«Joker» : 3 bonnes raisons d'aller voir le film de Todd Phillips

A 44 ans, l'acteur Joaquin Phoenix livre l'une des plus belles prestations de sa carrière. [© 2019 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved. TM & © DC Comics / Niko Tavernise]

C'est l'un des événements cinématographiques de cette fin d'année. Sur fond de polémique puisqu'il inciterait à la violence selon certains, «Joker» de Todd Phillips est un film politique coup de poing porté par son acteur principal, Joaquin Phoenix, tout simplement remarquable.

La Némésis de Batman a été portée à l'écran une dizaine de fois depuis les années 1960. Mais dans ce long-métrage de DC Comics et Warner Bros. Pictures, l'homme au sourire diabolique et au teint blafard est présenté d'une manière différente, surprenante, inédite. Le réalisateur s'est intéressé aux origines du personnage.

L'intrigue se déroule à Gotham City à la fin des années 1970. Arthur Fleck se grime en clown et se produit dans la rue ou les hôpitaux pour enfants quand il ne s'imagine pas roi du stand-up. Atteint de troubles de la personnalité qui l'obligent à prendre une forte dose de médicaments, cet individu vit dans un appartement miteux avec sa mère dont il s'occupe, et avec qui il regarde chaque soir le show télévisé de son idole Murray Franklin (Robert De Niro). Victime d'humiliation et se sentant incompris, Arthur Fleck va peu à peu sombrer dans une folie meurtrière.

Une adaptation de comics sans effets spéciaux

Ils étaient nombreux à émettre quelques réserves quand ils ont appris que Todd Phillips allait réaliser ce Joker. Plutôt cantonné aux comédies potaches, dont la trilogie «Very Bad Trip», le cinéaste ne semblait pas, de prime abord, la personne adéquate pour adapter l’histoire de l'antagoniste de Batman. Un pari pourtant brillamment relevé qui a même été récompensé par le Lion d’or à la Mostra de Venise en septembre.

Les fans qui espèrent une déferlante d'effets spéciaux ultra travaillés, des super-héros aux muscles saillants et des affrontements sur d'autres galaxies risquent d'être déçus. Aucun recours au fantastique et très peu de références aux comics... Todd Phillips revisite en effet le mythe du Joker, en occultant totalement l'idée qu'il puisse être un jour tombé dans un bain d'acide. Arthur Fleck, alias «Joker», est un être humain, à la fois touchant et terrifiant, qui n'est doté d'aucun pouvoir surnaturel. Une version libre de cette figure de la pop culture pour laquelle son interprète, Joaquin Phoenix, voulait qu'aucun «psychiatre puisse identifier de quel type de personnalité il s’agissait».

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© Warner Bros. France

un brûlot contre la société américaine

Dans ce film noir, Todd Phillips rend hommage au cinéma de Martin Scorsese, notamment à «La Valse des Pantins» (1983) qui relate l'histoire d'un comique qui kidnappe le présentateur d'un show télévisé exigeant en échange de joer sur le plateau. Autre inspiration, «Taxi Driver» (1976), toujours avec Robert de Niro. Le réalisateur filme une ville poussiéreuse et en plein chaos, à la colorimétrie qui lui confère une atmosphère de polar.

Le récit est ancré dans la réalité. Arthur Fleck fait partie des laissés pour compte de la société capitaliste, ceux que l'on méprise mais à qui l'on a pourtant promis le rêve américain. Ces «pauvres» souvent critiqués par le président des Etats-Unis, Donald Trump, ou ces «sans-dents», terme qu'aurait utilisé l'ex-chef de l'Etat français, François Hollande. Cet homme désœuvré et perdu ne connaît que la misère et la violence. Il est agressé gratuitement au détour d'une rue malfamée ou dans une rame de métro. Il ne peut se faire soigner en raison de coupes budgetaires prévues pour l'assistance sociale. Il est victime de lynchage médiatique.

Quand il prend les armes, il devient le représentant de tous les opprimés lesquels choisissent de porter un masque de clown, tels les «Anonymous», en guise de protestation contre l'ordre établi. Tous ces réactionnaires vont tenter de renverser les nantis et l'oligarchie mise en place par le milliardaire Thomas Wayne, dont le fils n'est autre qu'un certain Bruce Wayne... «Joker» prend assurément un caractère politique. Et le spectateur ressentirait presque de l'empathie pour cet antihéros mentalement fragile.

Un Joaquin Phoenix au sommet de son art

La réussite du «Joker» tient enfin à la performance de son interprète qui ne tombe jamais dans la surenchère. Définitivement l’un des acteurs les plus doués de sa génération, Joaquin Phoenix («Walk the line», «Two Lovers») signe une prestation remarquable, capable de passer par toutes les émotions en un simple rictus. Un rire machiavélique qui glace le sang, un regard perçant et une folie qui s’exprime par le biais de quelques pas de danse… l’Américain s'est investi corps et âme, perdant près de 25 kilos en seulement quelques semaines ce qui a, selon lui, «affecté (sa) psychologie». Totalement habité, il voulait à tout prix «créer un personnage complexe fait de chair et de sang, avec des teintes de gris plutôt qu'un vilain de cartoon en noir et blanc», comme il l'expliquait au Los Angeles Times.

5344707.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx_5d9360697b7ca.jpg© 2019 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved. TM & © DC Comics / Niko Tavernise

Une performance qui mériterait une nomination aux Oscars et pourrait bien faire de l’ombre au regretté Heath Ledger, inoubliable dans «The Dark Knight : le Chevalier Noir» de Christopher Nolan (2008). Mais Joaquin Phoenix refuse toute comparaison avec son ami disparu. «Heath Ledger est inaccessible, il n'y a pas d'égal pour moi et j'ai fait de mon mieux pour honorer (sa) mémoire lors du tournage comme s'il était à côté de moi», a-t-il déclaré lors de son passage à la Mostra de Venise.

 

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