunst dans «Entretien avec un vampire»

La cinémathèque donne ensuite un éclairage particulier aux vampires politiques. Récupéré souvent par la presse, le vampire infuse les caricatures d’hommes politiques. Le cinéma, lui, montre le vampire comme celui qui déstabilise le corps social, tantôt espion communiste, tantôt capitaliste véreux, tantôt signe d’un monde en déséquilibre et en proie à la violence. A voir ici quelques jolies «unes» de journaux, une œuvre de Niki de Saint Phalle et une imposante peinture signée par le très transgressif Jean-Michel Basquiat.

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Une «une» de Charlie Hebdo dessinée par le regretté Cabu ©DR

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«Beast», 1983 de Jean-Michel Basquiat ©DR

On retrouve ensuite la figure du vampire érotique, créature au sex-appeal évident, ce dont Christopher Lee jouera largement. Le public pourra admirer quelques extraits évocateurs. Francis Ford Coppola ira plus loin et proposera même une histoire d’amour passionnelle entre son Dracula (Gary Oldman) et Mina (Winona Ryder). Le cinéma de genre n'est pas oublié et une petite salle montre aux spectateurs avertis des extraits de films érotiques et libertins.

Blood and pop culture

«Je me suis demandé comment on en est arrivé là, du folklore oral à la littérature, de la littérature à des formes artistiques comme les estampes; et au cinéma et à l’intérieur du cinéma, comment on est passé d’une forme à une autre pour avoir un ensemble hétérogène de films, parfois métaphysiques, mais aussi des œuvres de série B, Z et au burlesque assumé. Le vampire est donc transdisciplinaire et transgenre, il y avait de quoi faire une expo jusqu’au bout !», se réjouit Matthieu Orléan. Pari réussi, notamment avec la dernière salle qui compile séries, publicités, magazines, dessins animés, jeux vidéos, comics, mangas et BD.

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Des extraits de pubs, de séries et de dessins animés emplissent joyeusement l'espace ©DR

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Les comics n'ont pas oublié la figure du vampire ©DR

Ici, il est question de vampires à l’apparence presque ordinaire en désir d’intégration dans la société, souvent victimes d’injustices, comme dans la série «True blood» ou le film «Twilight». Cette culture pop s’amuse aussi avec la mythologie du vampire, et en fait un être capable d’humour et d’émotions simples.

Et si le véritable vampire, c’était l'humanité toute entière et ses minorités incomprises, ses désirs refoulés et son besoin de transgression ? Si l'entrée de l'exposition se veut volontairement lugubre, on sort du lieu étrangement joyeux, presque réconforté. Dracula, un ami qui vous veut du bien.

Une exposition et un peu plus

En plus de l'exposition, la cinémathèque propose une superbe programmation de films, du «Nosferatu» de Murnau à «Morse» de Tomas Alfredson en passant par des films de série B et un cycle de conférences.

Pour les fondus d'Halloween, le 31 octobre devrait être «sanglant» rue de Bercy avec au programme : une visite spectaculaire de l'exposition, des animations maquillages et une projection de films à partir de 22h30. Pour clore cette nuit horrifique, le public pourra voter pour son monstre préféré, qui deviendra le héros surprise du dernier film.

L'accent a été mis aussi côté librairie puisqu'un joli et très riche catalogue d'exposition dirigé par Matthieu Orléan et Florence Tissot a été coédité avec la Rmn.

Vampires, de Dracula à Buffy, du 9 octobre 2019 au 19 janvier 2020 à la Cinémathèque française.

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